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07.06.2008

émission radio AL MANAR 9 juin

Radio Al Manar 100.3 fm
lundi 9 juin 18h00 - 20h00
18h00 : avec Tamimount Essaïdi, échevine Ecolo
Bruno Martens, chercheur-associé à Etopia,
Centre d'animation et de recherche en écologie politique.
MA TETE EST A MOI
Ni pute, ni soumise - ni soumise, ni prosélyte :
les vertus dialectiques du voile
dans la société occidentale.
18h30 : Nadine Rosa Roso (directrice de l'ouvrage) et l'auteur Paul Delmote (professeur de Politique internationale à l'IHECS)
sur un livre pertinent et instructif : "Du bon usage de la laïcité"
Du bon usage de la laïcité
voir chronique du journal du Mardi du mois de juin 2008
19h10 :
Malika Hamidi, féministe musulmane et doctorante,
Jacob Mahi, docteur en histoire des Religions,
Edouard Delruelle, directeur du Centre pour l'égalité des Chances
"La campagne contre les mariages forcés"
Pourquoi ? Comment ? Que faire ? Pourquoi les musulmans ?  
Information - sensibilisation...
Mouedden Mohsin
0473.595.407

 

Chronique « Droit au but », juin 2008  "Du bon usage de la laïcité"

  

Un ouvrage, au titre évocateur « du bon usage de la laïcité »[i], vient de paraître. Il fera très certainement beaucoup parler de lui, tant il détonne !

Cet ouvrage collectif donne la parole à une dizaine d'intellectuels belges, actifs et porteurs d'un message engageant pour la société : OUI à la Laicité, mais NON, la laïcité ne doit pas être un bastion fermé de l'athéisme ou d'un laïcisme de rejet. Pêle-mêle, on revient sur la question du foulard, le rejet de la diversité, les amalgames, mais aussi sur le cas d'une jeune belge musulmane privée du CPAS car portant le foulard. Loin d'être des naïfs sous l'emprise de l'exotisme arabe ou d'un orientalisme désuet, les auteurs sont, pour la plupart d'entre eux, athées…

Faut-il donc être athée pour être laïque ? Tous, y compris les deux auteurs de confession musulmane, le contestent. Unanimement, ils se définissent d'ailleurs comme laïques, car oui, être laïque et musulman pratiquant par exemple, c'est tout à fait possible !

Ce bouquin se veut plus qu'un contre-pied à certains apôtres d'une laïcité radicale, il est une somme de réflexions largement mûries qui démontrent de façon magistrale comment la laïcité actuelle est dans l'impasse, car excluante et fondée sur des valeurs erronées. Sans être agressif, le livre est offensif, il explique même par moment comment parvenir à une laïcité qui illuminerait notre société, tout en gardant les pieds sur terre…

L'un des auteurs, Radouane Bouhlal, également Président du MRAX, se pose la question suivante : « la laïcité peut-elle engendrer le racisme ? » Il argumente le fait selon lequel une certaine laïcité est contaminée par l'islamophobie. Il renvoie aux militants zélés de la laïcité de combat, leur lourde responsabilité dans la confusion entre laïcité et athéisme. Il conclut en rappelant que la laïcité est « un patrimoine commun à tout qui est attaché à l'égalité dans un Etat impartial », et que, quand elle discrimine, « elle cesse précisément d'être laïque ! »

Deux autres auteurs, les philosophes Christophe Page et Alec De Vries, parlent de « guerre ». Il y aurait deux poisons : les faiseurs de guerre, à savoir, les extrémistes des deux camps (musulmans et laïques), et les « tolérants » qui ne règlent rien, mais évacuent les vrais questions…Ils proposent une diplomatie qui doit conduire à une cohabitation positive avec une « composition », c'est-à-dire « une paix ou il faut faire preuve de créativité pour composer nécessairement ensemble ». Ils terminent leur plaidoyer, en proposant à chacun d'avoir de l'humour (?), oui car la situation actuelle faite d'exclusion est risible…Ne faudrait-il pas un peu d'humour pour ne pas perdre la tête face aux arguments des faiseurs de guerres ?

Tandis que le sociologue Marc Jacquemain propose dix arguments laïques contre l'interdiction du voile : « La laïcité est une injonction faite à la puissance publique, pas aux citoyens », « le communautarisme n'est pas forcément là où on croit », ou « Refuser l'interdiction n'est pas défendre le voile ». Argumenté avec une analyse fine, l'auteur s'évertue à expliquer en quoi la laïcité actuelle viole clairement l'esprit et la lettre « laïque ».

Bernadette Mouvet étonnera. Féministe, laïque et athée, elle expliquera avec un témoignage son expérience avec des musulmanes turques de Liège… Au fil de l'interview, on passe de l'immersion pour comprendre l'autre, au respect, avec, au résultat final, un décloisonnement de ses catégories mentales.

Malika Hamidi, féministe musulmane, met en évidence le danger d'un monde binaire avec un péril rouge qui serait passé au vert (couleur de l'islam)… Elle ajoute : « le foulard ne serait qu'un symptôme d'une peur parasitée par des clichés liés à la violence ». Elle met en garde la société contre les nouvelles menaces de ceux qui prétendent défendre notre liberté tout en la limitant…

Pour Jean Bricmont, Professeur à l'UCL et figure emblématique de la gauche militante, se pose la question de savoir si la laïcité peut sauver l'impérialisme ? Saugrenu ? L'auteur pense que le danger n'est pas l'islamisation de l'Occident, mais plutôt sa propre corruption morale et intellectuelle, lorsqu'il ne trouve comme réponse à la perte inévitable de son contrôle sur le reste du monde, que des bombes au Moyen-Orient, et des insultes et des lois idiotes ici (sic !). La conclusion, elle aussi politiquement incorrecte, ne laissera personne indifférent...

Il serait trop long de reprendre tous les auteurs, tellement les contributions sont riches et instructives. Cet ouvrage balaye d'un trait les clichés des uns et des autres. La laïcité n'est pas une nouvelle religion ou la chasse gardé des athées, elle doit être et rester neutre pour qu'elle puisse être laïque et accepter la différence et la pluralité.

L'ensemble des auteurs ne sont probablement pas d'accords entre eux sur tout, mais ils s'accordent sur l'essentiel : celui d'une approche réellement universaliste en tenant compte de la liberté de l'autre. Tous sont conscients que la question du foulard est sensible, aujourd'hui instrumentalisé par une laïcité de combat.

Cet ouvrage dirigé par Marc Jacquemain et Nadine Rosa Rosso dérangera d'aucuns, il pourrait heurter la sensibilité de certains, pourtant il se veut optimiste, c'est une bouffée d'air frais dans une société maussade, prise en otage et qui voit plusieurs minorités subir les discriminations.

Justement, fin mai, l'école libre « les Ursulines » à Bruxelles décide de modifier son règlement d'ordre intérieur pour exclure les « signes distinctifs » qui vise notamment les musulmanes, et ce à quelques jours des examens…Les enseignants et le politique devraient lire attentivement cet ouvrage pour construire notre société tel un patchwork interculturel véritable et sans angélisme béat, où l'on parlerait d'Amour, de respect et d'échanges, mais aussi de droit, de valeur et de justice, en ayant, comme le rappelle Bernadette Mouvet, une « démarche laïque », à savoir « construire sa représentation du monde et le sens de sa propre existence par/grâce au dialogue avec des bâtisseurs d'autres sens et représentations dans un effort constant pour interroger, contredire, dépasser ou asseoir ses évidences et convictions du moment ».



[i] M., JACQUEMAIN, et N., ROSA-ROSSO (sous la dir. de), Du bon usage de la Laïcité, Ed. Aden, Bruxelles, 2008 (15euros).

Ont contribué à cet ouvrage : Radouane BOUHLAL, Géraldine BRAUSCH, Jean BRICMONT, Alec de VRIES, Paul DELMOTTE, Henri GOLDMAN, Malika HAMIDI, Marc JACQUEMAIN, Paul LÖWENTHAL, Bernadette MOUVET, Christophe PAGE, Nadine ROSA-ROSSO, Dan VAN RAEMDONCK