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29.05.2008

I will survive (émeutes à Anderlecht)

I will Survive…

 

Soirée d’émeute à Anderlecht ce vendredi 23 mai. Deux camps tentent de s’affronter avec comme arbitre, la police locale et fédérale.

 

Certains osent : bataille communautaire, ethnique, raciale…C’est sûrement un peu exagéré, cependant nier d’un revers de la main cette affirmation serait aller vite en besogne.

 

Il y a avant tout, une volonté de contrôler « son » quartier, le haut d’Anderlecht connu depuis vingt ans, comme le bastion des « blancs » éméchés portés sur la dive bouteille et désireux de se faire de l’arabe, ennemi héréditaire ayant remplacé le juif depuis vingt ans au sein de nos sociétés. Il y a vingt et dix ans, les hordes des hooligans anversois et brugeois descendus à la gare du Midi et encadré par les flics passaient en partie par Cureghem pour se rendre au stade. On pouvait lire sur leurs visages haineux et hideux toute la haine d’un racisme puant, ici et là, un jeune marocain, belge sûrement ou également, faisait les frais de leurs « amours » inconsidérés pour la violence gratuite et ce sentiment « puissant » de se sentir exister par la force brutale, à défaut d’exister intellectuellement, culturellement et économiquement.

 

Rien de nouveau, sauf pour ceux qui aujourd’hui jouent les vierges effarouchés en niant ce problème depuis vingt ans. Oui, le hooliganisme a toujours visé les communautés minoritaires, oui, il y  a réellement un racisme bestial de la part de certains groupes, non, tous les supporters du RSCA et loin de là, ne sont pas anti-immigré, anti-arabe…mais une minorité assez importante, impose ses vues, un peu comme le kop de boulogne à Paris qui a la réputation d’être l’un des plus violents d’Europe…Quelle différence avec le kop marseillais, des drapeaux français, marseillais, algériens et marocains flottent dans une ambiance chaleureuse et fraternelle… un peu comme au Standard de Liège ! Le kop d’Anderlecht, est un prolétariat proche de l’extrême droite, celui des Rouches et de Marseille est plutôt situé à gauche, voir à l’extrême gauche…On voit ici et là, la figure du Ché !  

 

De l’autre côté, nous avons les belges que l’on continue d’appeler « d’origine immigré », désireux de ne pas laisser les « flamanis » descendre vers les quartiers populaires en s’accaparant le « terrain », comme si nous étions dans une guerre à l’irakienne, car ces lieux, parfois délabrés (pas tous heureusement, attention à la caricature) sont parfois la seule fierté que l’on protége comme un trésor ou comme un trophée, « mon quartier », « ma bande », « ma zone », on se sent exister, appartenir à un lieu, car nous ne sommes ni des « flamanis », ni totalement des « khorotos », Bruxelles est trop grande, aller au quartier Européen, devient une expédition à préparer pendant des longues années, les quartiers à Woluwé ou Watermael, des quartiers bourgeois ou on risquerait à coup sûr de se faire contrôler, voir embarquer et puis que peut-on bien faire à Woluwé, franchement ?

 

On se construit une identité en opposition à l’autre et en faisant de sa zone géographique le centre du monde, elle est en même temps sa ville, son pays, sa patrie à défendre, le camp adverse à exactement la même perception. Ceci est pourtant étonnant, car les deux camps, ont cette même particularité : public économiquement, scolairement et intellectuellement fragile, très exposés aux manipulations et instrumentalisations, c’est bien connu la fragilité pousse au simplisme et à la caricature…Les uns trouvent dans le foot, un exutoire  et dans les « immigrés » éternels, des victimes expiatoires, les autres, des sales gamins inciviques, parfois des délinquants en puissances, souvent mineurs, qui s’emmerdent à longueur d’année avec des contrats de sécurités inefficaces et une politique au mieux paternaliste, voir néo-coloniale qui n’a comme finalité que le contrôle et la paix sociale sans réellement prendre en considération, les doléances, les critiques et les énormes attentes…

 

Les deux camps sont persuadés que l’ennemi c’est « l’autre », l’arabe car il ne sera jamais belge, perçu comme un « bougnoule » à éliminer, nous sommes dans le racisme primaire et bestiale. Les pseudo supporters sont organisés, des professionnels du baston, tandis que les jeunes sont le plus souvent des sales gamins, néophytes et qui à la moindre charge policière et des « pseudo-supporter » tournent les talons…Le combat est perdue d’avance et heureusement, car on risquerait des situations autrement plus sérieuses que ce jeu, du chat et de la souris… Pendant ce temps, les « flamanis » chantent à tue tête : « on est chez nous », comme lors de la coupe du monde 1994 à la Grande-Place, ou des néo-fascistes chargèrent les mamans kholotias et des jeunes, venus faire la fête et gâchés par 500 hooligans descendus sur les lieux pour le baston…Là aussi, les flics de Bruxelles ville n’embarquèrent que les jeunes khorotos. L’arrestation de 193 belges d’origines x pour un belgo-belge démontre combien la police a culturellement une proximité avec les supporters…On ne polémiquera pas, cependant, ses arrestations démontre à souhait, ou la police place ses priorités…le kop dangereux est laissé en paix, les gamins mineurs sont embarqués, les mauvaises langues avancent que face au Kop, le combat est perdue d’avance pour les flics…

 

Le sporting d’Anderlecht ne porte t’il pas une responsabilité ? Peut-être, car il n’a jamais eu la réputation d’être un club ouvert à la diversité et aux belges d’origines maghrébines… Alain Courtois qui fût anderlechtois pendant quelques mois essaya bien courageusement d’interculturaliser le club, sans succès !  Ce ne sont pas les arabesques d’un Boussoufa ou d’un Ahmed Hassan (apprécié néanmoins par le kop) qui nous feront penser le contraire. Momo et Piet ne partiront probablement pas en vacance ensemble, à moins de se retrouver par accident avec le Kop de Liverpool, d’Ajax et du Bayern à Torremolinos ou à Lloret del Mar, coin éthilique pour fauchés amoureux de soleil : football, paella,  chachacha et irish pub déversant des matchs de foot interminables dans une ambiance survoltés, ou le football se fait religion et les « stars », des « messies »…

 

Si nous prenions le temps de décloisonner nos schémas mentales sur l’autre, en acceptant la diversité dans les communes aisées, en acceptant les « bougnoules » dans les bonnes écoles, en éliminant les discriminations à l’embauche, on pourra peut-être y voir un signe, mais comme notre société est ainsi faite, il faudra encore attendre quelques décennies afin que les politiques qui nous dirigent se rendent compte qu’un problème structurel et communautariste des dominants et des puissants est à l’origine des dérives de la société, car quelle victoire d’assister sous nos yeux, au clash physique entre deux prolétariats qui loin des considérations philosophiques et politiques sont dans une posture, de ce qu’ils pensent être la « survie » de leur « race » et de leur communauté.

 

Imaginez demain, des blancs se promenant tard le soir sans se faire agresser par des délinquants ou le stade du sporting d’Anderlecht interculturel, entre des « skinets » (skinheads) et des « rolotos » (khorotos = marocains dit de manière péjoratif), chantant « I will survive »…Rêvons un peu, avant le prochain baston !

Mouedden Mohsin