27.07.07 billet n° 4
du social belge au Maroc
Najat Saadoune
Le tourisme au Maroc se vit soit dans des palaces, des riads, sac à dos (pour routad, fauché ou baba cool), dans des hôtels sympas ou plus rarement, chez l'habitant...Cette année comme les précédentes, une association belge située à Schaerbeek, Dar el Ward a décidé de faire du tourisme social ou humanitaire, oh le vilain mot pour les élites du pays !
Najat Saadoune, sa dynamique présidente oeuvre depuis des années en Belgique et au Maroc...Construction d'une crèche, rénovation d'un hôpital, soutien aux enfants de la rue, rénovation d'un orphelinat etc... Depuis bientôt 15 jours, Najat et son équipe de "50 touristes pas comme les autres" venu de chez Brel, dont 3/4 sont belgo-belges et 1/4 belgo-marocain, scouts pour la plupart, mixte, laïc, catho et muslim, donne à ce groupe hétéroclite et intergénérationnel, une image d'épinal...l'interculturalité en marche et en action, loin des soirées couscous et danseuses du ventre pour "orientaliste" en mal d'exotisme ou SOS racisme à l'idéologie et à la générosité douteuse.
Najat, c'est un bout de femme énergique qui est capable de traverser trois pays, deux continents pour aider untel, soutenir telle association en difficulté, lancer une opération à Bruxelles, contre le cancer au Maroc...
A Tétouan, ville "Andalouse" qui s'étire telle une colombe déployant ses ailes, le groupe a un programme chargé, agrémenté de visite et de beaucoup de social et d'humanitaire, ces derniers ne passent pas inaperçu, les couleurs blanchâtres de leurs épidermes attirent le regard, étonné, ensuite admiratif, lorsqu'ils prennent connaissance de l'objectif du trip social.
L'équipée tente de s'insérer auxs réalités locales et sociaux-économiques que l'on imagine difficile...Même le logement est "social", il permettra au centre en question de voir venir.
Pendant une bonne partie du séjour, Najat et ses belgo-belches...francophones et flamands vivront en parfaite harmonie, loin des conflits perpétuels, "Letermiens" et "Happariens" de notre plat pays...ils fêteront même mémorablement le 21 juillet (sans la Branbançonne, ouf Leterme a eu chaud) avant de visiter le lendemain, la mariée du nord, Tanger avec l'Antique Hercule, la médina et le fameux "boulivard".
L'objectif du voyage est multiple avec comme objectif prioritaire d'encadrer et de prendre en charge pendant 15 jours, une cinquantaine d'enfants orphelins âgés de 4 à 7 ans connaissant des difficultés psychiques et affectifs (l'un ne va pas sans l'autre, me direz-vous)...
Najat voit les choses en grand, rien ne l'arrête, ni une administration parfois lourde, ni les difficultés qui nous semblerait insurmontable, elle fait face et avance quitte à bousculer ou à heurter les âmes sensibles...Elle, sa priorité, ce sont les enfants abandonné, ce n'est pas de la charité chrétienne (encore que, Soeur Emmanuelle et feu, l'Abbé Pierre, c'est pas mal aussi), ni un projet idéologique ou politique, mais simplement le désir de construire un monde meilleur, d'être utile pour offrir à chacun, une vie digne ou le mariage du coeur et de l'intelligence.
Les magnifiques projets initié par une femme volontaire et une équipe à la fois simple et fabuleuse devraient nous pousser à penser nos vacances, notre temps libre, notre engagement véritable pour une société juste au delà de nos identités "propres"...Najat nous fait penser et réflechir sur notre façon de vivre, d'aider sans paternalisme, de construire des projets de A à Z sans compter sur tel ou tel pouvoir, politique ou sponsors...
On est loin ici des colloques mondain à cent mille euro au Sheraton pour causer misère en Afrique ou des projets bidonnés introduit à des pouvoirs subsidiants Européens par des spécialistes en "subsidiologie", non, rien de cela, ici, c'est de la sueur, chaque franc a été durement gagné, épargné via des soirées, vente de carte de soutien, conférence de sensibilisation, parrainage...
Imaginez... des jeunes filles et des jeunes hommes de 18 à 25 ans, bien belges qui pourraient se "taper" Ostende, la Côte d'Azur, les boites techno ou les Ardennes et qui ont fait le serment (d'hypocrate ?) de retrousser leurs manches pour aider, soutenir, accompagner et donner un peu d'affection à des enfants, parfois caractériels mais à qui on donnerait le bon dieu sans confession...
En cette chaude journée Tétouanaise, nous entrons à l'Hôpital, là, un bâtiment propret, c'est un orphelinat indépendant.
Najat et son équipe l'ont rénové, retapé entièrement avec l'aide de donnateurs en Belgique (merci la Belgique lambda)...
Elle entre, les enfants accourent vers elle, ils crient "maman"... non, Najat n'est pas leur maman, appelez moi : "tante" dit-elle avec sourire à des enfants qui lui font les yeux doux... Ils savent les "bout'chous" qu'ils sont de sortie, elle sait aussi que la séparation sera douloureuse encore plus pour les enfants, alors elle fait le nécessaire pour que l'attache ne soit pas trop dure, trop "maternelle".
Elle travaille également avec une équipe d'infirmière et de bénévoles que l'association belge finance... Najat s'est rendu compte d'un déficit au niveau de l'encadrement, pas de problème, elle a invité une équipe de pédo-psychatre de Bruxelles pour former une vingtaine de jeunes femmes qui pendant toute l'année cajoleront et accompagneront les orphelins pour un avenir, qu'on espère meilleur et radieux...
Dans le car qui va les amener à Marinasmir, la station balnéaire la plus chic du Maroc (il n'est pas interdit de se faire parfois plaisir)... les enfants en file indienne rencontrent leurs "parrains scouts", que nous sommes loin du tourisme de masse et des jet-setteurs de Casa (désolé les Casaoui)...D'instinct, les scouts prennent les enfants sur leurs genoux, faute de place dans le car, il y a une osmose, c'est beau et émouvant... trente kilomètre plus loin...Marinasmir, le visage des enfants et des... jeunes scouts s'illuminent, nous ne savons pas qui est le plus content, les scouts ou les orphelins ? Les deux sûrement... plage, farniente et sandwich, Najat et son équipe ont tout prévu...Les enfants font "plouf-plouf" dans l'eau, rejoint par les grands... On sent le bonheur, "Que la vie est belle..."
Voyant cela, Najat quitte le groupe, elle doit aller à Ceuta pour un "blême" administratif, on lui téléphone de Rabat pour une dame cancéreuse à rapatrier en Belgique, on l'appelle encore pour un convoi de matériel qui vient d'arriver de Belgique pour un hôpital au Nord du Maroc, comment fait-elle ? Surtout ne pas lui attirer le mauvais oeil...Époustouflante Najat, elle continue, là ou d'autres, auraient déjà jeté le gant, fatigué, lassé, "cassé" par tant d'énergie déployée, ce ne sont plus des vacances humanitaires, c'est un sacerdoce...mais non, la voilà, déjà à pied d'oeuvre, elle doit penser au retour, le car repart demain pour deux jours entre l'Andalousie, la plaine de la Véga, la Gironde, Paris et Bruxelles...
Pendant ce temps, les 50 enfants de l'orphelinat, les infirmières, les dames d'ouvrage et tutti quanti ont en Belgique des anges gardiens... des gamins, boy scout, de Nivelles, Bruxelles, de la Flandre avec quelques "khorothos", deux grand-mère, trois ou quatre mamans... et toute la smala que Najat a tirée avec elle depuis notre si lointaine Belgique...
Les enfants et les scouts veulent encore rester, mais il est temps, ce soir, hammam pour les scouts pour se relaxer après quinze jours de joie, d'émotion et de Vie intense dans une région et un car devenu "world village" pour une noble cause ou finalement le plus important a été non seulement de vivre l'expérience mais aussi et surtout de construire durablement et sur le long terme, des ponts entre les différentes communautés, générations et cultures du monde, loin, très loin des débats stériles, idéologiques et politiques sur nos "valeurs communes".
Chapeau bas, les vrais Artistes !
Mouedden Mohsin
NB : 1er émission radio sur EL WAFA avec les scouts et Najat Saadoune (fin août 2007) sur le 106.8 fm Bruxelles
infos :
26.07.07 billet n°3 :
Les 12 travaux d'Hercule
Tanger se réveille doucement de sa longue somnolence qui vit la ville tomber en désuétude après son retour au pays.
Tanger, ville internationale de 1923 à 1956, fait unique, fût gérée par neuf puissances étrangères ( Royaume-Uni, l'Espagne , Belgique, Hollande, États-Unis , Portugal, Union soviétique, France , Italie). Elle a de tout temps fait fantasmer les poètes, artistes, troubadours et saltimbanques...Si la ville traîne depuis des décennies une réputation sulfureuse...ville du plaisir, du jeux et du sexe, cette dernière sort de sa léthargie comme le Maroc et le nord du pays en particulier... Tanger, sa région, la côte de Tétouan, le Rif sont en chantier, Hercule qui sépara l'Afrique de l'Europe et qui s'établit dans les grottes... d'Hercule à quelques kilomètres de Tanger voit son oeuvre enfin se réaliser après quelques milliers d'années...Si l'Europe a pris 30 ans d'avance sur le Maroc et notamment l'Espagne avec les milliards de subventions alloués par l'Union Européenne, le mythique Hercule décida que cette fois, il se devait de rétablir une certaine parité en lançant des vastes travaux ou les douze travaux d'Hercule, non le Poirot que nous aimons et chérissons tant mais celui de la Grèce Antique, fils de Zeus.
Tanger et sa région sont en rénovation, des chantiers énormes voient le jour, dont le projet Tanger Med, un nouveau port immense qui deviendra l'un des plus grands d'Afrique et de la Méditerranée, la ville en construction voit bulding et appartement luxueux sortir de nulle part, une inflation immobilière effarante, à raison de 15% par an !
Que dire des routes, ponts, autoroutes pour désenclaver des villes et villages englués encore au 20ème siècle, les mauvaises langues diront plutôt du 19ème...un travail titanesque permettra à cette région de devenir l'une voir la plus moderne de l'Afrique.
Le Roi a décidé depuis son intronisation de faire du Nord, un moteur de l'économie marocaine avec la construction de port de plaisance, de station touristique (voir le plan Azur) et de vaste chantier qui donneront à la région un air d'Espagne ultra-moderne ou de Costa del Sol qui risque grandement de détériorer un environnement exceptionnel.
Au nord du pays, comme au Rif, le Roi du Maroc est perçu comme le grand artisan d'un changement attendu depuis... 1956, la date d'indépendance, en effet son père, feu le Roi Hassan II avait juré de laisser le rif "sauvage" à l'état "primaire"...La population ne lui pardonnera jamais cette politique inique... Son fils en a décidé autrement, apprécié tant au nord qu'au sud, il jouit d'une côte de popularité sincère et véritable.
Si le plan touristique pour 2010 semble en bonne voie, Tanger attend d'organiser l'expo Universelle de 2012 qui ponctuera une décennie de dure labeur.
Ceci n'est pas un mythe, mais le Maroc en décollage du 21ème siècle qui risque fort de devenir l'Eldorado de l'Afrique et du monde arabe... euh berbère, sensibilité rifaine oblige.
Mouedden Mohsin
infos :
24.07.07 billet n°2
Une jeunesse Marocaine en mutation…
Le Maroc est considéré par l'Europe, comme un pays en voie de développement (?), sûr et stable politiquement et économiquement… Malgré cela, le pays reste en proie à des difficultés inhérent aux pays émergeant… corruption, misère sociale, soin de santé aléatoire, chômage, corruption et mal gouvernance…Seul le Roi, échappe à la critique de la rue, normal, il est partout...à la Télé, sur les chantiers, dans les villes, avec les pauvres, le Bonapartiste Sarko, à côté c'est un amateur de première.
Si nous devions porter un regard un peu plus objectif, loin de nos « lunettes » d'Occidentaux européano-centriste (sans verser dans le relativisme..), nous pouvons reconnaître que le pays, loin d'un changement radical avec un passé difficile et complexe, vit une mutation certaine, la première va dans le sens de l'Occidentalisme à outrance… modernité et individualisme, rejet de la spiritualité dans la sphère privé et volonté de laïciser le pays, volonté de ne s'exprimer qu'en français et de marginaliser l'arabe avec un complexe d'infériorité stupéfiant, faisant de la Marocaine branchée (ou du Marocain), appelée ici : « fashion victime », une proie facile pour un monde ou les virées nocturnes arrosées sont synonyme de modernité et de « réussite » sociale… « Tu sors où ce soir ? » semblant être devenu la phrase chic des quartiers huppés…faut que jeunesse se passe et se fasse… Dans les plus grandes boites d'Afrique, à Marrakech ou Casa, les jet-setteurs Européens et Marocains se rencontrent pour un moment de délire, qu'il est loin le Maroc de papa et de maman, encore que… il paraît que ce n'était pas si mal à leur époque…
L'autre mutation va dans le sens d'un retour à une spiritualité épanouie, loin du complexe du Marocain envers l'Europe, fort de ses identités multiples et riches (berbères, juives, musulmanes, arabes, africaine, Sahraoui…), le Marocain en mutation ne ressent nullement le besoin de s'exprimer uniquement en français pour se sentir reconnu, il parle plusieurs langues et surfe allègrement d'une culture à une autre tout en faisant de son identité cultuelle, une richesse…
A ceux qui pensent, se franciser pour se moderniser, d'autres, sans pour autant être du PJD ou d'une mouvance islamiste (qui n'a pas la connotation négative que lui colle l'Occident) font avec l'islam « malékite » empreint d'un soufisme véritable (loin du charlatanisme prôné par certaines confréries), un mariage habile entre tradition, religion et modernité bien vécue… La grande erreur des Européens et de penser que l'on est moderne qu'en s'émancipant du fait religieux, la modernité est un concept et non une idéologie ou une vision politique, qu'est ce que la modernité ? Surfer sur le web (sport national au Maroc), posséder, adopter un état d'esprit ?
Au sein du pays, on constate une levée, des jeunes, la trentaine travaillent dans les administrations, les banques et le secteur privé, ils remplacent les "vieux", ils sont efficaces et ne demandent plus le traditionnel « bakchich », ils sont le Maroc d'aujourd'hui et de demain, instruits, cultivés, ils désirent rompre avec le Maroc archaïque ou la corruption était la sève qui régissait tout acte administratif et économique…Les jeunes femmes, nombreuses jouent également un rôle important, elles sont là, elles s'affirment en travaillant avec ou sans voile, loin du sectarisme ayant cours en Belgique ou en France, le Maroc pourrait d'ailleurs donner une leçon d'ouverture aux pays "modernes" de notre vieux Continent.
Les Marocains qui construisent le pays sont loin des fils à papa et du film cliché et racoleur : "Marock" qui a fait un tabac chez les bobos friqués de la côte Casablancaise, peu représentatif du pays, voir déconnecté des réalités sociaux-économiques et …politiques !
Enfin, une "dernière" jeunesse, marginalisé, pauvre et analphabète survit dans des conditions extrêmement difficiles... bidonville, ados des rues, délinquance et embrigadement idéologique et religieux pourraient à terme, l'envoyer en enfer.
Quelle différence entre l'enfer ici bas et l'enfer dantesque ? Le risque est grand de voir une partie de cette jeunesse, par dépit plus que par conviction, rejoindre, le camps de ceux marginaux qui pensent le Maroc comme entité déconnecté des réalités de la mondialisation et du 21ème siècle... Les idéologues aux cerveaux ankylosés par une haine farouche contre le pouvoir Occidental et l'état Marocain "impie", allié du grand "Satan" Américain, trouveront dans les bidonvilles et au sein de cette jeunesse victime d'un état glouton au libéralisme ultra sauvage, un vivier...Le social à la place du sécuritaire, l'éducation en lieu et place de la répression... un chantier énorme... humaniser en socialisant et en éduquant, un pan de la société marocaine...la voix des sans voix, ou les exclus d'un Maroc qui bouge.
L'avenir du Maroc, c'est sa jeunesse, il existe un potentiel énorme pour ceux qui désirent investir et s'investir, espérons simplement que la dualité effarante entre classe aristocratique, bourgeoise et nouveaux riches (allant des trafiquants aux arrivistes politiques et économiques) e t les 2/3 de la population, peu alphabétisé, vivotant de maigre revenu et rêvant de la "douce" Europe via pateras et embarcation de fortune… Le Maroc, pays ultra libéral ou le social n'est qu'un idéal, devra dans les années à venir avec cette jeunesse dynamique, « socialiser » le pays pour offrir à chaque Marocain, une vie digne ou le sujet laissera place à la citoyenneté véritable… Incha Allah.
Mouedden Mohsin