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22.08.2007

Polémique : TINTIN AU CONGO

Que pensez-vous de la polémique sur la BD jugée "raciste" par un étudiant Congolais ?

Faut-il la retirer de ventes ?

Mes impressions :

La polémique enfle suite à la plainte déposée par un étudiant Congolais sur le prétendu racisme de la BD « Tintin au Congo ». Les médias belges et internationaux se sont posés des questions…Des débats parfois intéressants et riches permirent aux protagonistes d’étaler leurs arguments.

Si la BD « Tintin au Congo » stigmatise les colonisés avec un paternalisme néo-colonial certain, je trouve justement qu’il faut aller beaucoup plus loin et ne pas verser dans ce type de débat «anecdotique » (si il ne se focalise que sur la BD), car le drame de la colonisation vécu par les Congolais est autrement plus cruel que les quelques planches douteuses…

Malgré l’interdiction de la BD « Tintin au Congo » au rayon « enfant » en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis, je continue à penser qu’il n’est pas intelligent, ni pertinent de retirer da la vente « Tintin au Congo », par contre, je suis plutôt pour insérer un texte explicatif sur le contexte de l’époque et la colonisation du Roi Léopold II et de la Belgique.

L’histoire reste douloureuse pour tout Congolais, le devoir de mémoire n’a pas encore vu le jour, malgré les excuses officielle sur l’assassinat de Patrice Lumumba par Louis Michel il y a quelques années, il y a comme une immense tâche sur l’histoire de notre pays, une tâche trop souvent édulcorée voir niée, poussant certaines personnes vers un négationnisme inacceptable.

Les historiens belges n’ont pas été d’un grand apport, la plupart du temps, il s’agissait juste de reprendre la version officielle de la Royauté ou du gouvernement de l’époque, les plus critiques se risqueront simplement à rappeler ici et là quelques faits inadmissibles, mais rien de sérieux, ni de scientifique.

Seule la Grande-Bretagne (elle-même une colonie impitoyable désireuse de régler le compte de la Belgique) et la BBC ont dévoilé les sombres desseins du Roi Léopold II et de la sauvagerie de l’entreprise.

La Belgique devra passer ce  cap douloureux qui restera à jamais gravé comme une période tragique de sa courte histoire. La colonisation belge au Congo, c’est plusieurs millions de Congolais tombés par les armes, l’asservissement ou les maladies importées, c’est le travail forcé, les mains coupés, l’esclavagisme et l’assassinat politique, à côté et pour ne pas travestir l’histoire, ce fût aussi, la construction des dispensaires, des hôpitaux, routes et quelques écoles qui permirent  à ceux qu’on appelaient les « sauvages » de pouvoir se former dans le but d’éduquer et de « civiliser » une élite qui allait bien évidemment être totalement au service du maître blanc, on le voit, on le constate, l’opération « civiliser les sauvages » ne fut en fait qu’un immense projet de pillage et d’humiliation, les « bienfaits » rapportés ici et là pour faire bonne impression (construction des routes, écoles, dispensaires, vaccination) ne furent en fait que des politiques sournoises et peu enclines à permettre à une élite démocratique de pouvoir vivre dignement…

Si le débat « Tintin au Congo » ne va  pas au-delà, il n’aura été que d’un intérêt très limité, à vous, à nous de lancer le débat sans polémique mais avec raison, transparence et argument scientifique à l’appui pour faire la lumière d’une sombre période et ce pour tourner une page à jamais gravé dans nos mémoires.

Rappelons que les petits enfants ou les enfants ne sont en rien responsable des crimes commis par leurs parents ou aïeux, cependant le drame serait que les enfants ou les petits-enfants innocents poursuivent le négationnisme de leurs parents et ça, ce serait non pas une faute, mais un second drame.

Mouedden Mohsin

 

 

infos :

http://www.cobelco.org/

 

 

Tintin au Congo classé BD pour adultes

Le groupe Borders, propriétaire de librairies en Grande-Bretagne a donc décidé de ranger Tintin au Congo au rayon BD pour adultes à côté de celles de Manara. Mais pas pour les mêmes raisons, les enquêtes du reporter asexué étant totalement dépourvues de références sexuelles explicites.
C'est la connotation raciste - sans blague... - de la bande dessinée, où les Noirs sont tous des flippés au langage de petit singe, qui a ému certains lecteurs. La polémique n'est pas nouvelle et Hergé a eu régulièrement des soucis avec ce volet des aventures du journaliste cynophile.
Pas en 1931, date de sa sortie, où la BD fut plutôt bien accueillie dans la Belgique colonisatrice sans complexe.
Plus tard (dans les années 60), l'idée d'une mission civilisatrice des sauvages perdit de sa force de conviction et on évita les rééditions.
Comme on le voit sur cette illustration, le passage à la couleur s'est également accompagné d'une euphémisation du propos.

 

 

Un étudiant congolais résidant en Belgique vient de demander en justice l’interdiction de Tintin au Congo pour « racisme et xénophobie ». S’il semble difficile d’approuver sa demande d’interdiction, il n’est pas inutile de rappeler que cet album de Hergé véhicule nombre de stéréotypes raciaux.

Ces stéréotypes sont toujours bien vivaces en France, jusque dans certains discours de nos gouvernants : « Pendant que nous y sommes, que diriez-vous, bonnes gens, du président français, Nicolas Sarkozy, qui vient tout juste d’étaler à Dakar sa vision passéiste de l’Afrique ? Pour sûr, si la sentence devait tomber, Sarko serait plus coupable que Hergé. » [1]


 

 

L’histoire commence à Londres

Des parents, étonnés de voir l’album de Hergé [2] Tintin au Congo vendu dans les rayons pour enfants des librairies du Royaume-Uni, s’en inquiètent auprès de la Commission britannique pour l’égalité raciale (CRE).

C’est un verdict sans appel que la CRE prononce le 12 juillet dernier. « Ce livre contient des images et des mots aux préjugés racistes abominables, où les “sauvages” apparaissent comme des singes et parlent comme des imbéciles. [...] Le fait que l’ouvrage ait été écrit il y a longtemps ne les rend pas plus acceptables. » La CRE ne souhaite pas que la bande dessinée soit interdite, mais elle demande que des précautions soient prises pour la vente de l’ouvrage. Peu après, les librairies Borders et Waterstone’s décident de placer Tintin au Congo dans leurs rayons pour adultes.

Le 28 juillet, l’éditeur sud-africain Human & Rousseau renonce à une édition de l’ouvrage en afrikaans, car il s’est soudain rendu compte que la publication de cet ouvrage dans la langue qui était celle de l’oppresseur blanc pouvait être mal interprétée par une partie de la population (l’étude obligatoire de l’afrikaans à l’exclusion de tout autre idiome à l’université avait été à l’origine des émeutes sanglantes de Soweto le 16 juin 1976).

Dans le même mouvement, l’éditeur Penguin signale que la diffusion de l’édition anglaise en Afrique du Sud ferait l’objet d’un avertissement informant le lecteur du « caractère raciste » de certaines scènes de l’album.

Plainte pour « racisme » à Bruxelles

Fin juillet, une plainte pour « racisme et xénophobie » est déposée à Bruxelles, contre l’album Tintin au Congo, par un étudiant congolais résidant à Bruxelles, M. Mbutu Mondondo Bienvenu. L’enquête n’en est qu’à ses prémices, le juge d’instruction n’ayant pas encore décidé si la plainte était recevable.

Le plaignant, Bienvenu Mbutu Mondondo, veut obtenir de la société Moulinsart, qui gère les droits de l’oeuvre d’Hergé, l’interdiction de l’album qui se vend chaque année à des dizaines de milliers d’exemplaires.

ةtudiant en sciences politiques, Bienvenu Mbutu Mondondo s’est plongé dans une relecture critique de Tintin au Congo, après que sa soeur ait refusé qu’il offre la bande dessinée à son neveu. « Trop raciste ! » lui a-t-elle répliqué. « Ma soeur, comme toute la communauté congolaise de Bruxelles, a été sensibilisée par l’avis rendu en Grande-Bretagne contre cette BD, pleine de préjugés racistes et de violence », explique -t-il.

Le plaignant juge l’album « raciste et xénophobe ». « Ce sont les thèses racistes qui ont servi de support à l’idéologie politique pour pratiquer des discriminations sociales, des ségrégations ethniques et commettre des violences, dont des actes de génocides », commente-t-il pour appuyer son action en justice. « Quand on connaît la violence de la colonisation au Congo, les mains coupées, les conditions de construction du chemin de fer, cette bande dessinée est un scandale ». « Il est temps que la Belgique ouvre les yeux. Aujourd’hui encore, on n’apprend rien sur la colonisation dans les écoles. L’histoire du Congo belge est taboue », ajoute-t-il [3].

 

Que va-ton juger ?

La première mouture de l’album a été dessinée par Hergé en 1930 - 31, à une époque où la Belgique était une puissance coloniale contrôlant le Congo. Après la seconde guerre mondiale, lors des refontes des premières aventures de Tintin, Hergé a modifié lui-même certains passages particulièrement choquants.

Tintin au Congo (éditions de 1931 et de 1984).

« Sur le fond, nous sommes étonnés que cette polémique renaisse aujourd’hui », a réagi un représentant de la société Moulinsart. « Hergé s’était expliqué, disant qu’il s’agissait d’une oeuvre naïve qu’il fallait replacer dans le contexte des années 30, où tous les Belges pensaient faire du très bon travail en Afrique. » Dans les années 70, l’auteur avait lui-même décrypté le discours positif sur la colonisation de son album : « Pour le Congo, tout comme pour Tintin au pays des Soviets, il se fait que j’étais nourri des préjugés du milieu bourgeois dans lequel je vivais… C’était en 1930. Je ne connaissais de ce pays que ce que les gens en racontaient à l’époque : “Les nègres sont de grands enfants, heureusement que nous sommes là !”, etc. Et je les ai dessinés, ces Africains, d’après ces critères-là, dans le pur esprit paternaliste qui était celui de l’époque en Belgique. » [4]

On peut discuter de la judiciarisation de l’affaire mais elle a le mérite de rappeler le passé colonial de la Belgique au Congo, le passé colonial de l’Europe, et également la permanence des préjugés raciaux, jusque dans les discours de nos dirigeants actuels.

Pétillon (Canard enchaîné du 15 août 2007)