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16.06.2007

Les belges entre "guillemets"

Les Belges entre « guillemets »

 

par Mohsin Mouedden

publié en version courte sur le journal du Mardi

www.journaldumardi.be 

 

Il y a des moments où on aimerait dire à ceux qu’Anne Marie Lizin traite de Belges entre « guillemets », « Prends 10.000 balles et casse-toi !», film culte des années 80.

Voyez un peu : Une étude menée conjointement par l’ULB et la KUL en 2005 (1) prouve que les discriminations à l’emploi touchent à Bruxelles 50% des populations belges d’origine étrangère, majoritairement musulmane, il y a également  une difficulté à se loger dans un quartier « bobo » ou véritablement interculturel, ce qui provoque la ghettoïsation forcée.

Le refus de la cohabitation interculturelle vient de la majorité « blanche » qui préfère rester entre elle, à terme, l’émigration vers Charleroi, Mons ou la périphérie semble devenu le mot d’ordre des musulmans pour se loger dignement. L’interdiction des Belges musulmanes portant le foulard avec la dernière interdiction à Forest pour la rentrée scolaire 2007-08 vient généraliser l’exclusion, idem pour les enseignantes de religion musulmane, diplômées par nos Universités et mise sur le carreau après 20 ans d’études, sans oublier la proposition de projet de loi de la région bruxelloise, initié par la flamingante Brigitte Grouwels pour interdire le foulard pour le personnel travaillant dans les administrations, ajoutée à cela, l’interdiction des assesseurs musulmanes au mois d’octobre 2006 pour le scrutin communal, les ingérences intempestives du politique dans l’Exécutif des Musulmans de Belgique, le screening, le durcissement des lois anti-terroristes, le lien entre terrorisme et musulman, l’enquête criminogène de l’ex-ministre de la justice, Marc Verwilghen sur le lien entre délinquance et origine ethnique, la stigmatisation des médias (voir documentaire surréaliste de Mariane Klaric de la RTBF, Question à la Une d’octobre 2006), des écoles à discrimination « positive » aux filières bouchées, une population musulmane carcérale qui explose, une volonté de folkloriser, de culturaliser ou d’interdire les fêtes religieuses musulmanes, via la proposition du très laïciste, Chemsi Cherrif Khan de l’ULB et bientôt pourquoi pas, l’interdiction des Musulmanes portant le foulard dans les banques, comme cela s’est produit en France en 2006, dans la rue comme proposé par nombre de laïcistes français et pourquoi pas expulser les Musulmans, comme hier les Juifs de Belgique ou d’Europe, car trop visible ? Le magazine le Vif l’Express au titre prémonitoire « les Musulmans, boucs émissaires ?», Juifs-Musulmans : au nom de tout…ce qui les rapproche (2) ose la comparaison.

 

Beaucoup se sentent, toutes proportions gardées, dans la situation des Juifs pendant les années 20 et 30. L’historienne de l’ULB, Anna Morelli, estime que les stéréotypes sont exactement les mêmes que dans les années 30… On y traite de promiscuité dans des logements insalubres, de regroupement dans un même quartier, de langue et de moeurs étrangères, d'abattage rituel, etc.

 

Ces clichés, préjugés et caricatures envers une communauté sont à prendre au sérieux pour ne pas revivre comme dans les années 20 la construction d’un nouvel ennemi et les fantasmes criminels qui circulaient sur les Juifs : « juiverie internationale », « péril communiste », le « peuple déicide » et les caricatures racistes des années 20 et 30.

 

A la différence des années 20-30, nos sociétés ont évolué, le racisme est devenu un délit punissable, la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme a balisé le terrain, la colonisation a échoué, la pyramide « raciale » de certains esprits « lumineux » n’est plus d’actualité, sauf pour les extrémistes, enfin le monde est devenu un village. Ce qui rend d’autant plus inquiétant le climat actuel, car où seraient les belges Musulmans sans ces gardes fous ?

 

 

Depuis peu, l’Université « libre » de Bruxelles a décidé avec sa nouvelle direction de se lancer dans une entreprise sur le chantier des valeurs fait plutôt de  jugements de valeurs. Le professeur Guy Haarsher, n’hésite pas à décrédibiliser le très actif et moteur citoyen du campus, le Cercle des Etudiants arabo-européen de l’ULB, en parlant de « radicalisme » et de « dérive identitaire » sans apporter une preuve, il ne voit derrière toutes les activités citoyennes menées depuis 5 ans par le CEAE, que des « barbus et des voilées », c’est intellectuellement malhonnête et moralement, indigne. On aimerait tellement, les voir faire du couscous, la danse du ventre et dire « Oui, missiou, ti a rison ».

 

L’enseignante Nadia Geerts, la nouvelle « prêtresse » belge d’une laïcité de combat table sa médiatisation soudaine sur l’islam et le foulard. Sa foi athéiste vécue contre les Musulmanes portant le foulard sent le souffre, elle estimait en outre, que l’islamophobie n’existait pas malgré le rapport de l’Observatoire des phénomènes racistes de l’Union Européenne (3) qui indique l’augmentation de l’islamophobie partout en Europe Aujourd’hui, plus nuancée, elle parle "d’islamistophobie, concept creux et politiquement correct pour ne pas risquer d’être catalogué comme islamophobe. Il ne manque que la résurrection de Godefroid de Bouillon pour faire des « Mohamétans », Sarrasins ou des Maures, des ennemis à abattre que certains n’ont pas hésité, avec les nombreux crimes racistes que notre pays a traversé ces 5 dernières années, avec la tuerie préméditée de la famille de Kenza Isnasni à Schaerbeek, d’un professeur de religion musulmane à Anvers, d’un gamin à Charleroi, sans oublier l’expédition raciste de Hans Van Themsche en 2006, des violences policières et l’affaire « Remmery » avec Naïma Amzil, menacée de mort avec son courageux employeur, non musulman.

 

Le politique attend, teste et s’entête dans une posture frileuse faite de double discours, tous les partis politiques démocratiques du pays participent au niveau communal à cette ségrégation, ils décident de ne rien décider, certains osent même le paradoxe freudien, à savoir faire figurer sur leurs listes des candidates musulmanes portant le foulard et en même temps être les chantres de l’exclusion. Ces attitudes sournoises sont politiquement et éthiquement, inqualifiables, elles insultent nos valeurs et la démocratie Pour ne pas avancer, tous les partis invoquent une opinion publique frileuse et anti-musulmane, à ce prix, la contraception, l’homosexualité et l’égalité entre les hommes et les femmes ne seraient jamais passé sans une forte volonté politique, l’argument ne tient pas, c’est souvent au sein de la classe politique que nous constatons les blocages et les archaïsmes les plus rétrogrades.

 

Pour rassurer, le politique choisit des politiques « musulmans », ex ultra-gauchistes marocains ou nationalistes turcs souvent très politisés au sein de leurs pays d’origines, loin des attentes citoyennes tournées vers la Belgique : ils se taisent en adoptant une posture dans les quartiers dits de « colonisés », « d’arabes de services » ou « d’Ali Alibi ».

 

Ils ont dans les quartiers une image peu reluisante, heureusement quelques rares nouveaux élus et candidats, enfin décomplexés de leurs identités multiples, se réveillent…

 

Cette deuxième génération, instruite et ambitieuse, construit des ponts entre les communautés, et tente malgré les pressions des intellos de salon de la première génération, made in « Marxiste-laïciste-orientaliste » de jouer franc jeu, en déminant le terrain pour tenter de réconcilier une société malade qui épouse les thèses, de manière subtile, de l’ennemi intérieur.

 

Il y a malgré tout, des signes d’espoirs, nous n’avons pas ici, une confrontation entre deux blocs monolithiques : religieux et athées. Beaucoup, à commencer par les laïcs et athées, condamnent ces dérives.  Le MRAX, plus ancienne organisation anti-raciste est devenu incontournable tellement ses propositions vont vers le dialogue et la justice sociale, le COIFE regroupant une trentaine d’associations mène un combat pour l’égalité des chances dans les écoles qui passe par l’acceptation des musulmanes portant le foulard librement.

 

 

 

En Flandre, dernièrement, des flamands connus ont décidé à Anvers et suite à la mesure du SP-A d’interdire le foulard de soutenir par une campagne d’affichage public massive, les Musulmanes. L’enquête de l’UCL sur le rejet du port du foulard (4) s’explique en grande partie par une vision raciste mais pas seulement, enfin certains médias jouent franchement le jeu de la diversité, sans complaisance, ni relativisme culturel.

 

Que faire ? D’abord poursuivre le dialogue, ensuite se baser sur le Droit et notre Constitution, interpeller les mandataires politiques et les accompagner jusqu’au bout. Promouvoir une véritable politique de discrimination positive à l’emploi pour rééquilibrer le fossé abyssal entre les citoyens, pénaliser et être pro-actif contre les actes discriminants et/ou racistes, revoir nos manuels d’histoire et y intégrant au plus vite notre histoire commune, des tirailleurs, à l’immigration en passant par la colonisation et la présence Musulmane en Europe dès le Moyen-âge, favoriser l’émergence d’une éducation populaire sur la diversité, les religions et les philosophies et enfin, militer pour une société juste et égalitaire.

 

Alors au lieu de prendre 10.000 balles et de te casser comme certains commencent à l’envisager sérieusement et beaucoup de l’espérer, installe toi et fais de ce beau pays, un plat pays qui est le Nôtre….

 

 

Mouedden Mohsin

 

Note :

 

1)      http://www.dhnet.be/infos/belgique/article/117040/racisme...

 

2)      http://www.levif.be/magazine/archives/recherche.jsp?query...

 

3) http://eumc.europa.eu/eumc/material/pub/muslim/Manifestat...

 

4) http://www.uclouvain.be/72630.html