05.12.2008

carte blanche sur la liberté d'expression

Dans une carte blanche publié par 4 professeurs (Anne Morelli, Jean Bricmont, ...) dans le journal le Soir, les 4 professeurs mettaient en avant la dangerosité du Mrax, pouvant porter atteinte à "notre liberté d'expression", en dévoilant dans un cadre "privé", les propos dangereux, malsains et racistes de certains responsables du FN. Cette carte blanche d'une violence certaine ne tente t'elle pas de priver les victimes de justices ? Qu'est ce que le cadre privé ?

Voici la réponse à cette carte blanche et ma petite contribution pour soutenir le MRAX et sa volonté de mettre hors jeu, le FN !

Radouane Bouhlal Président du Mrax, Mouvement contre le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie

Micha Eisenstorg Président de l’Union des déportés juifs en Belgique – Filles et fils de la Déportation

Albert Gakumba Hangu Président d’Ibuka – Mémoire et justice (pour les victimes du génocide des Tutsi au Rwanda)

Hilda Tchoboian Présidente de la Fédération Euro-Arménienne

L’antiracisme, adversaire de la liberté d’expression et du droit à la vie privée ?

mercredi 26 novembre 2008, 11:29

Dans une récente Carte blanche, quatre professeurs d’université interpellent le Mrax (oubliant d’autres plaignants comme le Ministre de la justice, le Centre pour l’égalité des chances, etc.) pour demander le retrait des plaintes contre Delacroix et Cocriamont, les présidents « ff » des deux partis francophones concurrents « Front National » (1).
Ils demandent également au Mrax de lutter pour l’abolition des lois – « antidiscriminations » et « antinégationnisme » – qui permettent ce type de poursuites.
Ils qualifient de « méthodes d’infiltration » la manière dont ont été recueillis les propos antisémites et négationnistes tenus, selon eux, « en privé » : ce qui serait dès lors « extrêmement grave », digne d’un climat « totalitaire ». Factuellement, ils se trompent ! La chansonnette antisémite fredonnée par le sénateur Delacroix n’a pas été saisie par une caméra cachée dans sa chambre à coucher. La vidéo, rendue publique par son entourage, a été filmée, sans qu’il soit fait preuve de discrétion sur une terrasse de café, lieu on ne peut plus public. Quant au député fédéral Cocriamont, l’intervieweur (2) s’adressait à un personnage public, exerçant un mandat public et qui, pour l’enregistrement audio, le recevait très officiellement dans son bureau au Parlement !
Certes, le souci de préserver un espace privé en dehors de toute ingérence de la loi est légitime.
Mais dans un Etat de droit, ce principe ne peut être que relatif, et non absolu. Chacun accepte que la loi interdise aux parents de battre leurs enfants dans l’intimité du foyer familial. De la même manière, nos lois, qui voient l’égalité et la non-discrimination inscrites jusqu’au cœur de notre Constitution, établissent que le racisme et le négationnisme sont un délit, et non une opinion : ils doivent être combattus et pour ce faire, la preuve est libre.
Nous insistons à cet égard : si tel n’était pas le cas, notre société serait désarmée pour lutter contre les discriminations qui, pour la plupart d’entre elles, se manifestent dans un cadre… privé précisément : quand un employeur discrimine à l’embauche, il le fait dans son bureau. Quand un portier refuse l’accès à une boîte de nuit, il le fait sur le perron de l’établissement. Quand un propriétaire refuse un logement, il exclut par la simple voie téléphonique.
Nous invitons donc ces universitaires à bien réfléchir sur les effets pervers de l’argument « respect de la vie privée » séduisant en théorie, mais contre-productif sur le terrain.
Nous sommes également surpris de voir ces penseurs remettre en question un des moyens essentiels pour combattre le racisme : le droit des associations de se porter parties civiles.
En Belgique, seule la magistrature peut « décider souverainement ce qui doit et ne doit pas être poursuivi » : ils commettent donc une grossière erreur juridique, lorsqu’ils allèguent que « le législateur a confié à certaines organisations, comme le Mrax » une telle attribution.
Il n’y a donc pas lieu de créer la confusion et d’agiter des craintes injustifiées. Notre seule opportunité est de saisir le juge qui, lui seul et en toute indépendance, décidera des suites à donner aux éléments que nous soumettons.
Disposer du droit d’ester en justice est essentiel. Un exemple concret : dans une récente enquête menée par le Mrax auprès d’une centaine de demandeurs d’emploi d’origine étrangère (3), près de la moitié (!) déclaraient avoir subi au moins une fois une discrimination raciste sur base de leur origine ou couleur de peau. Dans la moitié des cas, la discrimination raciste a été vécue au moment d’un entretien d’embauche, au moyen des paroles, souvent dans un bureau porte fermée, sans témoin gênant. Or à peine 4 % (!) des victimes osent ou ont les moyens de déposer plainte elles-mêmes, tandis que 80 % (!) déclarent ne même pas vouloir en témoigner en raison du peu de confiance qu’elles ont en l’efficacité de la justice. Quelle serait la situation si des associations comme les nôtres n’étaient pas là pour partager notre expertise, redonner confiance en nos institutions et tenter de mieux faire appliquer la loi ?
Enfin, on ne peut que regretter le propos « toute personne qui a des idées politiquement incorrectes sur quelque sujet que ce soit (…) devra dorénavant se méfier », propos assez familier dans la rhétorique classique de l’extrême droite d’ailleurs. A moins de défendre une vision dangereusement dogmatique de la liberté d’expression, il n’y a pas de quoi inquiéter grand monde : la plupart des idées, y compris le blasphème, peuvent – à juste titre – être librement exprimées.
Mais, par exemple, chanter gaiement « Ma petite juive est à Dachau, elle est dans la chaux vive, elle a quitté son ghetto, pour être brûlée vive » ne se limite pas à exprimer « des idées politiquement incorrectes ». Au-delà des faits énoncés (une enfant a été brûlée vive), ce chant participe d’une rhétorique performative et cynique : il s’agit d’exprimer la joie devant un génocide et d’en minimiser la portée. Ce qui porte une atteinte violente à la dignité humaine.
Le « véritable antifascisme » consiste à protéger cette dignité, à « défendre les libertés » de manière relative (et non absolue), à ne pas les opposer à la lutte antiraciste, et « pas à les assassiner » par deux objections qui, dans le fond, confortent l’extrême droite… contre laquelle nous confirmons le maintien de nos plaintes !

(1) Jean Bricmont (UCL), Lieven De Cauter (KU Leuven), Rudy Laermans (KU Leuven), Anne Morelli (ULB), « Distinguer les propos tenus en public ou en privé » , Le Soir du 20 novembre.

(2) Dans le cadre de son mémoire en sciences politiques, l’étudiant recueillait des informations pour comprendre les motivations des membres du FN. Le Mrax devait-il s’autocensurer lorsqu’il a reçu ce mémoire ? N’était-il pas du devoir du Mrax d’en faire un outil d’éducation permanente et de lutte contre l’extrême droite ? D’où sa publication : T. Huart-Eeckhoudt, Un an au Front national , Editions Luc Pire, Bruxelles, sept. 2008.

(3) Enquête menée auprès de 150 demandeurs d’emploi lors de la « Bourse interculturelle à l’emploi », organisée par le Mrax en mars 2008 dans le cadre de la Semaine d’actions contre le racisme.

Source:lesoir.be

 

Bruxelles, le 21 novembre 2008
 
Monsieur le Président du Mrax, Radouane Bouhlal
Mesdames et Messieurs les membres du CA,
Monsieur le Directeur, Didier De Laveleye,
 
Je viens de prendre connaissance de la carte blanche dans le journal le "Soir", du jeudi 20 novembre d'Anne Morelli, Jean Bricmont, Lieven de Cauter et Rudy Laermans, intitulée "Distinguer les propos tenus en public ou en privé" sur la triple plainte déposée par le MRAX à l'encontre du FN.
 
Je constate que cette carte blanche traite des "libertés" dans la sphère privée. Elle se braque sur la forme et non le fond. Les auteurs sont d'accords pour estimer que les propos tenus par les membres du FN sont odieux.
 
Je n'arrive pas à comprendre la logique des auteurs de la dite carte. J'estime pour ma part, qu'il est inacceptable de prôner la haine, via des propos infamants, odieux et condamnables tant dans le public que dans le privé.
Le "privé" n'étant jamais isolé, puisqu'il influence directement son entourage (enfants, amis, familles, proches, alliés, membres, affiliés ...) en laissant libre cours à son racisme. Il est évident que la plainte du MRAX ne remet pas en cause "nos libertés", l'insinuer, comme le font les auteurs, est malhonnête intellectuellement. Bien évidemment, certains (les auteurs...?) pourraient penser qu'en agissant de la sorte, des militants d'extrême gauche, islamistes ou des citoyens politiquement très incorrects pourraient à terme subir des plaintes en cascades pour leurs idées et idéaux. J'ai comme conviction, que le racisme doit être combattu partout. Les membres du FN n'ont pas le monopole de la haine et du racisme. 
La liberté de semer la haine, via des propos d'une violence inouïe, tant dans le public que dans le privé, n'est pas une liberté, mais une atteinte caractérisée et grave portée à la dignité humaine et à l'Histoire des victimes. Nier des faits et crimes avérés, nier un génocide prouvé est une façon d'édulcorer "l'oeuvre" des bourreaux et d'ainsi faire violence grave, aux victimes.  
 
J'invite le MRAX à poursuivre dans cette voie et ce malgré, les quelques critiques de citoyens qui devraient enrichir le débat en interne plutôt que de régler des comptes via un média. La liberté dans l'espace privé n'étant pour ma part, jamais totale, car cela reviendrait à accepter l'intolérable sous couvert justement de... liberté ! Pouquoi dès lors condamner des atteintes physiques (violences conjugales) ayant eu dans un cadre strictement privé. La violence verbale n'est-elle pas parfois, souvent plus handicapante que la violence physique ? Les personnes victimes des propos infamants, que dis-je racistes des membres du FN, n'ont-elles pas le droit de se défendre ? Que le MRAX, (association fondée justement après une période sombre et particulière), le fasse (avec d'autres) est notre devoir. 
 
Enfin, le MRAX "ne fait pas peser une menace inacceptable sur l'ensemble des citoyens"  (sic !) comme formulée dans la carte blanche, mais protége plutôt ces derniers, contre la bêtise raciste et la haine.  L'antifascisme, ne consiste pas à défendre toutes les "libertés". Le MRAX  combat le " climat totalitariste et n'assassine" nullement nos libertés. La phraséologie sensationnaliste et belliqueuse de nos auteurs me consterne au plus haut point. Nos auteurs se trompent de combat.
 
L'anti-racisme doit s'élever pour faire de notre société, une terre des libertés qui grandit l'Homme en le tirant vers le meilleur. 
 
Bonne continuation,
 

Mouedden Mohsin
membre de l'AG du MRAX,
0473.595.407
 
CARTE BLANCHE D'ANNE MORELLI

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