27.05.2008

le procès Abou Jahjah

mai 2008 

 

Le procès d’Abou Jahjah, un test capital pour notre pays !

 Au mois de décembre 2007, le tribunal correctionnel d’Anvers condamnera, l’ex président de la Ligue Arabe Européenne, Dyab Abou Jahjah et son collègue, Ahmed Azouz à un an de prison ferme et à une amende de 5.109.78 euros pour « avoir influencé moralement les jeunes », lors des émeutes à Anvers. (1) Ce jugement se base sur une loi archaïque de 1889 réprimant le mouvement ouvrier.

Les deux accusés feront appel d’un jugement qui heurte par son impartialité et qui démontre clairement que notre justice roule à deux vitesses, que l’on soit flic, bourgeois ou arabe et pauvre. Nous avons affaire à une justice de classe avec ici un accent fort mis sur la volonté de briser des manifestations politiques légitimes, raison pour laquelle, ce procès est surtout politique !

Ce lundi 26 mai 2008, les deux accusés auront un rendez-vous historique avec les tribunaux.

Je ne reviendrai pas sur le fond de l’histoire, à savoir, que la Ligue Arabe Européenne a été sciemment criminalisé par le politique et une bonne partie de nos médias, dans une campagne odieuse.  

Racismes et impunités :

Qui se souvient encore aujourd’hui de l’assassinat raciste du professeur de religion islamique, le 26 novembre 2002 ? Quelqu’un a-t-il une information concernant le criminel qui n’hésita pas à abattre un homme pieux qui avait pour seul tort d’être musulman ? Dès l’assassinat, on parla du coupable comme d’un homme déséquilibré. Que devient-il ? Silence radio !

Apparemment au sein de notre plat pays, vous avez plus de chance de risquer votre vie ou une condamnation en participant à une manifestation qu’en assassinant un « bronzé »…C’est suite à cet assassinat raciste que certains jeunes se révoltèrent face à une police connue en partie pour sa proximité avec l’extrême droite.

Dyab Abou Jahjah conscient des discriminations vécues par les jeunes « Allochtones » et suite également à « un plan intégré marocain » (contrôle visant les jeunes dit marocains) de la police anversoise, décidera avec des jeunes d’Anvers de surveiller la police, en les suivants à pied pour informer les jeunes de leurs droits civiques, en soi, un acte citoyen face à l’impunité policière et à un racisme de plus en plus brutal.  Ce civisme provoqua l’ire de la société bien pensante.

Civisme pour écarter la complicité :

Depuis 1994 au Etats-Unis on vit l’apparition des « copwatchers » (surveillant de la police) (2), suite à l’acquittement de plusieurs policiers dans un procès à Los Angeles (qui furent suivit par des émeutes ayant provoqué prés de 40 victimes).  Ce sont des pacifistes qui surveillent caméra au poing les contrôles et les dérives des forces de l’ordre, sachant que les très nombreuses bavures et crimes ne sont quasiment jamais condamnés par une justice américaine à deux vitesses. Les citoyens face à l’impunité et surtout face à un politique complice, prennent leurs responsabilités. 

Le procès des deux membres de la LAE est un test capital pour notre état de droit. Abou Jahjah devenu l’ennemi public numéro un, pour avoir dénoncé, les discriminations et le racisme d’une société sourde aux souffrances des jeunes et d’une communauté stigmatisé par le racisme ambiant et une islamophobie galopante…Aujourd’hui encore, beaucoup sous-estiment ce fléau, estimant qu’il y au pire de l’exagération (voir l’historienne Anne Morelli de l’ULB) ou au mieux, un « problème ».

Les trois piliers de l’état ont l’obligation de se décommunautariser au plus vite !

Est-il un dangereux manipulateur, fondamentaliste, intégriste et même un raciste, comme le présente la société aisée et bien pensante ou n’est-il qu’un précurseur dans un pays qui ne cesse de parler d’intercutluralité, de diversité et de « tolérance » mais qui poursuit sa logique d’exclusion, avec notamment les  expulsions d’étudiantes portant le foulard (voir le cas cette semaine de l’école libre les « Ursulines » à Bruxelles). (3)

Les enquêtes universitaires actuelles prouvent à suffisance, que la situation de ses populations, est difficile. Pour seul réponse, des promesses politiques et des « mesurettes » souvent insignifiantes, car combattre le racisme et les discriminations pour une égalité pleine et totale demande aux communautaristes professionnels, avec les trois piliers de l’état (le libéral, le chrétien et le socialiste-laïc) de lâcher du lest, de partager le pouvoir, de sortir de leurs communautarismes excessifs, privilèges immoraux, dogmatismes idéologiques et conforts intellectuels.

Le rapport de force beaucoup trop défavorable des minorités ethniques, (un terme qui choque la « bonne » conscience), permettra encore pour quelques années aux commanditaires du pays, de pouvoir jouir de leurs prédominances indécentes, cependant Dyab Abou Jahjah, comme la génération présente et future, ne laissera aucun répit à ceux qui abusent ses populations, de leurs discours trompeurs et mielleux. Comme le disait à juste titre, Martin Luther King, « nous n’avons plus le temps d’attendre… ».  Les citoyens issus ou non de ses communautés continueront à dénoncer l’inacceptable, mais également à proposer des pistes de solutions pour un état juste et équitable, car il faudra faire son possible pour ne pas tomber dans le piège grossier de la société dominante qui pour mieux stigmatiser et délégitimer des attentes légitimes  réduira cela en des doléances « communautaristes ». Là, oui, Dyab Abou Jahjah, fût bien un précurseur, car il a fait sauter l’hypocrisie sociétale en révélant le visage hideux de ceux qui sont censés combattre les inégalités. A la justice « indépendante », de ne pas suivre le politique et les médias et d’en faire ainsi, un martyr !

 

Mouedden Mohsin

Acteur associatif Note : 1) http://moueddenmohsin.blogspirit.com/archive/2008/01/16/1... 2) http://envoye-special.france2.fr/index-fr.php?page=report... 3) http://www.lesoir.be/regions/bruxelles/koekelberg-des-pet...

 

 

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