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27.05.2008

la traite négrière à la citoyenneté

De la traite négrière à la citoyenneté Journal du Mardi mai 2008, Chronique « Droit au but », Par Mouedden Mohsin

 

 

L’abomination ! Comment pendant des siècles nos esprits « éclairés » en Europe ont-ils pu donner un aval pseudo-scientifique à l’un des plus grands pogroms de l’histoire de l’Humanité ? La traite négrière n’est pas uniquement un crime contre l’humanité au nom de la supériorité « raciale » blanche. L’objectif principal était l’exploitation humaine « racialisé » à des fins économiques, c’est la raison pour laquelle certains n’emploient pas le terme génocide.

D’autres par contre, avancent que ce fût bien un projet génocidaire, car non seulement on faisait travailler les Africains jusqu’à la mort, puisque nous pouvions compter sur un riche vivier inépuisable, mais plus encore, on vidait le continent de ses populations originelles…

Depuis peu, les penseurs, philosophes et intellectuels contemporains, surtout Français, sont devenus les défenseurs d’un relativisme forcené. Ils s’efforcent de rappeler qu’il faut replacer le tout dans son contexte…Qu’il ne faut pas oublier que les Arabes/Musulmans furent bien avant les Européens, des esclavagistes nés.

Plus encore, qu’entre « eux », à savoir les Africains, ils s’exploitaient déjà, donc nous n’aurions fait que poursuivre « l’œuvre abominable »... Effectivement l’esclavagisme existe depuis l’Antiquité. La plupart des puissances l’ont utilisé, y compris les Arabes et les Musulmans. Cependant la traite négrière transatlantique qui produisit le commerce triangulaire, au départ des ports de Londres, Bordeaux, Nantes, Lisbonne, d’Amsterdam ou Liverpool avait bien quelque chose d’exceptionnellement brutale et unique, à savoir la déportation « industrielle » (via une législation minutieuse), dans des conditions terribles d’une partie de la population d’Afrique Occidentale (estimée à treize millions d’individus) vers la lointaine Amérique conquise depuis peu…Quoi qu’on puisse en dire le relativisme historique de certains intellectuels, non dénué d’une volonté idéologique de dédramatiser, voir parfois de nier, utilisent des slogans phares pour disent-ils déculpabiliser les français : « suffit la repentance », «Soyons fiers d’être Français ! » ou « guerre des mémoires, stop ! », insinuant que certains « indigènes » Africains oseraient se comparer à un génocide ayant eu lieu en Europe, en soi une entreprise de culpabilisation…Là ou cette histoire a toujours été soigneusement amnésiée.

Suite à l’abnégation de la députée française Christiane Taubira (voir loi Taubira reconnaissant en 2001 la traite comme crime contre l’Humanité…), l’ex président, Jacques Chirac proclamait le 10 mai, « la journée internationale de l’abolition de l’esclavage ».  Il ajoutera : "La grandeur d'un pays, c'est d'assumer toute son histoire. Avec ses pages glorieuses, mais aussi avec sa part d'ombre".

Après la traite, nous eûmes la colonisation (2), mission dite pudiquement « civilisatrice » avec ses zoos humains, l’exploitation des ressources et l’asservissement des Hommes, à l’heure même où, paradoxalement, la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme rappelait la justice et l’égalité pour tous.

Récemment invité à une conférence avec un historien Belge sur les tirailleurs africains (voir film, la couleur du sacrifice), ce dernier parla de « dérapages dangereux » en expliquant les crimes au Congo sous tutelle du Roi Léopold II (3). L’objectif n’est pas ici de faire porter le fardeau des crimes passés sur nos enfants ou de verser dans la culpabilisation comme souhaite le faire, le président Sarkozy sur la question de la déportation des enfants juifs. Cependant continuer à mésestimer, méprisé ou pire nier l’évidence n’aura comme effet que de braquer ceux qui pendant des siècles attendent un geste, une reconnaissance et un pardon, qu’ils soient d’ailleurs, Amérindiens, congolais, Africains ou Aborigènes.

  

 

Comment ne pas clôturer par « le discours sur le colonialisme », du poète, politique et anti-colonialiste Martiniquais, Aimé Césaire (3) qui vient de nous quitter le 17 avril 2008 et qui ne cessa de clamer sa « négritude » comme son ami Sénégalais Léopold Sédar Senghor :

« Il faudrait d’abord étudier comment la colonisation travaille à déciviliser le colonisateur, à l’abrutir au sens propre du mot, à le dégrader, à le réveiller aux instincts enfouis, à la convoitise, à la violence, à la haine raciale, au relativisme moral, et montrer que, chaque fois qu’il y a au VietNam une tête coupée et un oeil crevé et qu’en France on accepte, une fillette violée et qu’en France on accepte, un Malgache supplicié et qu’en France on accepte, il y a un acquis de la civilisation qui pèse de son poids mort, une régression universelle qui s’opère, une gangrène qui s’installe, un foyer d’infection qui s’étend et qu’au bout de tous ces traités violés, de tous ces mensonges propagés, de toutes ces expéditions punitives tolérées. de tous ces prisonniers ficelés et interrogés, de tous ces patriotes torturés, au bout de cet orgueil racial encouragé, de cette jactance étalée, il y a le poison instillé dans les veines de l’Europe, et le progrès lent, mais sûr, de l’ensauvagement du continent. [...]

N’oublions jamais qu’aujourd’hui encore, l’esclavage « moderne » (4) sous différentes formes existe dans des sociétés riches, archaïques et/ou pauvres. A nous de poursuivre la libération de l’Homme au nom de nos principes.

Note : 1) Christiane Taubira : http://www.christiane-taubira.net/

 2) Le livre noir du colonialisme, de Marc Ferro, édition Laffont 2003

3) voir le film britannique : Le roi blanc, le caoutchouc rouge et la mort noire 4) http://www.hommage-cesaire.net/ 5) http://www.esclavagemoderne.org/