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01.04.2008
Analyse de l'interview d'Anne Morelli
Analyse de l’interview d’Anne Morelli pour MRAX info de mars-avril 2008
L’historienne Anne Morelli
J’ai lu avec grand intérêt l’interview (réalisé par le MRAX info) avec Anne Morelli, membre du MRAX et historienne reconnue à l’ULB.
La première chose qui interpelle dans ses propos c’est la puissance des mots utilisés qui à mes yeux sont pour la plupart simplistes, et plus grave, faussés.
Sa vision de « l’intégration » et du mieux vivre ensemble surprend et surfe sur une vision assimilationniste à la française très radicale.
J’ai pris la peine de répondre, parce que je suis membre du MRAX, que je trouve les propos utilisés dangereux et que j’ai de l’estime pour Anne Morelli.
Après les émeutes de Cureghem, nous avons eu l’occasion de partager nos expériences, elle chez moi, avec les jeunes de l’ASBL Alhambra et moi, chez elle, auprès de ses étudiants à l’ULB, de plus il m’a semblé nécessaire et utile de mettre un zoom sur une anti-raciste historique et convaincue et qui depuis quelques temps semble en déphasage avec les réalités contemporaines et sociologiques de notre pays.
Il est important de situer le contexte de cette interview qui se focalise surtout sur un débat bien délicat mené par le MRAX, à savoir « la reconnaissance des minorités culturelles ».
Mme Morelli explique : « la reconnaissance différenciée doit être un état transitoire et en aucun cas devenir permanente…A la base, nous sommes tous ethnocentristes ».
Mme Morelli a en partie raison, cependant ce qu’elle omet de dire, c’est qu’il n’y a jamais eu de reconnaissance différenciée et ce depuis l’installation dans les années soixante des immigrations maghrébine et turcs, plus encore, cette différence est même niée dans les manuels d’histoire, les bibliothèques, les cours, la télévision.
C’est ainsi que la culture marocaine, arabe ou musulmane est souvent traités dans les faits divers en rappelant systématiquement l’origine des délinquants (voir l’affaire Jo Van Hoolsbeck, voir une presse populaire ou populiste), ou de manière marginale ou caricaturale, ce qui pousse le belge lambda a estimer que ces cultures ou culte islamique est intrinsèquement criminogène (voir l’étude du Ministre de la justice entre la criminalité et l’origine ethnique), voir porteur de violence.
Une autre forme de reniement des minorités, reste l’indifférence. La société fait comme si ces communautés étaient invisibles, c’est une violence importante que notre historienne ne semble pas saisir…de plus, Anne Morelli parle implicitement, des arabes et des musulmans, puisqu’elle compare cette communauté sans la citer (mais en mettant en avant l’habillement) aux communautés italiennes et juives qui d’après elles, ont fait « d’énormes efforts pour s’intégrer »…L’historienne oublie également la présence historique plus longue des communautés italiennes et juives qui remontent à plus de 60 ans et un ou deux siècles pour la communauté juive…Comment ne pas tenir compte de ce facteur ? A côté de cela, la culture belge reste dans ses fondements chrétienne, voir judéo-chrétienne, ce qui facilite grandement l’insertion et l’acceptation de ses populations, ce qui n’est pas le cas des marocains, arabes, turcs ou musulmans qui sont perçus après trois générations comme exogènes, voir même une cinquième colonne… à savoir une menace réelle pour notre société.
Il faut également rappeler que les italiens et les juifs en particulier ont eu à subir, eux-aussi des discriminations et un racisme parfois encore plus important que les communautés actuelles… Les juifs en particulier ont eu à subir, les discriminations et crimes par un régime collaborationniste qui estimait qu’un juif n’était pas un belge, malgré plusieurs générations. Même les juifs assimilés ou ayant changé de nomm de famille furent spoliés et envoyés aux camps…En visant le particularisme d’une communauté (la nourriture, l’habillement, une fête), on fait le jeu de l’extrême droite et de ceux qui estiment que même l’acculturation ou l’assimilation ne sera jamais effective…On voit ainsi se construire depuis cinq ans, une coalition hétéroclite bigarré et qui a des différences fondamentales entre l’extrême droite et les radicaux de la laïcité.
Anne Morelli, parle également d’intégration, cependant à lire en profondeur son argumentation, nous sommes, plutôt dans l’assimilation, même si elle n’utilise jamais ce mot, qu’elle sait délicat.
L’assimilation est une violence extrême, un déni de soi…Au nom de l’assimilation, on a obligé en Australie et au Etats-Unis, des milliers d’enfants aborigènes et des amérindiens a être adopté par des familles blanches pour leur « apprendre la civilisation… », Aujourd’hui l’Australie regrette, timidement, pas les Etats-Unis. Voyons plus loin…
Madame Morelli affirme : « le mouvement anti-raciste doit lutter contre les discriminations et promouvoir une vision universaliste de la citoyenneté, des droits de l’homme, etc. ». Là encore, l’Universalisme semble orientée, connoté…Reconnaître les minorités culturelles, c’est de l’universalisme véritable ! De plus, à partir de quoi et qui estime que cette culture est universaliste ou non ? Y aurait-il une papauté de l’Universalisme ? Qu’est ce que l’universalisme ? Un concept justement ethnocentriste pour une infime catégorie d’individus qui se permettraient de distribuer les « bons » et « mauvais » points ? Soyons sérieux, cette lecture est paternaliste, elle sous-tend que les cultures minoritaires ne peuvent avoir une place dans l’universalisme, à moins de s’acculturer et de se diluer totalement dans la culture dominante, c’est une vision, pour ma part, néo-colonialiste. Cette phrase ainsi dite a l’air inoffensive, mais elle est d’une violence redoutable…car elle exclut au nom de…l’Universalisme, de la laicité et des Droits Humains qui se trouvent ainsi accaparer par des « humanistes » idéologiques et politiques radicaux…
Pour illustrer son propos, elle explique que « les femmes marocaines arrivées dans les années soixante étaient beaucoup plus « intégrées » que les jeunes de maintenant… ! ». Elle ajoute : «moi aussi, je pourrais me déguiser en costume napolitain, manger exclusivement la nourriture de mes grands-parents » Mais je ne pense pas du tout que ce genre d’attitude aide à vivre ensemble ».
Madame Morelli a tout faux ! Les femmes marocaines des années soixante étaient cantonnées au travail familial ou domestique, drôle de façon de promouvoir l’intégration ! Analphabètes pour la plupart, elles n’avaient quasi pas de contact avec la société civile belge (à part certaines dans des emplois précarisés), ce qui n’est pas le cas de la deuxième et de la troisième génération qui a étudié dans nos écoles et qui est belge, tout en étant décomplexé d’être porteur de plusieurs cultures et civilisations. Parler d’intégration à la troisième génération pose question. A la lire, ces jeunes filles seraient « désintégrés », voir « dés-occidentalisés », ramené à l’étrangeté, à l’immigration, à une culture soit dangereuse ou parfois orientaliste et fantasmée…Ce qui dérange également, c’est l’implication aujourd’hui de ses femmes dans la société civile, il y a clairement une visibilité qui dérange beaucoup de monde, d’où la nécessité de caricaturer ou de mépriser.
Elle l’explique en utilisant deux termes peu flatteurs pour caricaturer le foulard : « le costume » et « le déguisement ». Au moins aurait-elle eu la décence d’éviter le mépris…
Un autre facteur posant problème est l’alimentation…C’est « l’intégration par les fourchettes », à une époque, la police belge, lors de ses enquêtes pour l’obtention de la nationalité belge demandaient aux familles, si elles mangeaient avec leurs fourchettes…? Elle est dans une posture typique des années quatre vingt, non Nolsiste mais plutôt Golienne (le Ministre Jean Gol, PRL). Aucune évolution depuis, alors que ces belges le sont depuis trois générations…De plus, en quoi manger halal, kasher, bio, végétarien ou que sais-je encore, fais de vous ou fera de vous un citoyen universaliste ou non… ? Là, nous ne sommes pas uniquement dans un simplisme, mais dans une idéologie nauséabonde.
Elle poursuit en parlant « d’un processus d’acculturation… ». Anne Morelli a une vision binaire de la société, le « eux » et le « nous »…Pour que le « eux » soient définitivement « intégrés », ils doivent suivre l’exemple italien (ne parlent-ils pas souvent italien ? Ne supportent-ils pas l’Italie, la Juventus, ne mangent-ils pas beaucoup de pâtes…et alors ?) et juif (un modèle d’acculturation, vraiment ?).
La plupart des jeunes de la seconde et de la troisième génération, que nous le voulions ou pas, s’acculture de fait, sans pour autant renier son identité d’origine. L’acculturation est tellement présente, que la plupart des jeunes de la seconde et troisième génération ne savent ni lire, ni écrire l’arabe…et se sentent belge, au Maroc, ou on leur rappelle qu’ils sont « si différents ». Entre « eux », ils parlent le français ou le néerlandais, désirent vivre, fonder un foyer, avoir un travail, militer pour plus de justice et de droits… Cependant, et c’est là ou trouvez cette posture inacceptable, beaucoup continuent à manger avec leurs doigts ou des fourchettes, à manger halal ou au Quick, à ne pas boire de l’alcool, pourquoi ne pas respecter cela ? Pourquoi tant d’intolérance ? Désirez-vous une culture monolithique, pauvre et desséchée ? Ne voyez-vous pas l’apport riche et fructueux d’autres cultures dites minoritaires ? Et puis pourquoi ne pas porter un costume napolitain (Morelli estime qu’elle n’a pas à porter de costume napolitain pour le mieux vivre ensemble) ? Pourquoi ne pas manger italien ? Qu’est ce que cette façon biaisée, simplificatrice et totalement fermée de voir notre société ?
Morelli estime que le MRAX, dont elle est toujours membre, prône exactement le contraire (de l’Universalisme), à savoir le droit d’accentuer sa différence, dans la manière de s’habiller, de manger, de se soigner…
Ce propos est gravissime, d’abord parce qu’il sous-tend que le MRAX est communautariste et en voie d’islamisation forcée (sic !) (accusation porté par Madame Morelli dans une lettre ouverte), ce qui est une accusation gravissime. Ensuite que les combats menés au sein de l’institution ne se focalisent que sur les musulmans, ce qui est archi-faux ! (A moins que tous les sans papiers, les victimes d’antisémitismes, la sensibilisation pour la reconnaissance du génocide arménien, la sensibilisation contre le racisme dans les écoles secondaires, les enquêtes concernant les discriminations dans les dancings, le logement et l’embauche ne soient que des matières islamiques ou pour musulmans !!!).
Ce procès d’intention n’est pas propre au MRAX, partout dans la société, des accusations gravissimes, rarement étayés sont jetés en pâture pour déstabiliser, faire peur et provoquer une zizanie, cependant, les propos sont tellement extrêmes, tellement de mauvaise foi et surtout facilement démontable, que la plupart des anti-racistes historiques ne tombent dans le piège tendu.
Se soigner est un droit. L’une ou l’autre demande farfelue ou intégriste, ne doit pas faire de quelques rares cas isolé une généralité, pourquoi ces amalgames insidieux ? Par conséquent, chacun a le droit de choisir son médecin, homme ou femme, c’est un droit constitutionnel, à partir du moment où il n’est pas imposé.
Enfin, l’habillement dans une société civilisé et démocratique doit être librement consenti (sans que ce dernier soit une provocation), ce qui est le cas des filles portant le foulard.
Morelli s’inquiète : « Dans ces conditions. Où peut-on encore trouver un lieu qui soit commun à tous ? Si on ne peut plus manger ensemble, s’amuser ensemble, … »
Surréaliste, elle nous décrit une société proche de l’implosion, ou les individus ne ser rencontreraient qu’en fonction de leurs communautés…En même temps, les jeunes « typés » ou belges d’origines marocaines sont systématiquement exclus des boites et des dancings… Drôle de façon de s’amuser entre blanc. Entendons nous Morelli sur ce dossier là ? Que faites-vous pour permettre à nos jeunes de s’amuser, de jouir de la vie, de rencontrer des « blancs » ? Le communautarisme réel est le fait d’une majorité blanche et dominante, Madame Morelli, le sait sciemment, car c’est une femme intelligente.
Manger ensemble ? Mais nous mangeons ensemble, cependant sans imposer une nourriture forcée, c’est aussi cela l’universalisme, madame Morelli, vous avez une drôle de conception de l’universalisme… Disqualifiez-vous les citoyens par rapport à leur assiette ? C’est d’une violence inouïe ! Je pensai que seul les plus radicaux avaient ce type de construction binaire…
Madame Morelli parle des différences en estimant qu’elles ne doivent devenir un droit ! L’historienne semble mal connaître l’histoire de son pays.
Prenons la Belgique ou coexistent trois communautés, chacune a des droits en fonction de ses spécificités, plus encore…les communes à facilitée son un exemple parfait ou les francophones et les wallons obtiennent des avantages sur un territoire flamand et belge car ils appartiennent à une communauté minoritaire (sic !). Il s’agit avant tout d’un rapport de force et non de quelconque valeur binaire…Le rapport de force des minorités culturelles est encore faible, ce qui permet à des cadres de la société de se permettre ce type de sortie. Plus grave, l’attitude de Morelli et de certains « apôtres » de la laïcité, pousse nul doute, les musulmans à penser à élaborer et à construire leur propre pilier : syndicat, mutuel, associatif, politique, …
Les signes ostentatoires, à savoir le foulard pour faire court (et pas simpliste) pose problème à Anne Morelli et à une grande partie de l’anti-racisme belge. L’identité est multiple, la musulmane est une parmi d’autres…Se focaliser sur le voile, en estimant qu’une fille qui le porte n’en a qu’une (de l’identité, bien sûr), c’est soit du simplisme édifiant ou une mauvaise foi totale !
Ce qu’il faut dire, c’est que nombre de nos concitoyens ont une image désastreuse du foulard pour diverses raisons, cependant continuer à ne voir dans le foulard que l’oppression de la femme, c’est encore une fois, une vision ethnocentriste faite de préjugés et de raccourci simpliste. Ce n’est pas nouveau, nous pouvions lire la même littérature pendant la colonisation.
Plus grave, elle affirme : « Dans une véritable société mutliculturelle, l’égalité exige la dissolution progressive des communautés religieuses et ethniques ». Cette phrase est d’une violence terrible, d’abord il n’existe dans aucune partie de notre planète, un pays multiculturel qui exigerait la dissolution progressive des communautés religieuses et ethniques (l’exception française qui a montré toute ses limites), car les supprimer, c’est mettre fin à la multiculturalité, qui ne reste qu’un concept creux et orienté, en fonction du rapport de force et de l’emprise idéologique.
C’est également nier une partie de l’identité de l’autre, son voisin en humanité qui ne pourrait être accepté que s’il abandonne sa culture « minoritaire »… Nous sommes ici dans une volonté de domination avec la construction de « l’homme nouveau ». Utopie que les plus grands « visionnaires » ont expérimenté avec le résultat que l’on sait : Staline, Pol Pot,….Façonner l’être nouveau, coupé de ses racines culturelles, religieuses et sociales.
Bien sûr, l’historienne rejette me semble t’il ses références malgré sa sympathie pour l’extrême gauche, il serait aussi simpliste de penser cela, que de penser le voile synonyme d’intégrisme…
Cependant, sa vision semble plutôt versée dans un Républicanisme extrême. Elle a quasi la même posture que Charlie Hebdo,… ou certains radicaux de la laïcité.
Elle invite plutôt, les musulmans à faire fi de tout « attachement » culturel et religieux…Ainsi, l’Homme deviendrait, un « être » nouveau parfait « nettoyé » des résidus « archaïques » et « historiques » qui le liait à un monde forcément « inférieur », « rétrograde »…Cette vision désire « libérer » l’Homme, lui rendre sa raison, son esprit critique, son libre arbitre… En se plaçant de la sorte via ce schéma binaire, elle disqualifie subtilement toutes les personnes qui ne désirent avaliser cette grille binaire et idéologiquement dangereuse…
Plus loin, elle ajoute : « Quand on est l’objet de racisme et qu’en plus on se distingue de cette façon (mettre le foulard), il me semble qu’on conforte les représentations du différent dont on est victime. ». En soi, non seulement les personnes doivent subir le racisme, mais plus encore, elles devraient faire un « geste d’intégration », pourquoi pas en retirant leur foulard afin que les racistes puissent faire un effort, c’est à la victime de s’excuser, surréalisme à la belge, révélateur de la maladie profonde que traverse l’anti-racisme de notre pays.
Une autre perle « Je veux bien avoir de la compréhension pour ces humiliées qui se replient sur leur religion (islam). » Ce que ne sait pas Morelli, c’est que l’immense majorité des belges musulmans ne se replient pas sur leur religion, mais la vive de manière épanouie…Ce paternalisme bien de chez nous, couplée à des jugements de valeur est à mes yeux insupportables.
Pour rajouter une couche larmoyante, elle affirme sans preuve : « je soutiens les jeunes femmes dans mon université (l’ULB) qui sont humiliés et insultés, sur lesquelles on a craché physiquement, parce qu’elles ont enlevé leur voile…Les intégristes sont dans nos murs et ils mènent la vie dure, elles ont donc besoin de soutien ». Le bastion d’une certaine laïcité serait-il menacé par quelques « intégristes », la laïcité est-elle si fragile ?
Les filles ayant retiré leurs foulards vivent le martyr… dit-elle en ajoutant : « Crachés physiquement… ».
Maintenant sur le fond et connaissant le public de l’ULB, je ne sais pas si vous visez implicitement le cercle des étudiants arabo-européens qui d’après le recteur seraient « intégristes » pour avoir organisé l’un ou l’autre débat, jugé forcément « communautaire ».
Il est bien évidemment regrettable et scandaleux que des filles ayant retirés leurs foulards se soient vues insultés…mais je doute fortement de cette version, voyez-vous…Ce que je peux par contre vous affirmer avec des preuves à l’appui, c’est que des nombreuses filles sont parfois insultés et agressés physiquement par des « apôtres » du mieux vivre ensemble et de « l’universalisme », qui estime peut-être à juste titre, que le foulard est une violence intolérable à « nos valeurs Occidentales», mais peut-être qu’en vous lisant, ils seront plus encore confortés dans leurs thèses abjects…
Vous affirmez également : «J’espère que ces filles attachées à leur voile feront un jour comme Nabela Benaïssa et qu’on les verra en tailleur ou un pantalon, appréciés pour leurs qualités intellectuelles et morales.
Voici Nabela Benaïssa, sans le vouloir instrumentalisé par vos soins, puisqu’elle devient l’exemple à suivre… Cependant vous ajoutez « en tailleur et en pantalon », affligeant cette modernité qui passe par les vêtements. La laïcité ou l’universalisme sont-ils une façon de se vêtir…ou d’abord et surtout des valeurs !
Il faudrait relire, « le petit Prince », de plus, pour bien notifier la différence fondamentale qu’il y aurait entre une fille portant le foulard ou non, vous dites : « appréciées pour leurs qualités intellectuelles… ». Alors, là, madame, c’est du haut niveau, de l’académique grandiloquent. Estimez-vous, par conséquent qu’une femme portant le foulard serait sotte par nature ou intellectuellement amputée d’une partie de son cortex ? Vous classez ces femmes dans la case « vertu » uniquement ? Quelle façon peu scientifique de penser et de plaquer ainsi vos préjugés…mais le plus grave encore, c’est la fabrication insidieuse d’un « ennemi »…Affligeant.
Etes-vous également pour l’interdiction du port du foulard dans les écoles ? Vous avancez l’exemple de l’athénée de Forest avec « ces filles aujourd’hui qui montrent leurs jolis cheveux… ». C’est émouvant et consternant, car si vous étiez une féministe convaincue pour les droits de toutes les femmes qu’elles soient ou non musulmanes, vous devriez savoir que la chose la plus importante reste la scolarité, de plus vous ne mesurez pas les conséquences de l’interdiction qui se verront en général quelques années plus tard par un raidissement … car l’autre, nie mon être et m’accepte à sa condition pour que je puisse étudier, progresser et faire ma vie…Vous avez une drôle conception de l’universalisme…et du vivre ensemble qui passerait par l’expulsion et le rejet de la différence.
Et oui, vous voilà, et nous voilà rassurer, la révélation de l’année, les filles portant le foulard parlent également de sexe, cela vous étonne à ce point, Madame Morelli ? Vous savez, elles parlent également de choses intimes, de la Belgique, de l’école, de la vie quoi…
« On s’attaque à des gens pauvres… », Voici votre dada idéologique binaire et misérabiliste. Pour vous, le monde se construit en deux entités, le libéralisme/capitalisme et le socialisme/communisme, le bien et le mal, les pauvres/les prolos et les riches/bourgeois, les impérialistes et les anti-impérialistes, en dehors de cette grille de lecture étriquée, point de salut…Vous devriez savoir pourtant que le monde est vaste, que les simplismes avancés ne sont jamais qu’une volonté idéologique ou politique de scinder la société et le monde pour s’attirer la sympathie des pauvres âmes « égarées » que nous sommes ou serions…!
La discrimination ethnique, culturelle, religieuse, vous ne voulez la voir, vous ne pouvez la voir, car toute votre construction mentale, intellectuelle, psychique rejette tout autre grille de lecture beaucoup plus complexe, mais surtout beaucoup plus complète.
Vous l’expliquez parfaitement avec l’exemple turque à la page 7 : « En Turquie c’est pareil : la grande bourgeoisie défend la laïcité et donc s’oppose à l’entrée des filles voilées à l’université, c’est aussi très généralement s’opposer à l’entrée des pauvres. Et là évidemment, je trouve indigne et injuste de s’attaquer aux pauvres, de les ridiculiser via leur costume (sic !) »
Sans commentaire !
Vous affirmez plus loin : « l’anti-racisme, c’est la lutte pour les droits égaux… et pas la participation à une inflation de revendication de reconnaissance de la différence». Effectivement, l’anti-racisme c’est d’abord la lutte pour les droits égaux et contre les discriminations. Première question, n’y a-t-il qu’une forme de discrimination ? Sociale à vos yeux ? Si vous estimez qu’il y a une discrimination sexuelle ou de genre (salaire notamment) ou encore homosexuelle, alors il vous faudra bien reconnaître d’autres formes de discriminations…
L’égalité des droits sous-tend également un monitoring sur les discriminations. Vous ne pouvez lutter pour les droits égaux, si vous ne prenez pas la peine de réaliser une étude scientifique sur les types et formes de discriminations vécus par les différentes populations de notre pays, ce n’est pas du communautarisme, c’est du bon sens et surtout une volonté de procéder scientifiquement pour résoudre des problématiques réelles.
Enfin, la reconnaissance culturelle, à l’heure de la mondialisation, terme que vous réfutez peut-être, doit nous pousser à mieux connaître et reconnaître la diversité de nos sociétés… libre à vous d’avoir uniquement cette grille de lecture, permettez à ceux qui ne sont d’accord avec vous de proposer une grille plus complète, en espérant qu’ils ne seront pas réduit par vos soins à des anathèmes faciles.
Vous mettez en évidence votre combat pour les filles portant le foulard dans les stages lorsque vous étiez vice-présidente du MRAX. Cette attitude vous honore, cependant vous ne pouvez vous priver d’ajouter « Je les ai défendues mais je ne me suis pas privée par ailleurs de leur dire que je les plaignais d’être si dépendantes d’autorités extérieures concernant leur habillement et leur comportement (sic) ».
Enfin vous concluez de façon « magistrale » : «J’espère que leur passage par
l’Université les rend plus critiques notamment par rapport à la supériorité que chaque culture prétend avoir sur les autres et sur les signes distinctifs que les religions imposent pour distinguer leurs membres « supérieurs » dans l’espace public. Mais à l’Université aussi, il faut lutter contre la tendance au repli communautariste qui aboutirait à des « niches » d’étudiantes, divisées par leurs appartenances religieuses et ethniques et sans espaces communs pour nouer des rapports réciproques autour de repas communs, d’activités communes, de fêtes communes, d’amours et amitiés partagées (ouf !)
Que dire de plus, cela s’appelle dans un jargon moins académique, « des bons sentiments pour nous endormir » ou encore « de la philosophie à deux sous »… N’est ce pas plutôt, vous qui imposez votre vision culturelle… ? De quelle culture êtes-vous issue ? L’acculturation sous-tend que l’individu progressivement s’accapare une nouvelle culture, mais quelle est-elle ? La culture de papa ? De mai 68 ? Maoïsme ? Trotskysme ? Eclairez-nous…
Devrions-nous manger du porc, participer à la Saint-Verhaegen, orgies indignes et humiliantes pour être bien accepté ? Devons nous participer à une quelconque réunion franc-maçonne avec des costumes et des déguisements flamboyants » pour être considéré comme un citoyen critique ayant son libre arbitre ? Devons-nous nous délester de toutes nos identités culturelles ou religieuses posant problème à l’historienne, à savoir, la musulmane (surtout), l’arabe, la marocaine, la berbère pour être et devenir un citoyen Universaliste ? Mais que de jugement de valeur grossier.
En guise de conclusion et pour connaître un peu les travaux et l’investissement académique, citoyen, idéologique et politique de l’historienne, je trouve dommage qu’une telle personnalité puisse suivre le chemin de ce que le « Nouvel Observateur » a appelé, les nouveaux idéologues de gauche passé à droite…, à savoir les nouveaux réactionnaires ! Rassurez-vous, Madame Morelli est toujours, me semble t’il d’extrême gauche, et puis si elle va à droite, ce n’est pas une maladie, à ce que je sache, sauf pour une extrême gauche ringarde, stalinienne ou maoïste…
Cette interview révèle plusieurs choses, à savoir que certains anti-racistes historiques (attention aux caricatures) ont du mal à composer avec la génération anti-raciste montante qui a une lecture beaucoup plus large, plus contemporaine que certains qui ont vécus et hérité de la guerre froide, voir du conflit Est-Ouest et mai 68.
Il faut également ajouter que les anti-racistes étaient en majorité ou totalement athés et blancs, avec une opposition au catholicisme ou à la croyance religieuse, des « bouffeurs de curés ». Il se fait qu’une nouvelle génération prend place doucement ce qui a le don d’agacer ceux qui estiment que l’anti-racisme n’est qu’un vase clos ou seul des personnes passés à la moulinette de l’assimilation pourrait y avoir droit, enfin et c’est peut-être la chose la plus fondamentale à mes yeux, pour la première fois, les discriminés et les minorités culturelles, eux-mêmes prennent leurs destinées en main, cela agace nombre de partis politique, le tissu associatif paternaliste et élitiste, mais également et surtout, ceux qui pendant vingt, trente ou quarante ans ont milité pour une société anti-raciste…. Certains ne supportent pas cette génération montante, soit elle « irrespectueuse », car elle affirme sa vision sans complexe, « intégriste » pour disqualifier les personnes, ou encore « extrémistes », pour marginaliser et cantonner les nouveaux anti-racistes uniquement dans un rôle spécifique, lié à l’islamophobie, ce qui n’est pas le cas. De toute les manières, la crise de l’anti-racisme actuelle devait inévitablement voir le jour, car comment supporter que ceux pour qui nous nous sommes battus (les immigrés, ce que nous ne sommes plus), vous disent aujourd’hui, sereinement, « on est pas d’accord avec cette vision simpliste…Car l’interview de l’historienne et en filigrane s’évertue à caricaturer, plus encore à présenter le travail du MRAX comme étant communautariste en prônant la différenciation, le relativisme culturel…Plus grave, elle a avancé récemment, « l’islamisation forcée du MRAX ».
J’espère que la famille anti-raciste aura un jour cette honnêteté de dire clairement que ce qui la dérange profondément, c’est l’islam, les musulmans et la pratique religieuse. Au moins, l’extrémiste hollandais avec son film « fitna » a eu l’honnêteté de dévoiler son projet nauséabond. Car quelle différence y a-t-il vraiment entre une personne qui désire exclure des musulmans, car considérés comme des cancrelats et une historienne qui vous demande de vous acculturer et de renier vos spécificités culturelles et religieuses pour être accepté ? Je trouve à mon sens, même que la première demande (de l’extrême droite) est moins violente, car il n’est pas dans une posture de reniement de ce qu’est également l’autre, tandis que la seconde vous enjoint, vous ordonne de rejeter votre héritage, tradition, culture et religion…
Bien sûr, Anne Morelli est une anti-raciste convaincue, elle est simplement une grande dame qui arc-boutée dans son confort idéologique ne veut pas voir la société belge et le monde évoluer, avec cette tendance qu’aujourd’hui des choses peuvent être dites sur les musulmans, sans choquer personne…
A nous d’avoir la franchise de mettre en avant nos différences et nos identités multiples afin de construire l’Universalisme véritable. Madame Morelli, il me semblait évident que je devais répondre de manière circonstanciée à votre interview, pour espérer lancer un débat serein dont nous avons le plus grand besoin.
Mouedden Mohsin
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