19.10.2006

émission radio ce jeudi 19.10.06 17h00 sur l'émission de la RTBF : Jusqu'où peut-on aller au nom de l'islam ?

 
Emission radio EL WAFA 106.8 FM
"Les infos citoyennes"
ce jeudi 19 octobre 17h00 - 19h00 en live
sur l'émission RTBF "Question à la Une"
Jusqu'où peut-on aller au nom de l'islam ???
informer ou désinformer ?
Criminalisation de l'islam et de la pratique religieuse ?
Pourquoi ? Comment ?
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avec : confirmation pour tous, sauf pour Mr Touzani.
Mariane Klaric (réalisatrice du reportage (RTBF)
Yves Thiran, directeur de l'information (RTBF)
Hammouti Hafida, islamologue
Radouane Bouhlal (président du MRAX)
Ronald Ceulemans : LES (lutte contre l'exclusion sociale Molenbeek)
Hafida Mimoun : coordinatrice de la maison de la femme Molenbeek
Sam Touzani : artiste engagé (sous-réserve)
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20:15 Questions à la Une

SUJET 1 - Jusqu'où peut-on aller au nom de l'Islam ? Depuis le 11 septembre 2001, les Belges n'ont-ils pas tendance à voir dans chaque Musulman un terroriste en puissance? Pas tout à fait, mais quand même...¶ Une vraie bénédiction pour les islamistes. " Questions à la une " a rencontré en Belgique de nouveaux missionnaires qui n'hésitent pas à prôner un respect de l'Islam à la lettre, en rupture totale avec le monde moderne et connaissent un succès grandissant auprès de jeunes en quête de leur identité.

Que cachent réellement les revendications sur le port du voile ou sur la viande halal à l'école ? Pourquoi le mot intégration est-il rejeté par ces islamistes ? Nos sociétés démocratiques sont-elles menacées ? Jusqu'où peut-on l'accepter ?

Questions à la une a voulu savoir ce que cherchaient vraiment ces fondamentalistes. Les plus inquiets sur leur influence grandissante sont parfois d'autres musulmans, qui n'hésitent pas à mettre en garde tous les démocrates sur le danger qu'ils peuvent représenter.

SUJET 2:

Pour certains musulmans, la réponse est clairement non. Pour eux , il ne s'agit pas de moderniser l'islam mais d'islamiser la modernité . C'est le discours que tiennent les Frères musulmans, un mouvement fondamentaliste né en Egypte en 1928 mais qui a aujourd'hui des ramifications et des partisans en Europe.

¶ Cette enquête inédite nous conduit dans les coulisses de l'organisation. Elle a été pour l'essentiel réalisée dans le Nord de la France où les " Frères " sont particulièrement actifs : prêches dans les mosquées, récoltes de fonds et même une école pour former de jeunes imans à un Islam rigoriste.

Ces musulmans rigoristes n'hésitent pas à opposer Fatima, gardienne des valeurs de l'Islam, à Marianne, symbole des valeurs de la République. La question posée est donc : l'Islam prôné par ces Frères de France est-il compatible avec la démocratie ?

Une enquête de Malik Aït Aoudia

Prochaine diffusion le : vendredi 13 octobre

 

Un dossier du Journal du Mardi sur l'émission diffusée par la RTBF au sujet de l'islam ou l'islam radical  en Belgique
Questions à la Une » (RTBF) en question. Jusqu'où peut-on aller au nom de la laïcité? PDF Print E-mail
par Laurent Arnauts   
Monday, 16 October 2006
Mercredi 11 octobre dernier, l'excellente émission « Questions à la Une » de la RTBF s'attaquait à son tour au nouveau marronnier des médias : le fondamentalisme islamique. Du moins, c'est ce qu'on pouvait croire en fonction du titre de cette semaine-là: « Jusqu'où peut-on aller au nom de l'Islam ? » Au bout du compte, c'est cependant un tout autre menu qui a été servi au téléspectateur, où l'amalgame le disputait au préjugé pour stigmatiser la pratique de la religion musulmane en général. Est-ce qu'au nom d'une laïcité de combat – parfaitement acceptable voire souhaitable – certains se permettent de flirter avec les thèses et les méthodes de l'extrême droite ? Ce ne serait hélas pas la première fois qu'on découvrirait un enfer pavé de bons sentiments... un peu néocolonialistes ?

Autant le dire d'emblée, l'indignation face à cette dernière livraison de « Questions à la Une » est à la mesure de l'approbation – voire l'admiration – que cette émission suscite d'habitude. Malgré les limites inhérentes à la formule, elle parvient en effet chaque semaine à produire un bel échantillon de journalisme d'investigation, que ce soit sur des sujets d'actualité ou non. En l'occurrence elle a peut-être essayé de faire elle-même l'actualité, mais c'est plutôt raté : sur la question de départ, à savoir le fondamentalisme islamique, on n'apprend rien – mais alors rien- de neuf dans le reportage signé par Marianne Klaric. Ce qu'on découvre en revanche, c'est l'étendue peu commune des préjugés dont fait étalage la réalisatrice, qui semblent pour la plupart dater de l'époque de Roger Nols. C'est dire s'ils sont rancis.

Qu'on en juge. Le ton est en effet donné par ce constat lâché gravement en déambulant devant la caméra, comme le veut le format de l'émission : « Alors que leurs parents voulaient s'intégrer, ces jeunes (d'origine maghrébine, ndlr) refusent de s'assimiler ». Auparavant la journaliste avait en effet demandé tout à trac à un libraire musulman barbu et surtout interloqué: « Vous auriez pu devenir un Belge complètement assimilé, pourquoi ce retour aux sources ? » Marianne Klaric semble ignorer que depuis que la société belge démocratique – à l'exception donc de l'extrême droite – a embrassé l'idée de devenir multiculturelle, l'exigence ou la promotion de l'assimilation de tous à un modèle culturel dominant est abandonnée. Ce qui est bien le moins dans un pays qui a inscrit comme nul autre la multiculturalité dans ses textes constitutionnels (sous le vocable de « communauté »).

On pourrait penser qu'il ne s'agit là que d'un abus de langage, l'usage malheureux d'un terme tombé en désuétude, par une personne qui n'aurait pas suivi les évolutions sociopolitiques de notre pays de ces vingt dernières années. Il n'en est rien. L'entièreté du reportage est du même tonneau, et surtout sa conclusion, par la bouche de la sénatrice flamande Mimount Bousakla ( SP.A), qui assène : « En Belgique on reçoit des allocations familiales pour les enfants, des allocations de chômage quand on n'a pas de travail... tout cela n'existe pas dans les pays arabes non démocratiques. Ceux qui ne sont pas contents de la Belgique, ils n'ont qu'à partir ! » Est-ce un hasard si c'est là le cliché favori et la traduction presque littérale du slogan du Vlaams Blok/Belang : « Aanpassen of opkrassen », s'adapter ou déguerpir ? Peut-être pas. Mme Bousakla, fort marquée par une éducation religieuse intolérante dans son enfance, qu'elle souhaite à juste titre conjurer dans la société, est parfois emportée par son élan. Ainsi, le soir des élections du 8 octobre, elle avait provoqué l'ébahissement d'un plateau de télévision flamand en soutenant crânement qu'il fallait « discuter avec tout le monde, y compris le Vlaams Belang ». Ce coup de grâce au cordon sanitaire ne doit qu'à la défaite-surprise du parti raciste à Anvers de s'être perdu dans le brouhaha postélectoral.

L'aboutissement de ce principe selon lequel les personnes d'origine étrangère et plus particulièrement les musulmans, fussent-ils nés belges, n'auraient qu'à « la fermer » et « s'adapter », n'est autre que la création d'une citoyenneté de deuxième rang. Seuls les Belges « de souche », chrétiens ou laïques, auraient le droit de critiquer la société et donc d'influer sur son évolution. Il faut noter que cette forme raffinée d'apartheid politique – qui ne viendrait que s'ajouter à l'apartheid socio-économique existant- est exactement celui professé par le Vlaams Blok/Belang, lorsqu'il minimise sa relative défaite aux communales en l'imputant à l'influence du contingent de votants « nouveaux belges ». Ce subtil distinguo en apparence compliqué porte un nom plutôt simple : le racisme.

Voilà en quoi ce reportage véhicule la thèse fondatrice de l'extrême droite – ce qui explique l'émoi qu'il a provoqué dans la communauté musulmane en particulier et dans la population d'origine immigrée en général (voir interviews ci-après). Ce n'est hélas pas tout : pour mieux stigmatiser les comportements qui, dans l'esprit de certains, doivent être éradiqués dans un processus d'assimilation, il est recouru à des exagérations et à des amalgames que l'extrême droite ne renierait pas non plus. On ne sait par où commencer tant les exemples abondent. Cela commence par une visite à une sortie de mosquée, dont les fidèles demandent de ne pas être filmés et refusent de parler à la caméra. L'un d'entre eux finit tout de même par se dévouer, pour expliquer leur malaise d'être perpétuellement associés au terrorisme dans les médias depuis les attentats du 11 septembre. Dans le reportage, on a droit à un fondu enchaîné sur une longue séquence montrant les Twin Towers qui s'effondrent et les secours qui s'activent autour des victimes...

Ce type d'amalgame, par lequel on associe visuellement ou séquentiellement des choses qui en réalité n'entretiennent pas de lien démontrable ou démontré, est pratiqué à de multiples reprises. On rappelle ainsi que des kamikazes sont passés par une « centre islamique » extrémiste de Bruxelles, que les services de renseignement n'ont pas les moyens de surveiller les activités des extrémistes islamistes dans notre pays, etc. Dans ce contexte et sans autre explication, on doit comprendre que la revendication de la fourniture de nourriture hallal (dont la viande est issue d'animaux tués rituellement) dans certaines écoles publiques de la capitale est une dangereuse manifestation d'intégrisme. Même chose pour le foulard, qualifié plus explicitement « d'outil n°1 de la propagande islamiste » ou encore « d'instrument de la soumission de la femme » par l'antropologue Malek Chebel, qui n'a sans doute pas vu à l'oeuvre, de France où on est allé l'interviewer (tiens, il n'y a pas de spécialistes en Belgique?), la jeune Nabela Benaïssa et sa famille au temps où la Belgique était au bord de l'émeute.

Dans une boutique qui vend aussi des livres pieux, la journaliste commente ainsi les rayonnages de djellabas et autres babouches : « pour s'habiller comme à l'époque du prophète, tout y est ». Il faut croire qu'elle n'a pas beaucoup voyagé : la djellaba est encore en usage courant du Maghreb au Moyen-Orient. Et elle constitue l'habit traditionnel de la plupart les cérémonies familiales importantes, y compris dans notre pays. Même si certains portent ce vêtement en raison d'un sentiment religieux, est-ce pendable ? Dans cette même boutique, la reporter pousse encore plus loin ses investigations façon « Le jardin extraordinaire ». Elle entreprend en effet, caméra au poing, de toucher un vendeur, lequel se rebiffe poliment mais fermement, expliquant que sa religion lui interdit de toucher ou d'être touché par une femme qui n'est pas une parente. Ceci est certes la manifestation d'une lecture ultra-orthodoxe de l'Islam, mais était-il pour autant indispensable d'en faire la démonstration par l'expérimentation, comme s'il s'agissait d'une curiosité zoologique ? Ne suffisait-il pas de poser la question ? N'existe-t-il pas quelque-chose comme le droit à la dignité, qui fait que l'on ne doit pas nécessairement accepter de subir les attouchements d'un inconnu, a fortiori agressivement, avec une caméra ? Cette attitude et ses présupposés dégage comme un fumet de néocolonialisme...

Si l'on ajoute à tout cela la séquence où l'on accuse le présidents de la Ligue des imams de Belgique d' « attiser la haine » parce qu'il évoque le problème israélo-palestinien dans un prêche, ou celle où le professeur de religion islamique Yacub Mahi est qualifié « d'intégriste selon les services de renseignement », sans autre preuve ni précision qu'une citation tronquée issue de son site internet, par laquelle on lui fait dire qu'il est partisan d'une peine de cent coups de bâton en cas d'adultère (ce qui est risible connaissant le personnage)... Le tableau est aussi apocalyptique que mal étayé. Et en définitive, l'impression générale qui se dégage de ce salmigondis est que certaines pratiques pourtant bénignes de la religion musulmane constituent, en soi, un intégrisme, et le marchepied vers le terrorisme. Sans que ce lien de cause à effet ait donné lieu à ne fut-ce qu'un début de démonstration.

Entendons-nous. On a le droit de critiquer l'Islam et ses pratiques, ou celles qui lui sont attribuées – c'est de bonne guerre et les musulmans eux-mêmes ne se privent pas de critiquer eux aussi le monde qui les entoure. On a même le devoir de combattre vigoureusement le véritable extrémisme (qui consiste à empiéter sur la liberté d'autrui). Le JDM y concourt d'ailleurs régulièrement en essayant de susciter le débat (ou en dénonçant, parmi les premiers, des extrémistes comme le « cheikh Bassam »). Mais encore faut-il le faire à la régulière. Ici, le but ne semble pas être de dénoncer les extrémistes, mais plutôt de stigmatiser les musulmans pratiquants en suggérant qu'ils entretiennent une proximité étroite avec l'extrémisme (et donc le terrorisme) dès qu'ils sont trop « visibles », c'est à dire moins « assimilés ». Il y a donc lieu de suspecter derrière ce travail, qui n'a évidemment pas vocation à toucher les musulmans mais veut surtout « faire peur » à la population non-musulmane, un autre agenda. Celui déjà esquissé par le candidat malheureux à la présidence du Centre d'Action Laïque, Chemsi Cheref-Khan (voir nos précédentes éditions), qui est aussi l'un des deux seuls intellectuels interviewés dans le reportage : ressouder un « camp » laïque en manque de repères, puisqu'au moment où il bénéficie enfin de la manne publique, l'affaiblissement de l'Eglise catholique le prive de son adversaire de toujours. Désolé, mais tous les laïques ne mangent pas de ce pain-là.
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Mohsin Mouedden, animateur à radio EL WAFA(*):«L’impression d’un retour au nolsisme»

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par Laurent Arnauts   

Monday, 16 October 2006

Interview

Comment avez-vous perçu le reportage de la RTBF sur l'Islam extrémiste?

Globalement j'ai plutôt l'impression qu'il était davantage question de l'Islam en tant que tel, plutôt que l'Islam extrémiste. Avec beaucoup de caricatures et de préjugés. La réalisatrice a mélangé la situation nationale et internationale, avec des pratiques religieuses comme la viande hallal, le terrorisme... C'est un patchwork explosif qui raconte parfois tout et n'importe quoi. C'est très manipulateur.

Vous pensez qu'il s'agit d'erreurs ou sont-ce des amalgames pratiqués consciemment?

J'ai l'impression que ce reportage visait à créer ou au moins attiser les peurs. Le téléspectateur belge moyen qui regarde cela ne peut qu'être choqué et heurté, ne peut que faire l'amalgame selon lequel Islam = islamisme = terrorisme. Cela revient en filigrane tout le long de l'émission. Je suis très choqué, comme tous les musulmans je crois. C'est confus, mais je crois que c'est sciemment confus, comme lorsqu'on désigne les gens qui mangent de la viande hallal comme des islamistes, voire des potentiels terroristes. Or 99% des musulmans mangent hallal! Que va penser la personne qui se retrouve dans une boucherie hallal? Ce dont j'ai peur en voyant ce reportage, c'est que je me dis que si le service public est prêt à aller aussi loin, c'est qu'on est en train de faire marche arrière. A certains moments du reportage j'ai l'impression d'un retour au nolsisme.

C'est ce genre de choses qui justifie la réticence à parler aux médias qu'on observe d'ailleurs également dans le reportage?

En tant que citoyens belges de confession musulmane, on a le sentiment que dès que nous disons des choses, ce sera monté en épingle et instrumentalisé à des fins politiques et idéologiques. La séquence où on montre les tours du World Trade Center juste après que la personne ait expliqué qu'elle souffrait des amalgames depuis le 11 septembre, est frappante. C'est vrai qu'on a l'impression que la neutralité, l'objectivité et la déontologie journalistiques sont bien loin. J'ai eu l'occasion de discuter longuement avec la réalisatrice du reportage, Marienne Klaric, et c'est vrai que dès le début j'ai perçu une vision très réductrice, avec beaucoup de préjugés à l'égard des filles qui portent le foulard par exemple.  Pareil pour les deux intellectuels auxquels on donne la parole: Malek Chebel est français et a priori ne connaît pas la situation belge: il a une position sur l'Islam qui doit plaire à l'Occident, très clairement. L'autre, Cheref-Khan, est quelqu'un de très marginalisé ici. Il a des positions de combat sur la laïcité, ce qui n'est pas incompatible avec l'Islam. Mais il se présente comme un "musulman culturel" ou "d'origine musulmane". Ce genre d'expression nous fait toujours très rire: très souvent les gens qui se présentent comme cela sont laïques, voire athées. Ce n'est pas négatif, c'est juste qu'il faudrait avoir la probité intellectuelle de dire qui l'on est, et au départ de quelle position l'on s'exprime. Si le reportage avait donné la parole à un ou deux autre spécialistes d'un profil différent, on aurait eu un autre son de cloche et davantage d'objectivité. En prenant ces deux intellectuels-là, on sait clairement que la réalisatrice tendait vers une direction bien définie.

Laquelle?


Il y a je crois une volonté de criminaliser la pratique religieuse musulmane. C'est un message clair adressé aux musulmans: "si vous voulez encore rester chez nous - car il y a le vous et le nous-, vous avez intérêt à changer votre fusil d'épaule et à essayer de vous assimiler". C'est le sens de la phrase de Mimount Bousakla qui termine le reportage. La réalisatrice fait appel à une sénatrice un peu populiste - elle a appelé il y  a un an et demi à dissoudre le Conseil consultatif des musulmans parce que celui-ci n'avait pas jugé utile de prendre position sur l'assassinat de Theo Van Gogh aux Pays-Bas. Elle est connue pour ses positions très critiques à l'égard de la communauté musulmane - qu'il faut continuer à critiquer, là n'est pas la question. Cela dit, aujourd'hui dans certains partis, le fait de critiquer la communauté musulmane fait gravir des échelons... Je ne suis pas contre la critique, cela permet à la communauté musulmane d'aller de l'avant. Mais je suis contre les amalgames et les généralisations outrancières. En tous cas, des discours nolsistes tenus par une progressiste flamande, c'est très très grave.

(*) Emission "Les infos citoyennes" sur radio EL WAFA 106.8 FM. Ce jeudi 19 octobre 17h00 - 19h00 en live à propos de l'émission RTBF "Question à la Une"
Jusqu'où peut-on aller au nom de l'islam ? Avec : (sous réserve) Jean Claude Defossé (RTBF), Mariane Klaric (réalisatrice du reportage (RTBF), une islamologue belge, Raoudane Bouhlal (président du MRAX), Pierre Yves Lambert (www.suffrage-universel.be)

Radouane Bouhlal, président du Mouvement pour la Répression de l’Antisémitisme et de la Xénophobie(M PDF Print E-mail

par Laurent Arnauts   

Monday, 16 October 2006

Interview

Quelle a été votre réaction à l'égard du reportage de la RTBF sur l'Islam extrémiste?

Au premier abord j'étais assez curieux et satisfait, parce que je trouve que cela fait partie des missions du service public de traiter de questions difficiles, notamment du radicalisme dans les communautés religieuses, et notamment dans la communauté musulmane. Mais le résultat me heurte. Et ce, malgré l'introduction de Jean-Claude Defossé qui précise qu'il n'est pas question de la majorité de la communauté musulmane, qui elle se comporte bien, mais des extrémistes. Or, force est de constater que ce reportage ne parle pas des extrémistes! Tout au long on voit des amalgames et des confusions qui me paraissent très dommageables pour la communauté musulmane.

Par exemple?

J'ai été très choqué que l'on traite le port du foulard comme étant une démarche vers le radicalisme et l'intégrisme. Cela n'a absolument rien à voir! Cela signifie qu'un organe comme le MRAX, qui défend la liberté de porter ou ne pas porter le foulard, est un agent de l'intégrisme islamique! C'est surréaliste, tout de même. De même, Marianne Karic dit à un certain moment que "les parents, eux, voulaient s'intégrer, tandis que les jeunes ne veulent plus s'assimiler". Bel exemple de confusion: l'assimilation est une grave atteinte à la multiculturalité. L'extrême droite et en particulier le Vlaams Belang ne disent pas autre chose. Et avec ce que dit Mimount Bousakla, là on est vraiment dans le "Programme en 70 points" du Vlaams Blok! Quand une chaîne de service public expose ainsi cette parole sans l'encadrer, sans faire de petits commentaires assassins comme la réalisatrice a pu le faire pour d'autres intervenants dans le reportage, sans contradiction, je trouve qu'il y a dérapage grave. On peut critiquer l'Islam, et on a le devoir de critiquer les intégristes, mais on ne peut pas critiquer indistinctement la communauté musulmane, en mêlant la question du hallal ou du foulard à des questions de radicalisme qui n'ont rien à voir. Tous les musulmans mangent hallal, cela ne fait pas d'eux des radicaux! Pour moi, un bon reportage contre les intégristes, devrait pourvoir être applaudi par les musulmans eux-mêmes. Parce qu'ils en sont les principales victimes, soit parce qu'ils sont directement affectés dans leur famille, soit parce qu'ils subissent un rejet de la part de la société dominante. Ici, c'est l'inverse: tous les musulmans se sentent affectés!

Pourquoi ce parti-pris? Y aurait-il un malaise dans le monde laïque à l'égard des musulmans?

Je pense qu'il y a dans le camp laïque, à juste titre ou pas, un sentiment d'insécurité très grave à l'égard des musulmans, auxquels on attribue un agenda caché. La pensée laïque conçue comme espace de liberté est profondément juste, mais que crois que certains laïques ne se rendent pas compte qu'ils sont en train de virer dans de l'intégrisme, un intégrisme laïque. De ce fait, pour ce prémunir contre des musulmans qu'on a envie de respecter mais dont on craint un agenda caché, on rejette tout en bloc. C'est une dynamique très négative.

Concrètement, quelles sont les craintes selon vous ?


Il y a deux facteurs: d'une part, le fait que le terrorisme est aujourd'hui principalement situé dans le camp musulman, même si les musulmans n'aiment pas entendre cela et si d'autres pratiquent aussi le terrorisme. Et d'autre part, il y a l'ancien combat contre la religion catholique, justifié dans la mesure où lorsque les religions sont au pouvoir, les libertés reculent. Les laïques, après avoir gagné ce combat contre les catholiques, ne veulent pas le perdre contre les musulmans. Ce qu'ils perçoivent comme l'expansion de l'Islam (notamment démographique) leur fait peur. La combinaison des luttes antiterroriste et pour la laïcité, conjuguées, cela donne des dérapages laïcards comme aujourd'hui. C'est dramatique car au lieu de mettre de l'huile, on radicalise les camps. Je crois d'ailleurs que la RTBF doit se rendre compte que ce reportage ne va pas. Si mes informations sont correctes, il devait être diffusé avant les élections. Ils l'ont reporté pour ne pas influencer le vote des électeurs. Pourquoi, sinon parce que ce reportage allait alimenter les votes d'extrême droite? Quand Jean-Claude Defossé a fait ses reportages sur l'extrême droite, j'applaudis des deux mains, parce qu'il a réussi à ne pas stigmatiser toute la Flandre ou tous les Flamands. Pourquoi ne pas avoir réussi à faire cela avec la communauté musulmane?

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