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28.03.2007
conf PALESTINE ce vendredi soir !!!
http://www.association-belgo-palestinienne.be/
La journée de la Terre
A l’occasion de la Journée de la Terre et en préparation de la journée internationale de mobilisation du 9 juin dénonçant l’occupation des Territoires palestiniens, l’Association Belgo-Palestinienne, en collaboration avec les Facultés universitaires St-Louis, vous convie à une
Conférence débat
Vendredi 30 mars 2007 à 19h30
« 40 ans d’occupation, ça suffit »
Facultés Universitaires St-Louis
Auditoire 1
Boulevard du Jardin Botanique, 43
1000 Bruxelles
(métro Botanique)
Mot d’accueil :
Hocine Ouazraf, Facultés universitaires St-Louis.
Intervenants :
Leïla Shahid, Déléguée générale de Palestine auprès de l’UE et de la Belgique ;
Elias SANBAR, Ambassadeur de Palestine à l'UNESCO ;
René BACKMANN, rédacteur en chef au Nouvel Observateur, auteur de « Un Mur en Palestine ».
Présidé par :
Pierre Galand, Président de l’Association Belgo-Palestinienne.
Information :
Association Belgo-Palestinienne – 02 223 07 56 – abp.eccp@skynet.be
20:44 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
27.03.2007
radio : Bahar Kimyöngur - Ramadan - anti-racisme


ON NE CONDAMNE PAS UN CITOYEN, POUR SES OPINIONS, À CINQ ANS D’EMPRISONNEMENT… !
Signez l'appel “liberté pour Bahar”
17h45 - 18h00 : diffusion de l'interview réalisé avec Tariq Ramadan sur son interdiction à l'ULB

18h00 - 19h00 :
bilan de la semaine contre le racisme organisée par le MRAX
avec Radouane Bouhlal, président du MRAX
Salim Haouch, Analyse de la semaine anti-raciste à Montréal, au Canada
20:33 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
26.03.2007
EL EJIDO
Ciné A NE PAS RATER !!!

La ligue des droits de l’homme vous invite à l’avant-première de « El ejido, la loi du profit »
A BRUXELLES: le mardi 27 mars à 19h au Vendôme.
A CHARLEROI: le jeudi 10 mai à 20h30 - Cinéma Le Parc
A LIEGE: LE jeudi 31 mai à 20h - Cinéma Churchill
Soirées en présence du réalisateur et introduites par les
responsables des sections régionales de la LDH.
'El Ejido' vient de recevoir le prix du meilleur documentaire au
Festival Panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou.
L’histoire
El ejido, c’est un village de la région, autrefois déserte, d’Almeria au sud de l’Espagne. Aujourd’hui un tiers de la consommation européenne hivernale en fruit et légume y est produit.
El ejido, c’est aussi 80 000 travailleurs immigrés, pour la plupart clandestins, embauchés à la journée pour un salaire de misère, sans contrat de travail et logés dans des petites constructions en cartons et en plastiques, sans eau ni électricité.
El ejido, la loi du profit, c’est surtout le témoignage de Driss, Moussaïd et Djibril, esclaves modernes à seulement 2000 km de chez nous.
Pourquoi la Ligue a choisi ce film ?
A quelques heures d’avion de la Belgique, des travailleurs clandestins sont traités de manière inhumaine au plus grand profit d’une région qui s’est créée une immense richesse à la sueur de leur front. Cette sueur, nous en effaçons toute trace lorsque nous lavons les fruits et légumes achetés en grands magasins. Mais est-il nécessaire d’aller si loin pour découvrir l’humiliante exploitation qui est faite de ces migrants à la recherche d’un avenir meilleur pour eux et leur famille ? Ce documentaire est un appel déchirant à la solidarité et à la consommation responsable.
« Après avoir vu El Ejido, la loi du profit, vous ne regarderez plus vos tomates de la même manière »
TELERAMA
« Un bouleversant témoignage d’hommes broyés par la recherche aveugle du profit et un appel à la consommation responsable »
THE TICKET
Avant Première bruxelloise du 27 mars 2007
La projection du film sera suivie d’un débat avec
Jawad Rhalib, réalisateur du documentaire
et
Pierre-Arnaud Perrouty, juriste LDH
Ce débat abordera l’exploitation des ouvriers clandestins en Europe et en Belgique
LE 27 MARS 2007 à 19h
Au cinéma Vendôme
18 chaussée de Wavre à 1050 Bruxelles
Plus d'infos sur les avant-premières de Charleroi et Liège prochainement sur ce site.
Où? A Bruxelles, Charleroi et Liège
Quand? À 19 heures
Informations:
Tarifs Vendôme:
Adultes : 7,50 €
Seniors, étudiants, membres LDH : 6,25€
Infos et réservations : 02/209 62 86 – dmorelli@liguedh.be
23:13 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
24.03.2007
Chronique : DROIT AU BUT !
| Maman | | ![]() | ![]() |
| par Mohsin Mouedden | |
| Monday, 19 March 2007 | |
| Je suis là, telle une dame âgée, fatiguée, qui continue de vivre, de souffrir et d’espérer. Vous me touchez chaque jour sans me respecter, pourtant, je vous offre la vie et ses fruits, mais vous les gaspillez |
suite....
http://www.journaldumardi.be/index.php?option=com_content...
chaque semaine, retrouvez les chroniques DROIT AU BUT au sein de votre hebdomadaire le journal du MARDI
http://www.journaldumardi.be/index.php?option=com_content...
| Tous contre les racismes | | ![]() | ![]() |
| par Mohsin Mouedden | |
| Tuesday, 13 March 2007 | |
| Suite au massacre de soixante neuf noirs pacifistes à Sharperville, en 1960, par le régime d’apartheid d’extrême droite, l’ONU décrètera le 21 mars 1966 une journée internationale contre le racisme. Le racisme a-t-il été vaincu pour autant ? |
| L'ULB dérive…dangereusement! | | ![]() | ![]() |
05:36 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
15.03.2007
radio EL WAFA 106.8 FM spécial ULB et Droits des femmes


Attention, émission reportée, veuillez m'en excuser.
Mouedden Mohsin
16:18 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
07.03.2007
Ramadan censuré par l'ULB : réactions !
INFOS : EMISSION RADIO EL WAFA FIDELITE 106.8 FM en direct LE MARDI 13 MARS 17H00 - 19H00 AVEC L'INTERVIEW TARIQ RAMADAN
INVITE AU DEBAT : LE RECTEUR DE L'ULB, RADOUANE BOUHLAL DU MRAX et ASSOCIATION LIBREX et CEAE
Voici pour votre information le communiqué qui été envoyé vendredi dernier
Communiqué de presse de l’ULB suite à la médiatisation de l’affaire Tarik Ramadan
Suite au refus de l’Université libre de Bruxelles d’offrir une nouvelle tribune sur son campus à Tarik Ramadan, l’Université a été invitée à venir défendre sa position dans le cadre de débats organisés sur des chaînes de radios proches des communautés arabo-musulmanes et juive.
L’ULB décline ces invitations qui risquent d’envenimer et de déplacer le débat pour le mettre sur le terrain des confrontations entre communautés.
L’Université estime par ailleurs s’être déjà largement expliquée par voie de presse, notamment via une carte blanche parue dans Le Soir ce 1er mars.
En aucun cas, la décision prise par l’ULB ne peut être interprétée comme une volonté de stigmatiser la communauté arabo-musulmane.
Aujourd’hui, l’Université souhaite poursuivre son travail sur la question fondamentale des valeurs dont on ne peut débattre que dans la sérénité.
Valérie BOMBAERTS
ULB - DRE - Service Communication
avenue F. Roosevelt 50 - CP 130 - 1050 Bruxelles
Tel : 02 650 25 34
Fax : 02 650 42 57
E-mail : VBOMBAERTS@admin.ulb.ac.be
P before printing this email, think about the environment
"liberté ou censure ?" Que choisir, qui définit la laïcité ? Comment sortir de cette vision binaire et manichéenne ?
Carte blanche Tariq Ramadan Professeur d'islamologie à Oxford
Publiée dans Le Soir de ce vendredi 2 mars 2007.
La polémique a grandi et a pris des proportions tout à la fois inimaginables et révélatrices. L'Université Libre de Bruxelles (ULB) empêche un intellectuel de s'exprimer (littéralement, la censure) : nous voilà au coeur du débat sur la liberté d'expression. Où sont donc passés les défenseurs de la liberté absolue de tout dire ? Au nom de quel droit sélectif se taisent-ils aujourd'hui ?
Il paraît clair, de fait, que ce droit à la liberté de penser et de dire est respecté selon une géométrie très variable par les plus hautes instances de l'Université dite « libre » de Bruxelles. On y est pourtant « dans le vent », dans le politiquement correct, quand on défend le droit absolu de caricaturer, d'offenser et d'insulter les musulmans. On participe à la même veine populiste quand on interdit de parole un musulman dont on caricature et travestit la pensée et l'engagement.
Commençons par remettre les choses à leur place. Je ne suis pas une victime et je n'ai jamais demandé à m'exprimer à l'ULB. Ma dernière intervention dans cet établissement remonte au 15 décembre 2006. J'étais invité par l' Union des Européens Turcs Démocrates à un débat sur l'Europe. L'ULB avait alors publié un communiqué de presse affirmant qu'elle avait des réserves sur ce colloque et certains des orateurs (le recteur ne mentionnait pas de noms mais semblait faire référence à ceux qui niaient le génocide arménien... dont je ne suis pas puisque je l'ai publiquement reconnu). Le recteur avait néanmoins décidé de ne pas annuler le colloque de crainte de créer un incident avec le gouvernement turc puisqu'un ministre d'État participait au colloque (Quel courage ! Quelle défense des libertés !). Jai publiquement annoncé que je ne reviendrai plus dans cette université avant que la direction de l'ULB explicite ses sous-entendus. On trouvera l'enregistrement audio de mon propos posté sur mon site (www.tariqramadan.com).
Depuis décembre déjà j'affirmais que l'attitude de l'ULB était inacceptable et que je n'y reviendrais pas avant d'avoir reçu des explications, voire des excuses. C'était en décembre, bien avant la présente polémique. Ma position n'a pas changé, je ne mendie aucun droit de parole. Je constate simplement que la direction de l'ULB révèle dans cette affaire sa propre dérive en matière de réflexion autour de la question de l'islam : une absence coupable de réel débat critique tout en surfant sur les allégations infondées et les préjugés.
Le Recteur de l'ULB, M. Philippe Vincke, et sa conseillère, Mme Emmanuelle Danblon, ont publié hier une carte blanche proprement hallucinante. Leur censure académique serait justifiée et apparentée - par une analogie historique pour le moins douteuse - à la noble résistance contre « les tyrannies », « l'extrême droite obscurantiste », « le nazisme » et... « le conservatisme ». Rien que cela ! Ils seraient donc tous deux - et ceux qui les soutiennent en silence et « ne veulent pas avoir de problèmes » - « les Justes », les courageux, de notre époque devenue si frileuse à condamner l'intolérable ! Ils lutteraient, eux, avec la dernière énergie de leur conscience libre et critique, et au nom de leur doute salvateur, contre tous ceux que « leurs valeurs n'autorisent pas à douter ».
A la lecture de ces lignes, on ne peut s'empêcher de sourire : de quelle arrogance, de quelle étroitesse d'esprit faut-il se nourrir, et dans quel simplisme se complaire, pour affirmer que certaines valeurs de l'islam empêcheraient les musulmans de « douter » ?
M. Philippe Vincke et Mme Emmanuelle Danblon ont raison de combattre le dogmatisme mais peut-être faut-il commencer par balayer devant sa porte : le dogmatisme de certains rationalistes, l'assurance de posséder les seuls bons doutes et les seules vraies vérités relatives, sont aussi liberticides et meurtriers que les dogmatismes religieux.
Les accusations (et les sous-entendus) qui sont portées contre ma pensée sont indignes de représentants académiques, et à plus forte raison d'une professeure en charge d'un projet sur « les valeurs ». Je me suis exprimé à maintes reprises sur la laïcité, le statut des femmes et des sciences et ma condamnation de l'application de la lapidation, des châtiments corporels et de la peine de mort. Je l'ai fait pour le Nigeria, l'Afghanistan mais aussi pour l'Arabie Saoudite et l'ensemble du monde musulman. On trouve cela dans mes livres d'entretien et sur mon site. Je n'ai pas les moyens de faire entendre ceux qui veulent rester sourds mais je ne peux admettre qu'on déforme ainsi les faits. Répéter un mensonge n'en fait pas une vérité.
Je ne peux aujourd'hui m'exprimer en Egypte, en Arabie Saoudite, en Syrie ou en Tunisie. Les portes des Etats-Unis sous l'administration Bush me sont fermées : à l'heure où une pensée arrogante mène les Etats-Unis vers la folie meurtrière, c'est davantage un honneur qu'une tare d'être exclu. La direction d'Europe 1 vient d'annuler une émission dans laquelle je devais intervenir et l'Edhec de Lille vient également d'annuler un débat public. L'ULB n'a point inauguré une troisième voie comme elle le prétend ; elle s'est simplement soumise et pliée à l'air du temps. Cet « air du temps » n'est point seulement dramatique pour les musulmans mais pour l'ensemble des citoyens démocrates. Il s'agit, sous des prétextes fallacieux, et en entretenant la peur, d'empêcher le débat libre. L'atmosphère se détériore gravement en Europe : les politiques sécuritaires de même que les discours simplistes et xénophobes se généralisent. Même au sein des universités.
Voltaire doit se retourner dans sa tombe en constatant quels sont ceux qui prétendent aujourd'hui parler en son nom. Quant à nous, nous retiendrons de sa vie ainsi que de l'enseignement de toutes les spiritualités, des religions et des rationalismes humanistes un enseignement salvateur : savoir rester digne, ne jamais mendier nos droits mais les revendiquer et préserver notre intelligence ouverte quand tant d'esprits se ferment.
Carte blanche Philippe Vincke Recteur de l'ULB
Emmanuelle Danblon Conseiller du recteur pour les projets « Valeurs » de l'ULB
Publiée dans Le Soir de ce jedui 1 mars 2007.
Toute restriction des libertés est un problème pour les démocrates. Nous en sommes profondément conscients. Mais nous sommes aussi conscients du fait que la liberté sans conscience peut s'avérer dangereuse pour la démocratie. Coupée de son esprit, brandie comme un slogan, elle peut devenir la pire des tyrannies. En ces temps difficiles où la démocratie est en crise, et avec elle ses valeurs fondatrices, la liberté doit être plus que jamais sauvegardée dans son principe mais aussi dans sa réalité.
Deux menaces pour la liberté s'offrent aux sociétés ouvertes. La première consiste à s'accorder, par principe, avec toute position, quand bien même elle serait controversée au point de faire l'objet d'inquiétudes légitimes. C'est ce que Daladier et Chamberlain ont fait à Munich, face à Hitler en 1938. La deuxième menace consiste à refuser, par principe, toute liberté d'expression à celui qui s'écarte d'une ligne de conduite officielle. C'est ce que firent les Américains du temps de la Chasse aux sorcières. Dans les deux cas, c'est la mort de la démocratie. Dans le premier, parce qu'elle aura permis qu'un régime non démocratique la remplace ; dans le second, parce qu'elle aura elle-même produit la censure.
Notre volonté est d'ouvrir une troisième voie face à ces deux extrêmes, en attirant l'attention de la communauté sur la montée de discours potentiellement obscurantistes, même si ceux-ci adoptent un langage politiquement correct. Aucun d'entre nous n'accepterait la venue sur le campus d'un leader d'extrême droite xénophobe. Nous avons le devoir de ne pas faire deux poids et deux mesures. Depuis quelque temps, certains discours, certaines pratiques et certaines revendications qui mettent en péril la laïcité politique, garante du vivre ensemble, sont devenus courants sur le campus. Depuis quelque temps, l'Université s'en est émue. La question est complexe, comme elle l'est pour la démocratie dans son ensemble. Les réflexions de fond sur les limites de la liberté et de sa protection se sont engagées. En particulier sur les conséquences sociales et psychologiques que provoquent sur les esprits les discours équivoques sur les libertés individuelles, l'homosexualité ou l'égalité entre les hommes et les femmes.
C'est en effet la première fois que l'Université prend la décision de refuser qu'une conférence de M. Tariq Ramadan se tienne dans ses locaux. L'émoi est grand, pour l'ensemble de la communauté. Le geste n'est pas anodin, parce qu'il nous engage sur le chemin difficile de cette troisième voie. M. Ramadan est déjà venu de nombreuses fois s'exprimer sur notre campus. À chaque fois, les défenseurs de la liberté s'en sont émus. Jusqu'ici, nous n'avions pas voulu réagir, et cela au nom de la liberté d'expression. Mais force est de constater que ses multiples venues n'ont pas contribué au vivre ensemble sur le campus. Faut-il rappeler que Tariq Ramadan ne condamne jamais clairement la lapidation des femmes, même lorsqu'on le lui demande ? Au contraire, depuis quelque temps, les malaises, les tabous, les peurs d'évoquer certaines théories scientifiques ou certains faits historiques au grand jour sont devenus visibles et palpables. Combien d'enseignants vous raconteront que des sujets comme la théorie de l'évolution, comme le génocide des Juifs d'Europe, comme les droits de l'homme sont devenus source de suspicion, voire d'agressivité affichée ?
A chaque tentative d'exprimer des inquiétudes sur ces questions, la réponse immédiate revient comme un slogan au nom du Libre Examen. Elle s'accompagne, en outre, de glissements, d'amalgames, voire d'accusations délirantes faites à ceux qui expriment leur inquiétude et qui se trouvent taxés de racisme, d'élitisme culturel et d'intolérance. Et ceux qui font l'objet de ces doutes se mettent alors dans le rôle de la victime contre l'oppresseur, si payant aujourd'hui. Bien sûr, de telles accusations s'attaquent directement à ce qu'il y a de plus précieux pour ceux qui ont le courage de s'engager dans cette difficile réflexion : leur volonté d'exercer un jugement libre, sans dogme, sans pressions extérieures et sans stigmatisations. C'est la raison pour laquelle, par souci de libre examen, ils revoient, encore et encore, leurs positions. Car le doute ne semble paralyser que certains aujourd'hui et c'est tout à leur honneur. Mais ce doute, moteur du libre examen, ne peut être interprété que comme de la faiblesse aux yeux de ceux qui ne doutent pas. Le résultat est ce à quoi l'Université doit faire face aujourd'hui : une tyrannie de fait opposée à la réflexion de fond et aux protections qu'elle entend se donner pour pouvoir douter sereinement.
Toute objection de principe est ravalée au rang de tyrannie et le débat public prend à tout moment le risque de devenir une mise en scène de débat dans lequel les jeux sont faits d'avance. Combien sont venus nous apporter leur soutien en ces temps difficiles, en demandant qu'on ne mentionne pas leur nom « parce qu'ils ont déjà assez de problèmes ». Où est la tyrannie ?
Enfin, l'Université est fière d'avoir en son sein des forces vives dont le rôle et la fonction sont la vigilance. Mais cette vigilance n'a de sens que si elle demeure elle-même libre de tout dogme et si elle ne se transforme pas en attitude contestataire sans autre forme de procès qu'un soutien inconditionnel à ceux qui ne doutent pas. Parce que leurs valeurs n'autorisent pas le doute. L'ULB a combattu le nazisme, elle a combattu l'élitisme et le conservatisme d'institutions archaïques qu'elle a contribué à réformer, elle a combattu pour le droit des femmes à disposer de leur intégrité physique et psychologique. Tous ces combats, elle les a menés avec la force et le courage qu'il faut à la persévérance qui ne cesse jamais de douter. Nous espérons que l'Université sera aujourd'hui encore capable de mener ce combat pour la liberté, pour que soit possible le vivre ensemble, dans une troisième voie qui refuse Munich comme la Chasse aux sorcières.
Carte blanche Salim Haouach Ex-président du Cercle des étudiants arabo-européens (CEAE)-ULB
Saïd Benayad Ex-trésorier CEAE-ULB
Publiée dans Le Soir de ce jedui 1 mars 2007.
Dans son courrier du 19 février, le Recteur de l'Université Libre de Bruxelles informait le Président du Cercle des étudiants arabo-européens (CEAE) de sa décision d'interdire la présence de Tariq Ramadan dans le cadre d'une conférence en cours d'organisation par le CEAE sur le racisme et les discriminations, sur base des principes de la démocratie à laquelle l'ULB se dit très attachée (voir Le Soir de mardi).
Selon M. Vincke, la venue de M. Ramadan serait une attaque des fondements mêmes de l'esprit démocratique, « une injonction faite à la démocratie de s'asseoir sur ses propres principes ». (1)
M. Ramadan serait donc supposé se livrer à des activités visant à la destruction des droits et libertés énoncés dans la Déclaration des droits de l'homme.
Pourtant, M. Ramadan a été plusieurs fois invité sur le campus par différentes associations estudiantines à des débats auxquels ont par ailleurs participé des professeurs de l'ULB, sans que jamais ses propos sortent du cadre de la liberté d'expression. Nous nous demandons donc sur base de quels arguments et/ou faits l'ULB fonde de manière probante sa décision.
Notre propos n'est cependant pas la défense de M. Ramadan ; l'enjeu dépasse ici celui d'une personne.
Au-delà de cette décision de censure officielle choquante et inédite, marquant par ailleurs une ingérence dans les activités d'un cercle, ce qui nous interpelle aujourd'hui est d'une part l'utilisation à géométrie variable de la liberté d'expression, contraire à sa vocation universelle, et d'autre part la logique enclenchée par l'ULB depuis cette rentrée...
Dans le dernier paragraphe de ce courrier, l'ULB semble justifier une limitation au principe de la liberté d'expression. (2)
Ceci alors même qu'elle se propose d'inviter Philippe Val en tant que président d'honneur d'un concours de caricatures autour des valeurs de l'université. Le Directeur de Charlie Hebdo, actuellement poursuivi pour « incitation à la haine religieuse », est connu pour ses positions pour le moins intransigeantes sur la question de la liberté d'expression, pilier central - oserions-nous dire sacré ? - de la démocratie. Cette prééminence de la liberté d'expression ne vaut-elle que pour un certain discours ?
Pour notre part, nous faisons nôtre cette citation de Rosa Luxembourg : « La liberté, c'est toujours la liberté de celui qui pense autrement. » Mais visiblement, selon le Recteur, « l'université n'est pas un lieu où toutes les positions peuvent se manifester au nom de la liberté d'expression ». Quelles positions ont-elles droit de cité ? Selon quels critères ? Définis par qui ? Appréciés par qui ? Nous nous étonnons qu'au sein d'une université censée avoir un fonctionnement démocratique, l'arbitraire tienne lieu de norme...
Ainsi la décision d'interdire M. Ramadan sur le campus trouverait sa justification au nom des « valeurs » de l'ULB, la censure s'imposant au nom de la liberté d'expression ! À moins que par cette attitude paradoxale, presque caricaturale, l'ULB ne veuille déjà nous livrer un avant-goût dudit concours.
Espérons, après tout, que ce ne soit finalement qu'une preuve de l'humour et de l'autodérision de notre chère Alma Mater...
Mais l'on se rend bien compte, en regardant d'un peu plus près le discours officiel tenu par l'ULB, qu'il ne s'agit pas de cela, que ce dernier incident n'a rien d'isolé ou de fortuit. Au-delà de l'habileté avec laquelle ce discours réussit à retourner des nobles principes pour légitimer une position d'intolérance et un climat de suspicion, les positions récemment prises par l'Université nous amènent à nous poser quelques questions sur ce fameux « vaste chantier » entrepris depuis cette rentrée académique.
Ainsi, les termes au travers desquels le contexte est posé : celui de « crise de la démocratie, et de crise des valeurs » (3), illustré par un constat de « repli identitaire, (de) retour des intégrismes, des relativismes », d'« angoisse, de peur, de besoin de repères face à la faillite des valeurs », de leur écroulement. De ce constat naît la volonté de ne pas confondre « tolérance et relativisme culturel ». Or, le fait d'opposer tolérance et relativisme culturel va de pair avec une sacralisation des valeurs, ce qui conduit immanquablement à une hiérarchisation des cultures. Notons d'ailleurs que la négation de ce concept de relativisme culturel a servi de base idéologique à l'entreprise de civilisation des « sauvages » par le colonialisme européen. Aujourd'hui, c'est sur cette même négation que se fonde le racisme culturel de l'extrême droite.
Que ce soit autour de la liberté d'expression ou de la laïcité, nous assistons dans le discours des autorités de l'ULB à un glissement de l'esprit de ces valeurs universelles vers une universalisation d'une certaine conception de ces mêmes valeurs. Le malaise que fait naître en nous, et, nous l'espérons, en tous ceux qui ont à coeur la défense des libertés fondamentales, ne tient nullement aux valeurs desquelles se réclame l'ULB, mais bien à leur usage partial et idéologiquement orienté.
Nous avons connu une université riche des débats contradictoires qu'elle accueillait en son sein. Nous retrouvons aujourd'hui une université retranchée derrière des remparts et une logique de choc des civilisations, recroquevillée sur une conception étroite et partisane de ces valeurs universelles, s'en arrogeant le monopole. Oui, nous aussi souhaitons que l'Université, en tant qu'institution publique libre, reprenne la place centrale qui est la sienne dans la société. Celle de former des citoyens forts de leurs valeurs pour une société ouverte sur le monde, plutôt que de formater des esprits à la peur et au repli sur soi. Celle de construire des ponts plutôt que d'élever des murs.
Notes :
- Cf. Lettre du Recteur du 19 février 2007.
- Ibid.
Carte blanche Dominique Vermeiren Président du comité du Cercle
du Libre Examen de l'Université Libre de Bruxelles (Librex)
Publiée dans Le Soir de ce jeudi 1 mars 2007.
"Simplement réaffirmer nos valeurs, le libre examen. Sur ce point, le Cercle du Libre Examen est en parfaite adéquation avec les autorités de l'ULB. C'est lorsqu'il s'agit de traiter des méthodes employées que notre chemin s'éloigne du leur. Réaffirmer nos valeurs, oui ! Mais à quel prix ?
Le recteur nouvellement élu a, dès sa mise en place, désiré réaffirmer les valeurs au sein de notre université. Pour ce faire, M. Philippe Vincke a créé le poste de conseiller à la défense de nos valeurs ; poste occupé à cette heure par Mme Emmanuelle Danblon. Dans cette optique, les autorités se sont attelées à la réalisation d'un « chantier-valeurs » dans le but avoué de défendre et promouvoir les valeurs du libre examen.
C'est avec un engouement certain et un soutien réaffirmé à maintes reprises que le Cercle du Libre Examen a accueilli cette initiative. Le Librex a d'ailleurs souhaité travailler, de concert avec Mme Danblon, à la réalisation de cette tâche difficile qu'est de reconquérir la population estudiantine et de lui permettre d'acquérir, à nouveau, ce sentiment d'identité libre-exaministe.
Dans Le Soir du mardi 27 février, nous avons eu la surprise d'apprendre que le recteur de l'ULB a « refusé d'accorder l'autorisation » et - pour être plus objectif - a interdit la venue de Tariq Ramadan en nos murs, invité à un débat contradictoire organisé par des étudiants du CEAE (Cercle des étudiants arabo-européens) et qui s'inscrivait dans une semaine d'activités contre le racisme, ne pouvait que nous émouvoir et nous interpeller et ce, plus particulièrement à l'heure où la censure, l'autocensure et, de façon générale, le consensualisme et une idéologie du politiquement correct s'emparent du débat dès lors que les thèmes abordés soulèvent des questions de société délicates.
Il s'agit de la part des autorités d'une décision arbitraire et unilatérale. Une telle ingérence des autorités dans la vie culturelle de l'Université Libre de Bruxelles a fait naître un malaise au sein de la population étudiante. Une question s'impose : que doit-on comprendre derrière l'attitude adoptée par les autorités quant à ce débat, organisé par des étudiants membres d'une association reconnue officiellement par l'Université ?
Ce n'est pas réellement la personne et le propos de Tariq Ramadan qui crée le débat au sein du Cercle mais bien l'interdiction de donner la parole à un conférencier contesté dans le cadre d'un débat contradictoire ; débat contradictoire qui, faut-il le rappeler, constitue la méthode libre-exaministe par excellence. La confiance en nos valeurs et nos méthodes est-elle devenue si infime que la censure et l'autocensure apparaissent comme notre seule arme ? Peut-il y avoir un débat plein et entier lorsque l'on choisit ses interlocuteurs ?
Il est nécessaire, nous semble-t-il, de signaler que les autorités, depuis la mise en place de la nouvelle équipe rectorale, imposent aux cercles étudiants une procédure administrative de plus en plus lourde. En effet, les étudiants désirant organiser une activité doivent préalablement informer les autorités notamment quant aux intervenants et aux objectifs du projet. C'est sur cette unique base qu'est prise la décision rectorale d'autorisation ou d'interdiction de l'activité. Les autorités de l'Université Libre de Bruxelles ont-elles vraiment le droit de se poser en visage unique du Libre Examen en ces heures de crispation identitaire et de fixer seule ce qui est ou n'est pas légitime ou pertinent dans le débat ?
Dans cette perspective, il apparaît que le « chantier-valeurs » sort des rails sur lesquels les autorités l'avaient posé. En donnant à cette réalisation une interprétation certes défendable mais trop contraignante pour les acteurs-étudiants de celle-ci, les autorités offrent une vision monolithique du principe du Libre Examen. Ainsi, le Cercle s'oppose à ce qu'une ou plusieurs personnes puissent, de par leur position au sein de l'ULB, avoir le monopole de penser le Libre Examen et, partant, de poser (le terme « révéler » n'est-il pas plus approprié dans ce contexte ?) l'unique lecture valable du principe du Libre Examen ?
Les autorités ne devraient-elles pas ouvrir la porte à la communauté estudiantine au sens large pour remettre les valeurs de cette Université en question et bâtir ensemble un libre examen conforme à celui auquel aspirent les étudiants ? Mais peut-être est-ce un débat qui, là encore, restera « hors de nos murs »...
Une autre piste de réflexion pourrait éventuellement être envisagée et le débat pourrait être replacé sur la voie de la laïcité. En effet, au sein l'Université du Libre Examen, la laïcité est un espace de rencontre, de dialogue où toutes les options philosophiques et religieuses doivent pouvoir s'exprimer. Une laïcité qui choisit ses interlocuteurs n'est-elle pas une laïcité qui doute ?
Le MRAX apelle le Recteur de l'ULB au dialogue !
Communiqué de Presse du 2 Mars 2007.
Le Mouvement Contre le Racisme, l'Antisémitisme et la Xénophobie (MRAX), principale et plus ancienne organisation antiraciste belge, a pris acte du courrier du 19 février dernier que Monsieur Philippe VINCKE, Recteur de l'Université Libre de Bruxelles (ULB), a adressé au Cercle des Etudiants Arabo-européens de l'ULB (CEAE) pour s'opposer à la participation du Professeur Tariq RAMADAN, Professeur invité à l'Université Erasme de Rotterdam, dans l'enceinte de l'ULB, parce qu'à l'inverse de tous les autres participants, le Professeur Ramadan ne poursuivrait pas " clairement et sans ambiguïté une visée commune: celle du respect et de la défense des fondements mêmes de l'esprit démocratique "?!
Le CEAE entendait ainsi participer à la 2ème édition de la Semaine d'Actions Contre le Racisme (SACR) coordonnée par le MRAX, par l'organisation d'un débat contradictoire sur un sujet épineux, mais passionnant: " la société dominante n'est-elle pas plus communautariste que les minorités ? ". Il s'agit ici d'engager un débat pluraliste, avec des protagonistes susceptibles de se donner la contradiction, ce qui est l'esprit même du libre examen.
D'ailleurs, le directeur du MRAX, également sollicité pour participer au débat, a remercié le CEAE pour ce projet qui entre parfaitement, par son esprit de confrontation des points de vue, dans la démarche de la SACR.
Cette position du Recteur de l'ULB étonne… le MRAX est très sincèrement attristé et même inquiet d'assister à de telles ruptures de dialogue sur l'essence et les valeurs fondamentales de notre démocratie. Cela paraît révéler non pas l'expression de valeurs, mais bien, en réalité, un repli sur soi.
En s'y prenant de cette manière, le Recteur donne non seulement raison à tou-te-s celles et ceux qu'il critique, mais également un ton dangereusement partisan à ces mêmes valeurs qu'il estime défendre. En somme, il les mine lui-même.
Il ne s'agit nullement pour le MRAX d'être particulièrement solidaire de la pensée ou de la personne du Professeur Ramadan, mais bien de nous désolidariser de ladite décision que nous estimons contraire au sens même de la démocratie.
Aussi, le MRAX vient d'adresser un courrier au Recteur pour lui demander de bien vouloir prendre en considération toutes les conséquences de cette situation qui est insoutenable tant elle ne peut que provoquer le raidissement des uns et des autres et même alimenter un climat d'exclusion et de xénophobie. C'est pourquoi nous pensons qu'il serait tout à son honneur de revenir sur sa décision.
A défaut, tout le monde comprendra qu'avec beaucoup de regret, le MRAX ne pourra plus participer à cette conférence organisée à l'ULB, puisque cette conférence est devenue aujourd'hui le fruit, et même un symbole, de la censure, pire fléau de la liberté d'expression.
Bien entendu, le MRAX reste naturellement disposé à discuter de cette situation, dès que possible et de vive voix, avec le Recteur et ses services. Il est essentiel de saisir l'occasion d'échanger nos points de vue et de tenter d'aboutir à une solution qui sauvegarde l'intérêt du débat contradictoire.
Contact :
Radouane BOUHLAL, Président du MRAX, tél. : +32 (0) 475/75.14.89 ; radouane.bouhlal@skynet.be
Didier de LAVELEYE, Directeur, tél.: +32 (0) 2/209.62.59.; didier.delaveleye@mrax.be
Le Site du Mouvement contre le Racisme, l'Antisémitisme et la Xénophobie a.s.b.l: www.mrax.be
Par Farid El Asri
Ancien Maître de Stages à l'ULB
"La maison comme l'homme peut devenir cadavre. Il suffit qu'une superstition la tue" (1). La maison du savoir, forte de ses principes du libre-examen et des paramètres d'entrée en relation avec le monde, se mord la lèvre et saigne. Croire, en effet, que la venue d'un intellectuel puisse ébranler les principes même de l'Université, équivaut à annoncer la mort de ces principes et de la cohérence des décisions qui en émanent.
Récapitulons. L'Université Libre de Bruxelles, par la voix de son recteur, décidait d'interdire il y a une dizaine de jours la présence de Tariq Ramadan dans le cadre d'une conférence en cours d'organisation par le Cercle des Etudiants Arabo-européens. La rencontre portait sur le racisme et les discriminations. L'heure est grave, car l'argumentaire du rectorat repose sur une relecture des fondements de l'Université. On assiste à la mise en place d'un processus de recroquevillement du débat contradictoire. Hier on parlait de ponts, aujourd'hui on invoque les murs : "Chacun reste libre de s'exprimer, hors de nos murs" (sic). L'Université Libre de Bruxelles opère donc une sécularisation spatiale de l'expression, à bon entendeur. Il y a, d'un côté, la voix du château-forts de la pensée libre et, de l'autre, les voix résonnantes au-delà des douves. La mise à l'écart des uns ne fait pourtant pas l'honorabilité des autres. Après l'héritage des Lumières, prend place la méfiance et le non-débat. Drôle de façon de rompre avec le binarisme du monde et drôle de grille de lecture offerte pour le devenir des étudiants.
On se souvient que des enseignants de l'Université libre de Bruxelles avaient étés signataires d'un document, présentant Tariq Ramadan comme persona non-grata. Il s'agissait alors de réactions passionnelles, de confusions des références, où plutôt de mise au diapason avec le climat français sur Ramadan. Ces plumes isolées ont réagit au moment où les débats en France dictaient l'impératif d'un positionnement par rapport à une personne. "Pour ou contre", tel était le mot d'ordre. Certains de nos académiciens tombèrent alors dans ce piège de l'excitation médiatique, mais cela restait une opinion à l'ère du temps. On pouvait la regretter, mais elle était aussi peu fondée que non représentative.
Peut-on voir, avec ce nouveau refus, les premiers symptômes des mutations qui s'opèrent dans le dôme de la pensée libre ? Ramadan, qui a été invité par le cercle du libre-ex autour du livre l'Islam en questions (2000), a multiplié les prises de paroles dans les auditoires du solbosch (ULB), plusieurs années durant. C'était tout à l'honneur de la primauté de l'argument rationnel. Désormais, il est invité à s'exprimer contre le racisme, ailleurs (2)! Sur quels éléments dépassionnés repose la décision ? La conseillère du rectorat affirme seulement que : "Au nom de la tolérance, l'ULB a trop souvent été prise en otage par des groupes qui nous ont peu à peu éloignés de l'esprit du libre examen" (3). Le plus frappant c'est le terme de groupe qui est usité ici. Qui est ce groupe en question ? Le cercle des étudiants arabo-européens, appartenant à l'Université et donc coupable de déviances ? Le groupe "Tariq Ramadan" ?
Ne soyons pas dupes, il y a quatre mois d'ici, l'ULB s'est vue mise au devant de la scène médiatique (4) par des groupes de minorités en provenance de Turquie. Ils s'opposaient, par la voie d'une lettre adressée au Recteur Vincke, à un débat organisé par l'UETD à l'ULB: "Nos quatre organisations issues de l'émigration politique en provenance de Turquie, sont fort choquées d'apprendre qu'à l'Université Libre de Bruxelles aura lieu le 15 décembre un symposium sur le thème "L'Union Européenne en quête d'identité multiculturelle : l'expérience ottomane!". Le groupe organisateur et certains du panel invité avaient étés fustigés par les plaignants auprès des autorités universitaires. Maintenant le cap de l'organisation de l'événement, l'Université agacée sorti timidement de sa réserve: "Nous ne l'avons pas annulé pour ne pas créer d'incident diplomatique avec la Turquie, parce qu'un ministre turc devait être présent", déclarait alors Isabelle Pollet, la porte-parole de l'ULB à l'agence Belga. "Mais nous ne cautionnons pas les propos qui pourraient y être tenus" avait-elle rajouté.
Mais le point le plus intéressant dans l'analyse de cette situation, et dans le présent refus d'accueillir Tariq Ramadan, découle sans doute d'un communiqué du rectorat. Il posa alors les jalons du climat actuel : "Nous tenons également à préciser ce qui suit concernant la façon dont nous entendons désormais faire respecter nos valeurs. L'Université Libre de Bruxelles se veut ouverte au débat démocratique, quel qu'en soit le contenu. Cependant, dans le contexte de crise de la démocratie et de crise des valeurs par laquelle passe la société européenne dans son ensemble, l'ULB considère qu'il est de son devoir de se constituer en rempart contre tout discours à caractère potentiellement intégriste, et cela, tant au plan idéologique que religieux" (5)(souligné par l'auteur de l'article).
A partir de ces déclarations, toutes les transformations de l'orientation de l'Université prennent sens, si j'ose dire. Du choix des Honoris-Causa, en passant par la présence de Mme Fourest (militant déjà contre la venue de Tariq Ramadan dans des débats en Grèce) et de Mr. Val de Charlie Hebdo à l'ULB. On dessine assez bien le profil des personnes qui font désormais autorité de bienvenue.
L'ULB fait des valeurs qu'elle dit défendre de bien belles caricatures et risque de s'emmurer dans la contradiction. Elle commence à biaiser son adage : "Scientia vincere tenebras" pour en faire un miroir renversé par la peur : "Tenebras vincere Scientia". Celui qui a été considéré par de nombreux intellectuels comme une interface intéressante entre le monde musulman et l'Occident est confronté à ce nouvel état d'esprit. Aussi, derrière la coupure du microphone à Mr. Ramadan se cache une négociation de l'intelligence des étudiants de l'ULB. Ils sont accusés d'êtres incapables de discernements et de résistances face aux chants de sirène de l'enseignant d'Oxford.
Le rideau est tombé sur ce mur dressé et ça sent le renfermé !
Notes :
- Victor Hugo dans "Les Travailleurs de la mer"
- Le Cercle des étudiants arabo-européens (CEAE) de l'ULB désirait mettre sur pied un débat contradictoire, le 22 mars, dans le cadre de la "Semaine d'actions contre le racisme".
- Déclaration à la presse de Mme Emmanuelle Damblon, conseillère du recteur de l'ULB.
- Cf. "Malaise ottoman à l'ULB", R. Gutierrez, in Le Soir, 15 décembre 2006
- Elise Lennertz, Assistante du Rectorat, "Concernant la conférence de l'UETD", Communiqué, 14 décembre 2006
Par Souhail Chichah
Chercheur à l'ULB
Fondateur du Cercle des Etudiants Arabo-Européens
Ancien vice-président du Cercle du Libre-Exa.
Libre-exaministe, je ne partage pas nombre des prémisses idéologiques de M. Ramadan. Sur la forme, je ne suis pas sensible à sa rhétorique non plus. Néanmoins, si ses opinions ne sont pas les miennes, je peux témoigner, ayant lu ses écrits et assisté aux nombreuses conférences qu'il a tenues à l'ULB par le passé, qu'en aucune manière, ses positions ne peuvent être rejetées du champ du débat démocratique. Encore moins censurées. La censure est un acte éminemment grave, et ce, d'autant plus lorsqu'elle émane d'une autorité scientifique. Elle réclame de ce fait une justification circonstanciée et non l'énoncé de principes généraux ou de faits non étayés tels que ceux avancés par Philippe Vincke et Emmanuelle Danblon dans leur carte blanche parue ce 1er mars dans Le Soir.
Par ailleurs, outre la caricature du Libre-Examen, c'est un véritable mépris qui est affiché par l'institution universitaire vis-à-vis d'une partie de sa communauté. En effet, si M. Ramadan a une telle audience auprès d'une partie importante des étudiants de culture musulmane, c'est que son discours est en écho aux questions existentielles que ces jeunes se posent à l'extérieur des murs de l'Université comme en son sein. Permettre et surtout encadrer un débat serein et contradictoire sur le vivre ensemble ne fait-il plus partie des projets pédagogiques de l'Université ?
Courrier de lecteur envoyé au Soir le 1er mars 2007.
Par Michel Staszewski,
enseignant et collaborateur scientifique du Service des Sciences de l'Education de l'ULB.
En tant que membre de la communauté universitaire de l'ULB, je suis choqué par l'interdiction de participer à un débat dans l'enceinte de l'ULB dont est aujourd'hui victime Tariq Ramadan et par les justifications de cette décision fournies par Philippe Vincke et Emmanuelle Danblon dans leur carte blanche parue ce 1er mars dans Le Soir. A mon sens cette décision bafoue le principe du Libre Examen. Je soutiendrais les autorités de l'ULB s'il s'agissait de refuser une tribune à un prêcheur de haine. Ayant assisté à plusieurs conférences auxquelles participait Tariq Ramadan et lu nombre de ses articles et interviews, je peux témoigner du fait qu'il n'en est pas un. En tant qu'athée, je ne partage pas, loin de là, de nombreuses idées défendues par Monsieur Ramadan. Cela ne m'empêche pas d'avoir constaté sa volonté de rencontrer "l'Autre", de dialoguer. Je pense que ce monsieur est victime du climat islamophobe qui se développe chaque jour un peu plus dans notre société. Et je suis convaincu que, dans le contexte actuel, une telle mesure stigmatisante ne fait que renforcer la tendance aux replis communautaristes, tendance qui guette autant les non-croyants que les croyants.
envoyé le 1er mars au FORUM DU SOIR
promesse de publication.
par Mouedden Mohsin
L'ULB vient le 19 février 2007 de signifier une fin de non recevoir au philosophe Suisse Tariq Ramadan pour une conférence organisée par le CEAE se déroulant dans le cadre de la semaine contre le racisme (sic !) coordonnée par le MRAX.
Le Recteur de l'ULB, Monsieur Vincke, estime que la présence de Ramadan serait une attaque des fondements même de l'esprit démocratique.
Il est inquiétant pour un Recteur d'utiliser les fantasmes de l'extrême droite, l'amalgame et in fine la censure pour priver notre société d'un débat riche et pluriel.
L'ULB a décidé de réaffirmer et de promouvoir les valeurs de la laïcité et de la démocratie, cependant cette posture pratique dans ce cas-ci, la censure et l'exclusion à relent raciste. L'ULB soutient Charlie Hebdo qui a publié une caricature raciste, en même temps, elle use de la censure envers un Universitaire qui depuis 15 ans œuvre pour le rapprochement entre les civilisations.
Quelle cohérence ? La liberté, à géométrie variable et au faciès ? La démocratie, est-ce un espace uniformisé ou stalinien ? N'est-ce pas un aveu d'échec pour la raison et l'intelligence ? Nos valeurs communes ne sont-elles bafouées par l'Université « censure » de Bruxelles ?
Le libre Examen ne s'y trompe pas, il vient de fustiger l'attitude de l'ULB, c'est un geste fort. Le Vif l'Express a lors de son dernier numéro osé une comparaison choc « les musulmans sont-ils les nouveaux juifs d'aujourd'hui ? » A force de stigmatiser à l'infini, une communauté, il est probable qu'un jour le pilier islamique finisse par fleurir, ils pourront ainsi justifier le communautarisme qui il leur est sans cesse imputé par les professionnels du communautarisme structuré et politisé !
Dommage, à moins que ce ne soit le but des nouveaux faucons de la laïcité, créer un énième pilier pour diviser notre société, la communautariser à l'extrême et bâtir un pays où les citoyens retourneraient tous dans leurs sectarismes idéologiques, religieux, philosophiques et politiques.
Mouedden Mohsin
Acteur associatif belge,
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