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24.02.2005
Le voile et l'islam.
Le problème n’est pas le voile, mais l’islam
par Mohsin Mouedden*
Le débat passionné et stérile sur le foulard en France et dans une moindre mesure en Belgique, relayé de manière subjective et malhonnête par nombre de médias, ne cesse d’alimenter les formations d’extrêmes droites dans leur désir « nazifiant » et délire sordide d’épurer « leur société » de toute présence « musulmane ».
Le voile est le moyen par lequel certains médias, politiques et intellectuels, consciemment ou inconsciemment, vont savamment et insidieusement inviter les citoyens à honnir l’islam, le présentant comme un ralliement pour l’obscurantisme et l’enfermement de la femme. Cette religion « zélote » et « prosélyte » ne peut qu’être combattue et ce depuis un certain après 11 septembre 2001, date emblématique du début de l’islamophobie (1) visible. Cette stratégie s’attaque aux plus faibles, les femmes et les musulmans, alors qu’il aurait été plus intelligent et difficile de s’attaquer aux problèmes cruciaux de la société, de prévoir des politiques d’ouverture progressistes et courageuses et non discriminatoires (enquête criminogène en Belgique initiée en 1999 par l’ancien ministre de la justice Marc Verwilghen). Cependant s’attaquer au racisme, au chômage, aux écoles « ghettos » et aux discriminations est beaucoup plus ardu que de parader sur TF1, RTL ou France2 pour présenter ses jugements de valeurs et ses « islamophobies ».
Cette « haine » du foulard a pour objectif, de diviser la France, la Belgique et l’Europe en deux camps, les laïcs et les religieux, sachant que les laïcs sont rationalistes, respectueux du droit, de la loi, de la démocratie et des philosophes des lumières, tandis que les religieux, réduits aux musulmans, sont irrationnels et déraisonnables, machistes, intégristes et traditionalistes… Heureusement certains laïcs, athées convaincus sentent le piège d’un tel manichéisme, ils sont parfois parmi les plus virulents à dénoncer cette propagande « islamophobe ».
Ce clivage important risque de « balkaniser » l’Europe dans les années à venir et donner ainsi raison au « catastrophisme » de Samuel Huntington (2) qui prédit une guerre des civilisations entre l’islam et l’occident.
Dans cette lutte contre le foulard dans l’espace public, c’est avant tout la non-acceptation d’une mutation sociologique et philosophique dans la société française, belge et européenne, à savoir l’enracinement de l’islam.
Cette crainte gagne tant la gauche, la droite, les médias (Charlie l’Hebdo en a fait sa spécialité ), certains sites Internet, libre de publier leurs textes haineux et clairement islamophobes,(3) ainsi que des intellectuels qui marquent l’opinion, persuadé que face à l’islam, la seule solution réaliste, à nous européens « véritables » est de nous couper définitivement de cette civilisation, quitte à le faire avec force.
Cette vision d’un monde manichéen ressemble à s’y méprendre au projet de société que portent certains religieux et extrémistes musulmans en Grande-Bretagne et dans le monde (4), à croire que nous assistons à une coalition planifiée pour enflammer le monde et nos sociétés européennes.
Cette situation parait paradoxale avec la volonté politique qu’a l’Europe de garantir partout le respect, l’égalité et la justice notamment en octroyant aux musulmans européens des garanties, des lieux de culte digne, des écoles « communautaires », une représentativité religieuse et « politique » après un demi-siècle de présence en Europe. Malgré ces politiques tardives mais ô combien importantes, la situation pour les musulmans d’Europe, n’a jamais été aussi difficile et critique et ce depuis un demi-siècle.
Pour cette raison, nous devons œuvrer ensemble pour réussir le pari d’une société « world village » humaniste, en se basant notamment sur la déclaration universelle des Droits de l’Homme, ce n’est qu’en construisant une société respectueuse de tous, dans la diversité, sans préjugé, jugement de valeurs douteux et fantasmes (5), que nous pourrons progresser et abolir définitivement les haines réciproques qui peuvent habiter nos cœurs et intelligences.
Néanmoins force est de constater que le politique a une peur bleue de l’islam, se rendant compte d’une implantation quasi définitive (6), ils ont l’impression d’avoir fait la plus grosse bêtise de l’histoire européenne, à savoir inviter les musulmans à venir reconstruire une Europe, malade de son avidité, de son consumérisme, de son colonialisme et de ses guerres perpétuelles.
Aujourd’hui les théoriciens de la haine (Oriana Fallaci (7), Imbert (8), Houllebecq (9), Del Valle (10)… ) annoncent clairement la couleur, en pointant du doigt l’islam avec une violence inouïe. La suspicion des partis politiques à l’égard de l’islam, la sur-médiatisation de la violence « intégriste » et la non-intégration de cette population(11) finira par convaincre, le citoyen européen, le plus averti que les musulmans sont effectivement un danger pour nos nations européennes.
L’histoire nous démontre qu’avant les guerres, qu’avant les épurations ethniques, qu’avant les ratonnades planifiées, il y a toujours eu en prémices à ces maladies de l’histoire, un inlassable travail du gratin intellectuel et politique sur l’opinion publique, par des appels douteux, des analyses tronquées, des manipulations savamment distillées. La construction d’une peur, d’une crainte envers l’autre, le différent de par sa culture malgré une présence durable, malgré son « européanisme »(12), l’islam doit rester étranger.
Par ces discours islamophobes, ces intellectuels, politiques et médias préparent l’Europe, à bannir les musulmans et l’islam de la sphère européenne, comme le firent après la Reconquista Chrétienne, au 17ème siècle (13), les inquisiteurs et les intégristes du catholicisme.
Mouedden Mohsin
Acteur du monde associatif belge Mohsin_Mouedden2002@yahoo.fr
NOTES:
(1) Islamophobie : haine, rejet d’un islam réduit à une essence maléfique alors que l’islam est de fait pluriel tant au niveau social, géographique, historique que culturel. Cette haine est alimentée par des préjugés et des stéréotypes négatifs qui, le plus souvent, pratiquent l’amalgame entre : « islam, arabe, musulman, islamiste, terroriste, intégriste » mais aussi entre culture et religion. L’étymologie du mot peut prêter à confusion, « phobie » émanant du grec « phobos » qui signifie peur, effroi. L’islamophobie traduirait à ce titre une réaction de peur devant une menace perçue à tort ou à raison comme objective. En réalité, cette phobie relève bien d’une pathologie sociale comme l’agoraphobie est une pathologie individuelle. Autant un individu tente de maîtriser ce mal dont il est le premier à souffrir, autant une société se doit d’intervenir contre cette déviance qui agresse une partie de ses membres et mine les fondements d’une vie commune. Il importe aussi de distinguer l’islam qui, comme toute religion, mérite respect - un respect qui dans une perspective démocratique, ouverte et laïque n’exclut ni le dialogue ni la critique - de l’islamisme qui instrumentalise le religieux à des fins politiques, idéologiques ou personnelles. Autant donc la critique de l’islam dans le cadre légal du respect est un droit, autant combattre l’islamisme dans ses visées terroristes relève d’un devoir. L’amalgame entre islam et islamisme, musulman et islamiste relève à ce titre d’une erreur intellectuelle doublée d’une faute morale, voire d’une incitation à la haine punissable par la loi. http://www.agenda-respect.be/fr/lexique/islamophobie.htm
(2) Samuel Huntington : le choc des civilisations, un appel à une guerre de civilisation entre l’occident et l’islam, remplaçant ainsi le communisme et l’ex-URSS.
(3) www.contrelislam.org http://www.sos-occident.org http://www.refractaires.org http://www.france-avenir.com
(4) Discours du Général DE GAULLE: C’est très bien qu’il y ait des Français jaunes, des Français noirs, des Français bruns. Ils montrent que la France est ouverte à toutes les races et qu’elle a une vocation universelle. Mais à condition qu’ils restent une petite minorité. Sinon la France ne serait plus la France. Nous sommes quand même avant tout un peuple européen de race blanche, de culture grecque et latine, et de religion chrétienne […] Vous croyez que le corps français peut absorber dix millions de musulmans, qui demain seront peut-être vingt millions et après-demain quarante ? Si nous faisions l’intégration, si tous les Arabes et les Berbères d’Algérie étaient considérés comme Français, comment les empêcherait-on de venir s’installer en métropole alors que le niveau de vie y est tellement plus élevé ? Mon village ne s’appellerait plus Colombey-les-Deux-Églises, mais Colombey-les-Deux-Mosquées !
(5) Suite aux déclarations du Cardinal Poupard recueillies lors d’une interview au Figaro le 30 septembre 1999 dans laquelle le prélat français, préfet du Conseil pontifical de la culture, estimait que « l’Europe doit être consciente que l’islam veut la conquérir » et en concluait que « l’islam pose à l’Occident un redoutable défi », le Recteur de la Mosquée de Paris blâmait l’Eglise catholique de France se déclarant, dans le Figaro du 7 octobre, « peiné qu’un des plus grands prélats de l’Eglise catholique reprenne les antiennes dans le droit fil des accusations de Jean Damascène (652-749), (.) il accable sans charité ’ces frères en Dieu’, avec les archétypes de l’islamophobie ».
(6) Je ne prendrai que l’exemple le plus frappant en Europe, à savoir les intégristes islamistes en Grande-Bretagne, hyper-médiatisés et ne représentant que quelques centaines de musulmans en Angleterre sur une population musulmane de près de 4 millions. Ils ont largement démontré leur haine du monde occidental, leur intégrisme est si édifiant qu’il dépasse la caricature, avec des propos intolérables.
(7) La rage et l’orgueil, un livre haineux envers l’islam, vomissant les musulmans à chaque chapitre.
(8) « Je suis un peu islamophobe, ça ne me gêne pas de le dire. J’ai le droit, je pense (et je ne suis pas le seul dans ce pays), à penser que l’Islam, (je dis bien « l’Islam », je ne parle même pas des islamistes) en tant que religion, apporte une certaine débilité (...) qui en effet me rend islamophobe. (...) Il n’y aucune raison, sous le prétexte de la tolérance, (...) de s’abaisser jusqu’à renier des convictions profondes. » le vendredi 24 octobre sur LCI par Claude Imbert, directeur du magazine « Le Point » www.lepoint.fr . "Ces propos blessants sont inacceptables de la part du fondateur et éditorialiste d'un grand hebdomadaire français qui affiche, revendique, et justifie son racisme viscéral à l'endroit des musulmans. Ces propos sont d'autant plus inacceptables qu'ils participent à une inquiétante et insupportable banalisation de l'islamophobie, derrière laquelle se dissimule la haine des populations arabo-musulmanes. Ces propos sont d'une extrême dangerosité : ils distillent la haine, ne peuvent que participer aux replis communautaires et servir tous les intégrismes. De proche en proche s'installe un climat qui rappelle tous les moments sombres de l'histoire. Les mots ont toujours précédés les violences. Monsieur Imbert est l'un des acteurs de ce climat dangereux et inquiétant". Le MRAP, Paris, le 24 octobre 2003 (le MRAP, mouvement contre le racisme et l’amitié entre les peuples), http://www.mrap.asso.fr/article.php3?id_article=571
(9) http://www.sciences-po.fr. L´écrivain Michel Houellebecq a présenté l´Islam comme la religion la plus « con » ou Pat Robertson, leader de la « Christian Right « aux Etats-Unis, présente le prophète de l´Islam comme « un terroriste » . Ces deux exemples semblent prouver une connaissance fort sommaire de la richesse et de la complexité du monde islamique, notamment de la culture et du passé arabes. Or après les attentats du 11 Septembre, il apparaît comme essentiel de voir les choses comme elles sont et non à partir de fantasmes - en faisant l’apologie de l´islam, de l´islamisme, de tout ce qui n´est pas l´Occident ou au contraire en considérant l´islam comme « nouvel Empire du Mal » , et les musulmans en tant que « non assimilables à la République », etc.... Michel Houelebecq est donc poursuivi par la Société des habous et des lieux saints de l’Islam, l’Association rituelle de la Grande Mosquée de Lyon, la Fédération nationale des musulmans de France et la Ligue islamique mondiale pour « provocation à la haine, à la discrimination ou à la violence à l’égard d’un groupe de personnes en raison de son appartenance à une religion déterminée » et « injures envers un groupe de personnes en raison de leur appartenance à une religion déterminée ». http://www.planeteradicale.org/asp/detail_dossier.asp?rubmenu=2&id_dos=269
(10) Alexandre Del Valle, l’islamophobe le plus en vue est chercheur en géopolitique à l’Université Paris VIII, auteur de "L’islamisme et les Etats-Unis, une alliance contre l’Europe", éd. l’Age d’Homme, collection Mobiles géopolitiques, « Guerres contre l’Europe », « Le Totalitarisme islamiste à l'assaut des démocraties »
http://www.fairelejour.org/article.php3?id_article=116
(11) L’historien René Rémond explique : « L’irruption sur le territoire de la République de millions d’êtres humains d’origine étrangères qui s’installent sur le territoire et restent fidèles à leurs origines et à leurs coutumes nourrit une inquiétude qui n’est pas forcément de la xénophobie ou du racisme ».
(12) Les musulmans sont aussi des occidentaux depuis le début de l’histoire de la civilisation islamique. Les musulmans sont des européens et ce dès le 8ème siècle, il eu en fait trois grandes périodes dans l’installation quasi définitive des musulmans en Europe, l’époque d’Al Andalus, qui perdura 8 siècles de la péninsule ibérique, à la France en passant par l’Italie, la Sicile et les îles méditerranéennes, la seconde fût la présence Ottomane du 15ème au 20ème siècle, que ce soit en Grèce, dans l’ex- Yougoslavie et les pays de l’est et puis dernièrement avec la colonisation - immigration, époque allant de la première et seconde guerre mondiale (les tirailleurs sénégalais, algériens, marocains etc…) à l’émigration économique allant des années 50 à 1974 et à nos jours.
(13) Depuis les récentes guerres dans l’ex-Yougoslavie et le Caucase, on reparle de « purification ethnique », cette pratique qui consiste, dans le but absurde de créer une « communauté homogène » , à expulser ou à liquider (comme au Rwanda en 1994) des minorités accusées de tous les maux. Parmi les plus abominables de ces « purifications » figurent les génocides des juifs et des tziganes d’Europe dans les années 40 par le régime hitlérien ou celui des Arméniens dans les années 10 par le jeune Etat turc. Mais le modèle moderne de ces persécutions racistes fut établi dès 1609 en Espagne avec l’expulsion des morisques, ces musulmans convertis de force au catholicisme lors de la prise de Grenade, en 1492, la même année où les juifs étaient chassés du pays. Le 22 septembre 1609, le roi Philippe III signe un décret qui consacre la naissance du premier Etat raciste de l’histoire. Désormais, aucun membre de la « nation morisque « ne pourra résider sur les territoires soumis à l’autorité espagnole, sous peine de mort. Le principal responsable de ce décret n’est évidemment pas le roi, mais le duc de Lerma. Le grand théoricien de l’Etat raciste est un dominicain valencien, membre du tribunal de l’Inquisition de Valence. Il s’appelle Fray Jaime Bleda : il est l’auteur d’un livre où il expose ses théories et où il démontre que l’élimination des morisques est une « nécessité urgente » .
Par RODRIGO DE ZAYAS, Historien et écrivain espagnol, auteur de : Les Morisques et le racisme d’Etat, La Différence, Paris, 1992 ; et de la tétralogie romanesque Ce nom sans écho (la Brigue et le Talion I, les Faussaires II, Shéol III, et La Pourpre prophétique IV), éditions L’Esprit des péninsules (15, rue Trousseau, 75011 Paris), 1996 et 1997. www.monde-diplomatique.fr
http://www.monde-diplomatique.fr/1997/03/DE_ZAYAS/8003
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Bibliographie :
Ø Encyclopedia Universalis, dictionnaire de l’islam, religion et civilisation par Albin Michel.
Ø Les grandes dates de l’islam, édition essentiels Larousse.
Ø La nouvelle ISLAMOPHOBIE, Vincent Geisser et Françoise Lorcerie, La Découverte.
Ø Le livre noir du colonialisme, sous la direction de Marc Ferro, Robert Laffont.
Ø Les réseaux d’Allah, les filières islamistes en France et en Europe d’Antoine Sfeir, Plon.
Ø Les savants musulmans oubliés de l’histoire, par le docteur Hébri Bousserouel, la plume universelle.
Ø Le soleil d’Allah brille sur l’Occident par Sigrid HUNKE, Edition Albin Michel.
Ø L'une voilée, l'autre pas de Dounia Bouzar, Saïda Kada, Albin Michel.
Mohsin_Mouedden2002@yahoo.fr
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15.02.2005
Bush est-il dangereux pour l'humanité ?
Bush est-il un danger pour le monde... ?
Voici la vie de Georges Bush (dossier détaillé)
http://fr.wikipedia.org/wiki/George_W._Bush
14 ARTICLES CHOISIS SUR BUSH ET SA FAMILLE... BUSH EST-IL DANGEREUX ?


Acte 1
L'Express du 21/08/2003
Bush et l'Irak
Cet homme est dangereux![]()
Devant la multiplication des pertes américaines, à cinq mois maintenant du début des primaires, George Bush pourrait, évidemment, arrêter les frais. Saddam Hussein renversé, la dictature abattue, il pourrait décréter le travail fait et la démocratie en marche, retirer ses troupes et laisser le pouvoir à un gouvernement de coalition formé pour la circonstance. Il en aurait les moyens, car les chiites - 60% de la population - l'y aideraient.
Ils accepteraient ce marché parce que leur objectif est non d'humilier les Etats-Unis, mais de prendre les rênes du pays. Ils prêteraient donc la main à George Bush, faciliteraient l'opération en entrant dans ce gouvernement d'unité nationale, assureraient suffisamment l'ordre pour que le retrait américain puisse se faire dans la dignité. Mais cette fiction ne tiendrait ensuite que peu de temps.
Les Etats-Unis ne peuvent, en réalité, pas se retirer, puisque leur départ donnerait le signal d'une sanglante lutte pour le pouvoir à Bagdad, d'une guerre civile dans laquelle toutes les puissances régionales interviendraient afin d'éviter ce qui constitue leur hantise collective: l'éclatement du pays en trois Etats distincts - kurde, sunnite et chiite. Cela, la Turquie ne le tolérerait pas, car l'apparition d'un Kurdistan indépendant raviverait la révolte de ses propres provinces kurdes. L'Arabie saoudite n'aurait, elle, aucun intérêt à laisser les chiites irakiens créer leur Etat, alors qu'elle traite si bien les siens en citoyens de seconde zone que leur loyauté est incertaine. L'Iran, chiite, ne verrait pas non plus d'un bon oeil l'apparition d'un autre Etat chiite dans la région: par définition, une théocratie ne souffre pas la concurrence.
Un retrait américain ouvrirait la porte à de tels séismes au Moyen-Orient et les économies occidentales en pâtiraient tant qu'il serait tout simplement impossible - ou totalement irresponsable - de l'ordonner, mais quelles sont les autres options? George Bush ne peut ni doubler les effectifs de ses armées en Irak ni continuer à exposer la vie de ses soldats dans des attaques de plus en plus violentes et dont rien n'annonce la fin. Il lui faut réagir.
Sa réélection comme la crédibilité des Etats-Unis en dépendent, et pourtant il laisse passer le moment où la concertation internationale pourrait encore sauver la situation. Peut-être est-il encore temps de passer le relais aux Nations unies, de lancer un plan de reconstruction internationale de l'Irak et de souder ses trois composantes nationales dans une fédération dont la pérennité serait garantie par le Conseil de sécurité, mais George Bush ne parvient pas s'y résoudre.
Parce qu'il ne veut pas que l'ONU réussisse là où échouent les Etats-Unis, il s'obstine dans l'erreur, va tenter d'élargir sa coalition et de casser un peu plus l'Union européenne et les Nations unies, jusqu'au jour où il sera trop tard pour canaliser ce chaos. Cet homme est dangereux.
dossier Guerre contre le terrorisme : La politique américaine
« Bush rend le monde plus dangereux »
Acte 2
En préférant la répression à la prévention, explique Joseph Cirincione, l'administration Bush ruine les progrès de plusieurs décennies de lutte contre la prolifération.
« Le président Bush est entouré d'hommes comme Donald Rumsfeld, Paul Wolfowitz ou Richard Perle qui n'ont aucune confiance dans la négociation comme méthode de résolution des conflits avec les "Etats voyous". À leurs yeux, la politique étrangère américaine a été beaucoup trop timorée ces dix dernières années, à partir du moment où Bush senior a décidé de ne pas aller à Bagdad "finir le boulot" en 1991. À quoi bon être la première puissance militaire mondiale si c'est pour rester l'arme au pied, pensent-ils. Pour eux, le cas irakien doit faire jurisprudence. En punissant militairement l'Irak, l'on donne à réfléchir aux autres.
La simultanéité des crises irakienne et nord-coréenne montre à quel point cela n'a pas de sens. Nous savons aujourd'hui que Pyongyang détient suffisamment de plutonium pour fabriquer cinq ou six bombes nucléaires. Mais il n'y a aucune option militaire vis-à-vis de la Corée du Nord. Toute frappe sur les installations du pays provoquerait immédiatement une guerre entre Pyongyang et Séoul, avec des centaines de milliers de victimes sud-coréennes...
Et pourtant, l'équipe Bush continue de faire de la puissance militaire l'alpha et l'oméga de sa politique antiprolifération. En fondant son analyse sur un pessimisme profond : le monde est dangereux et incontrôlable, les traités de non-prolifération sont inefficaces et le développement des armes de destruction massive est inévitable.
Inutile de prévenir, il faut guérir. L'augmentation considérable des dépenses militaires - le budget annuel du Pentagone passera de 350 à 500 milliards de dollars au cours des prochaines années et le "bouclier" antimissile s'est vu attribuer 10 milliards de dollars pour 2003 - témoigne de cette priorité accordée à la répression. Les traités internationaux sont ramenés à un rôle de figuration. L'armée américaine, disent en substance les hommes du président, offre bien davantage de sécurité que n'importe quel « bout de papier ». C'est une voie sans issue. En préférant une stratégie de répression de certains à une stratégie de prévention globale, l'administration américaine crée sa propre prophétie : un monde moins sûr, où l'on verra décuplé le désir de posséder des armes de destruction massive. A fortiori si cette politique est incohérente, comme vient d'en témoigner la crise coréenne. Au lendemain du 11 septembre, les Etats-Unis ont pudiquement fermé les yeux sur les transferts de technologie nucléaire du Pakistan vers la Corée du Nord. La lutte contre la prolifération devenait secondaire par rapport à la lutte contre le terrorisme. Les Etats-Unis pourraient payer cher cette inconséquence.
L'impuissance américaine face à Pyongyang incitera le Japon et la Corée du Sud à reconsidérer leur renonciation au statut nucléaire. D'une manière générale, il sera de plus en plus difficile de convaincre les uns qu'ils n'ont pas besoin d'armes nucléaires aussi longtemps que les autres refuseront de s'en passer. Surtout avec une puissance militaire américaine réaffirmée, que bien des pays peuvent ressentir comme une menace. Quelle conclusion tirera l'Iran de la crise irakienne : qu'il doit interrompre son programme nucléaire ou qu'il doit l'accélérer pour se protéger de toute agression américaine ? L'administration Bush est en train de faire s'effondrer le régime de non-prolifération.
Et puis, on ne peut fonder à long terme la sécurité mondiale sur le tri sélectif des proliférateurs : l'Inde et Israël oui, l'Irak et l'Iran non... Les pays et leurs arsenaux restent, les régimes passent. L'on a vu plus d'un « bon » d'hier - l'Irak et l'Iran - devenir un « méchant » d'aujourd'hui. Un « bon » d'aujourd'hui - le Pakistan - pourrait devenir un « méchant » de demain... La stabilité du pays est pour le moins incertaine. Et bien malin qui pourrait dire entre quelles mains sera demain l'arme nucléaire pakistanaise.
Or, il ne faut pas se faire d'illusions. Aucun système antimissile ne nous protégera jamais. Depuis plus de quarante ans, les meilleurs scientifiques américains ont dépensé 150 milliards à s'échiner sur ce casse-tête... Et nous ne sommes toujours pas capables de détruire à coup sûr de simples missiles à courte portée comme les Scuds de la guerre du Golfe. Pendant des décennies, les nations du monde, Etats-Unis en tête, ont considéré que la lutte contre la prolifération consistait à réduire, voire à détruire, les armes de destruction massive. Avec en filigrane la conviction que la simple existence de ces arsenaux représentait une menace. Et ça a marché ! L'administration Kennedy estimait entre 15 et 20 le nombre des puissances nucléaires à la fin des années 60. La signature en 1968 du traité de non-prolifération a réussi à prévenir ce scénario-catastrophe.
Les traités, ce n'est pas du papier
Il y aujourd'hui cinq puissances nucléaires reconnues (les Etats-Unis, la Russie, la France, la Grande-Bretagne et la Chine), trois puissances non-signataires du traité (l'Inde, le Pakistan et Israël) et trois Etats signataires seulement qui cherchent encore activement à se doter d'armes nucléaires (la Corée du Nord, l'Iran et l'Irak). Il y a beaucoup moins d'Etats nucléaires potentiels dans le monde aujourd'hui qu'il n'y en avait voilà dix ou vingt ans. Et tous les cas difficiles sont gérables. Souvent par la négociation : la question nord-coréenne pourrait être résolue par un accord organisant le démantèlement rapide et complet du programme coréen en échange d'un soutien économique et de garanties de sécurité fournies par les Etats-Unis. Parfois par la force : il faut maintenir une pression musclée sur l'Irak.
La menace d'un Saddam Hussein encore en possession d'armes chimiques et biologiques est réelle. Mais ces derniers mois, le leader irakien a été enserré dans une véritable camisole de force, surveillé par une armada capable de dégainer au moindre geste. Et la présence des inspecteurs a exclu tout enrichissement de son arsenal de destruction massive. En prétendant que les traités internationaux ne sont rien que du papier, l'administration Bush réinvente le mode d'emploi de l'apocalypse. »
Propos de Joseph Cirincione recueillis par Sandrine TolottiSource : Alternatives internationales, n°7, mars-avril 2003.
Joseph Cirincione, I'expert en stratégie Directeur du Non-Proliferation Project du Carnegie Endowment for International Peace, un centre de recherches à but non lucratif basé à Washington. Dédié à la coopération entre les nations, ses travaux tendent à promouvoir une conception internationaliste de la politique étrangère américaine. Joseph Cirincione est l'auteur de Deadly Arsenals : Tracking Weapons of Mass Destruction. Il fait autorité sur les questions de prolifération et de sécurité.
Acte 3
« Bush ne peut changer d’un coup sa stratégie », un entretien avec Alain Joxe
11 novembre 2004 (magazine POLITIS FRANCE)
Thierry BrunAprès la réélection de George W. Bush, Alain Joxe* craint que l’administration américaine maintienne un état de guerres locales permanentes sur le reste du monde et qu’elle accentue les divisions en Europe.
La reconduction de George W. Bush est-elle l’occasion d’une révision de la politique arabe des États-Unis ?
Alain Joxe : L’Irak est évidemment une question importante. Mais, à court terme, ce pays est engagé dans un scénario catastrophe et dans un état de siège permanent, qui en fait le contraire d’une conquête, d’une pacification ou d’une libération. Bush ne peut changer d’un seul coup cette stratégie, surtout en étant engagé dans une opération dans la ville de Fallouja. Cette opération exhibe de façon obscène la violation de toutes les conventions de Genève, puisqu’elle prend la population civile en otage, et qu’elle menace de fusiller toute personne en âge de combattre. Tout cela était évidemment dans le pipeline avant la réélection de Bush. Ce n’est pas là que l’on va pouvoir juger d’une orientation nouvelle. Car elle n’influencera pas le travail actuel lancé par Bush comme « commandant en chef », avec tout ce que cela comporte de narcissisme, d’exhibitionnisme et de patriotardisme. Il faut malheureusement attendre, et la population de Fallouja va en faire les frais.
Évidemment, les questions du Moyen-Orient et de la Palestine vont être posées de nouveau. C’est une occasion pour Bush d’éventuellement manifester une continuité avec l’interprétation la plus optimiste de la « feuille de route », et de restaurer l’autorité palestinienne comme négociatrice représentant un peuple qui a droit à l’indépendance. C’est peut-être l’intérêt des Israéliens de profiter de cette circonstance pour changer d’orientation. Il est clair qu’Israël est dans une situation d’impasse politique, équivalente à celle de Bush avec l’Irak. Quand on mène une guerre sans perspective de négociation, on est dans une impasse politique.
George W. Bush emploie d’autres termes. Son discours consiste à répéter qu’il veut répandre la liberté et la paix en luttant contre le terrorisme...
Nous sommes dans une situation où l’on est obligé, en tant qu’observateur européen, de compter un à un les symptômes d’une sorte de pathologie politique grave du point de vue des États-Unis. Bush passe son temps à prononcer des mots qui sont manifestement des monstruosités sémantiques puisqu’il y a opposition entre ses paroles et ses actes. C’est en permanence une incommunication politique. On est stupéfait, et c’est dangereux, parce que cela renforce les tendances, les pulsions les plus guerrières du système américain en crise. Du point de vue européen et mondial, tout le monde se demande ce qui va sortir du système américain. On sait qu’il n’a pas les moyens militaires sérieux d’une reconquête complète de l’Irak suivant les méthodes qu’il a adoptées, qu’il a besoin de main-d’oeuvre militaire et qu’il n’en recevra pas des alliés comme l’Allemagne et la France. Les États-Unis sont dans une crise militaire. Après l’opération de Fallouja, en profiteront-ils pour proclamer une victoire qui leur permettrait d’assouplir leur position ? On est en tout cas dans la realpolitik la plus cynique.
Cette realpolitik a profondément divisé les États-Unis. Comment interprétez-vous cette fracture ?
Cette division prend une forme culturelle qui oppose les populations urbaines jeunes, féminines, développées, des côtes est et ouest, et une sorte de centre cambroussard, arriéré. C’est une impression caricaturale qui tient en partie au vote majoritaire des États avec ce système archaïque de désignation du Président par des grands électeurs. Cette polarisation est de toute façon explicitement liée à l’état de guerre, ce qui nous paraît étrange parce qu’on voit plutôt un échec politico-militaire qu’un état de guerre. Mais pour l’opinion américaine, telle qu’elle a été mise en condition par l’appareil médiatique républicain avec succès, les États-Unis sont en état de guerre, et leur commandant en chef combat les terroristes.
Et il y a aussi un discours sur la sécurité intérieure qui accompagne cet état de guerre...
Le discours sur la sécurité intérieure est ce qu’il y a de plus dangereux pour l’avenir puisque, potentiellement, Bush va avoir la capacité de modifier en profondeur l’esprit de la législation démocratique américaine. Assiste-t-on à l’amorce d’un changement de Constitution dans un sens complètement réactionnaire ? Bush peut en tout cas se donner les instruments juridiques d’un changement avec la nomination de juges à la Cour suprême. Cela va permettre de juguler une opinion qui serait contraire à l’orientation néoconservatrice, de la juguler policièrement et légalement. C’est une atteinte aux libertés traditionnelles, qui forment certes un système de mystification, mais un système de mystification à base de libre expression des opinions. Ce n’est pas la première fois que se mettrait en place un système de contrôle des opinions. Dans le passé, il y a eu le maccarthysme. Les opinions qu’on pourrait qualifier de gauche, en tout cas en relation avec la culture américaine, sont alarmées de cette orientation-là, presque plus que de la gestion de la guerre en Irak, parce que cela touche à la culture politique et aux libertés intérieures. Mais, pendant la campagne électorale, l’opinion publique ne s’est pas reportée sur ce sujet-là, ce qui explique en partie l’échec politique de John Kerry.
Lire la suite de l’entretien avec Alain Joxe dans Politis n° 825
*Directeur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales et du Centre interdisciplinaire de recherche sur la paix et d’études stratégiques
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| 14 juin 2004 le grand Soir.info | |||||
| Interview par Amy Goodman 7 Juin 2004 Amy Goodman : Noam Chomsky, pouvez-vous nous parler de certaines personnes qui dirigent le gouvernement (US) actuel et qui étaient déjà présents dans l’administration Reagan il y a 20 ans ? Noam Chomsky : C’est tout à fait exact. L’administration Reagan était composée des mêmes ou de leurs mentors pour la plupart. Je pense qu’on peut dire que l’administration actuelle est une sélection des éléments les plus extrémistes, arrogants, violents et dangereux éléments de l’administration Reagan. C’est vrai aussi bien en ce qui concerne l’a politique intérieure que la politique internationale et, comme pendant les années Reagan, ils se consacrent à démanteler les composants du gouvernement qui servent la population en général - la sécurité sociale, les écoles publiques etc - mais d’une manière encore plus radicale. En partie parce qu’ils pensent avoir atteint un niveau supérieur à partir de laquelle ils peuvent lancer leurs attaques, et sur le plan international ça parait assez évident. En fait, de nombreux anciens membres de l’administration Reagan et de Bush père sont même choqués par l’extrémisme de l’administration actuelle sur le plan international. C’est pour cette raison qu’il y a eu une critique sans précédent de l’élite contre la stratégie de sécurité nationale et la politique en Irak - une critique étroite, mais significative. Alors oui, ils sont là. Certains cas sont remarquables (...). Ils ont très judicieusement choisi Negroponte, qui vient d’être nommé, en tant que nouvel ambassadeur en Irak où il dirigera la plus grande mission diplomatique du monde. Le prétexte d’une telle mission est qu’elle serait nécessaire pour transférer la souveraineté aux Irakiens, et c’en est tellement une contradiction qu’on en est réduit à admirer les commentateurs qui font semblant de ne pas savoir ce que tout cela signifie, tout comme ils font consciemment l’impasse sur le rôle de Negroponte dans l’administration Reagan. Il était l’ambassadeur du Honduras sous Reagan où il présidait la plus grande base de la CIA au monde, et la deuxième plus grande ambassade en Amérique latine. Pas parce que le Honduras avait une importance particulière pour les Etats-Unis, mais parce qu’il était chargé de superviser les bases à partir desquelles l’armée mercenaire US attaquait le Nicaragua, jusqu’à pratiquement détruire le pays. A présent, le Nicaragua a de la chance de pouvoir survivre pendant quelques générations. Il s’agissait là d’une des campagnes massives de terrorisme menées par les Reaganiens dans les années 80 sous le prétexte qu’ils menaient une guerre contre le terrorisme. Ils avaient déclaré une guerre contre le terrorisme en 1981 avec à peu près la même rhétorique que celle employée en septembre 2001. Ce fut une guerre sanglante contre le terrorisme. L’Amérique centrale fut dévastée, et des horreurs commises ailleurs dans le monde. En ce qui concerne le Nicaragua, ils furent condamnés par la Cour de Justice Internationale et par deux résolutions du Conseil de Sécurité de l’ONU, auxquelles les Etats-Unis ont opposé leur veto. Après cela, bien sûr, ils ont rejeté le jugement de la Cour et ont entrepris une escalade de la guerre au point où les effets ont été extraordinaires. Selon les analyses de leurs propres spécialistes, le nombre de morts au Nicaragua par habitant ramené à la population des Etats-Unis serait d’environ 2,5 millions, ce qui, ont-ils remarqué, serait supérieur au total des morts US depuis la guerre de Sécession jusqu’à toutes les guerres du 20e siècle, et ce qui reste de la société n’est que ruines. Depuis que les Etats-Unis ont repris le contrôle de ce pays, les choses se sont encore empirées. Le Nicaragua est à présent pratiquement le pays le plus pauvre du continent, juste devant Haïti et, ce n’est pas un hasard, ce pays a été la deuxième plus grande cible des interventions US au cours du 20e siècle, juste derrière Haïti qui est la première. Les récentes statistiques montrent qu’environ 60% des enfants en-dessous de l’age de deux ans souffrent d’anémies sévères provoquées par une sous-alimentation et probablement de troubles cérébrales. (...) C’est une véritable victoire. On peut comprendre pourquoi Colin Powell et d’autres en sont si fiers. Negroponte était directement responsable pendant les cinq premières années, puis plus indirectement au sein du Département d’Etat et de la Sécurité Nationale où il était le conseiller de Powell. A présent il est censé remplir le même rôle en Irak. Au Nicaragua, on l’appelait "Le Proconsul", et le quotidien Wall Street Journal a été assez honnête pour publier un article avec le titre "Le Proconsul Moderne" où ils ont mentionné son passé au Nicaragua sans entrer trop dans les détails et en disant oui, il sera le proconsul de l’Irak. Il s’agit là d’une continuation directe, mais il y a encore beaucoup plus. Elliot Abrams est un cas extrême. Je veux dire qu’il est à présent à la tête de la section Moyen-Orient du Conseil National de Sécurité. Comme vous le savez, il a été condamné pour parjure devant le Congrès. Il a bénéficié d’une grâce présidentielle, mais il était responsable au sein du Département d’Etat des atrocités commises en Amérique centrale et, pour ce qui concerne le Moyen-Orient, il se situe à l’extrême de l’échiquier politique. Il y a donc une certaine continuité de politique, mais aussi une radicalisation dans la continuité. AG : Il y a eu très peu de commentaires critiques au sujet de Ronald Reagan à sa mort, peut-être à cause de sa mort, ce qui se passe lorsque les gens meurent ou peut-être aussi parce qu’il y a une sorte de réécriture de l’histoire qui se déroule en ce moment. Mais une des rares personnes citées par les grands médias a été l’ancien Ministre des Affaires Etrangères du Mexique de 1979 à 1982, Jorge Castenada, qui a dit que Reagan était extrêmement impopulaire au Mexique lorsqu’il était président à cause de sa politique en Amérique centrale, et à cause de mises en cause du Mexique sur le trafic de drogue. L’engagement de Reagan au Nicaragua et au Salvador était considérée par le Mexique comme une "ingérence" injustifiée et "interventionniste, qui trouvait ses racines dans les rivalités de la guerre froide et en violation du droit international." Il ajouta, "non seulement sa politique était jugée négativement, mais il exerçait de fortes pressions sur le Mexique pour nous faire changer de politique internationale." NC : C’est exact. Castenada adopte un discours diplomatique. Il énonce un euphémisme en ce qui concerne le droit international et l’intervention. Le résultat fut la mort de quelques centaines de milliers de personnes et la ruine de quatre pays. Et les gens actuellement au pouvoir à Washington ont l’unique privilège à être les seuls à avoir été condamnés par la Cour de Justice Internationale pour terrorisme. Ce qui va au-delà de ce qu’a déclaré Castenada, mais c’est ce qu’il sous-entendait. Et l’impopularité demeure. Les derniers sondages effectués parmi les élites de l’Amérique latine, ceux qui ont le plus tendance à soutenir les Etats-Unis, indiquent que 90% d’entre eux s’opposent à l’actuel George Bush, le fils. Le chiffre est de 98% au Mexique, si ma mémoire est correcte. Mais pour être précis, il faut dire que ça ne date pas d’hier. John F. Kennedy a tout tenté pour faire aligner le Mexique sur sa politique anti-cubaine. Il y a ce commentaire célèbre, formulé par un diplomate mexicain lorsque Kennedy tenta de le convaincre que le Mexique devait se joindre à la guerre contre le terrorisme contre Cuba et à l’embargo, en affirmant que Cuba représentait une menace pour la sécurité du continent. Le diplomate a dit qu’il était dans l’obligation de refuser parce que s’il tentait de dire au peuple mexicain que Cuba représentait une menace, 40 millions de Mexicains mourraient de rire. C’était une bonne réponse. Mais pas dans le cas présent. Je crois que là où le commentaire de Castenada induit en erreur, c’est lorsqu’il se réfère à la guerre froide et aux rivalités. Il n’y avait pas de Russes en Amérique latine. En fait, les Etats-Unis faisaient tout pour les y attirer. Par exemple, pour le Nicaragua, lorsque la guerre terroriste contre le Nicaragua a réellement commencé, les Nicaraguayens ont tenté d’acheter quelques armes pour se défendre. Ils se sont d’abord adressés aux pays Européens, la France, et d’autres. L’administration Reagan a exercé une pression énorme pour que ces pays ne vendent pas d’armes au Nicaragua parce qu’ils voulaient à tout prix que les Nicaraguayens les achètent aux Russes ou indirectement aux Cubains. Ce qui leur aurait permis de présenter l’histoire comme une affaire de guerre froide. Le Nicaragua n’est pas tombé dans le piège, comme ce fut le cas pour le Guatemala en 1954, où un scénario similaire s’était déroulé. Donc, les Nicaraguayens n’ont pas acheté les avions aux Russes pour défendre leur espace aérien contre les attaques US. Ils en avaient parfaitement le droit, mais ils comprenaient les conséquences d’une telle responsabilité. Alors l’administration Reagan était obligée d’inventer sans cesse de nouvelles histoires sur comment le Nicaragua s’équipait en MIGs pour déclencher un conflit dans le cadre de la guerre froide. En fait, il est intéressant d’observer les réactions aux Etats-Unis devant ces histoires. Bien entendu, le Nicaragua avait tous les droits de se défendre. La CIA avait le contrôle total de l’espace aérien Nicaraguayen et s’en servait. Elle s’en servait pour communiquer avec son armée guérilla - guérilla est un drôle de terme pour désigner d’une armée équipée d’ordinateurs et d’hélicoptères etc, - pour leur envoyer des instructions pour éviter le contact avec l’armée Sandiniste, l’armée du Nicaragua, et attaquer ce qu’ils appelaient des cibles molles (soft targets), c’est-à-dire des cibles civils sans défense. Voici donc un pays qui n’a pas le droit de défendre son espace aérien pour se protéger. Je ne sais pas quoi dire. Évidemment, ils en avaient le droit, mais ils ne l’ont pas fait. Les Etats-Unis ont contrôlé leur espace aérien et ont attaqué - des cibles sans défense. AG : Noam Chomasky, vous avez écrit que les Etats-Unis sont le seul pays au monde à avoir été condamné pour terrorisme par la Cour de Justice Internationale. Cela avait un rapport avec le bombardement d’un port au Nicaragua, sous Reagan. Pouvez-vous nous en dire deux mots ? NC : Oui, mais ce n’est pas tout à fait exact. Le Nicaragua espérait mettre un terme au conflit à travers des voies légales, diplomatiques. AG : je voulais dire le minage d’un port. NC : Oui, le minage des ports. Ils ont décidé - ils se dont adressé à une équipe d’experts dirigée par le distingué avocat international états-uniens A. Chayes, professeur de droit à Harvard qui avait longtemps servi au gouvernement, et l’équipe de juristes a décidé de monter un dossier extrêmement précis et limité. Ils s’en sont tenus aux faits irréfutables, tels le minage des ports que les Etats-Unis avait reconnu, mais ce n’était rien par rapport au reste. Ils ont choisi le cas le plus précis en espérant qu’un jugement de la Cour Internationale pousserait les Etats-Unis à abandonner leur campagne terroriste. Ils ont bien obtenu un jugement en leur faveur. La Cour a ordonné aux Etats-Unis de cesser toutes leurs actions violentes contre le Nicaragua, et qui allaient bien au-delà du minage des ports. C’était la moindre des choses. Le jugement rendu par la Cour porte sur un point très précis, mais si vous lisez le texte du jugement, la décision de la Cour va plus loin car ils étaient tous conscients de la campagne de terreur plus vaste qui était en cours. Mais l’équipe de Chayes s’est focalisé sur une question précises, avec de bonnes raisons. Ils ne voulaient pas de controverses pendant les audiences. Sur cette question précise, il n’y avait pas de controverse puisque les Etats-Unis avaient admis le fait. Cependant, il faut lire le jugement comme un jugement plus large, et bien plus important. Le terme employé par la Cour était "usage illégale de la force," ce qui en termes techniques désigne le terrorisme international. Il n’y a pas de définition légale du terrorisme international dans le droit international. Alors je suis sur qu’il s’agissait d’une condamnation du terrorisme international, dans un domaine bien plus large. Quoi qu’il en soit, il faut garder à l’esprit, et c’est important pour nous, que ce fut pire au Guatemala et au Salvador. Je pense que la raison en est que les Nicaraguayens avaient une armée pour les défendre. Au Salvador et au Guatemala, les forces terroristes qui attaquaient la population étaient l’armée et les forces de sécurité. Il n’y avait personne pour porter plainte devant la Cour de Justice Internationale. Les plaintes ne peuvent être déposées que par des gouvernements, pas par des paysans en train de se faire massacrer. (...) AG : Professeur Chomsky, je ne voudrais pas clore cette discussion sur les années Reagan sans un mot sur l’Afrique, particulièrement l’Afrique du Sud. NC : Et bien, la politique officielle se disait "participation constructive". Je me souviens des années 80, à l’époque il y avait une pression énorme pour faire cesser tout soutien au gouvernement de l’apartheid. Le Congrès avait voté des lois pour interdire le commerce et l’aide. L’administration Reagan a trouvé des moyens pour contourner cette législation, et en réalité le commerce avec l’Afrique du Sud augmenta dans la dernière partie de la décennie. Et, soit dit en passant, ce fut à la même époque que Colin Powell devint conseiller à la Sécurité Nationale. Les Etats-Unis ont fermement soutenu le régime de l’Apartheid, directement et indirectement à travers des pays amis. Israël aidait à contourner l’embargo. Un peu comme en Amérique centrale où la terreur clandestine était sous-traitée à d’autres états, Israël aidait à contourner les lois votés par le Congrès. Dans le cas de l’Afrique du Sud, examinons quelques chiffres. En Angola et au Mozambique, pays voisins, et pour ne parler que de ces pays, l’Afrique du Sud a tué un million et demi de personnes et provoqué quelques 60 milliards de dollars de dégâts au cours de cette période de "participation constructive" avec le soutien des Etats-Unis. Ce fut une histoire d’horreur. Noam Chomsky (FIN) Traduction : Cuba Solidarity Project Sur l’ implication US au Nicaragua et au Honduras, lire : Negroponte : futur ambassadeur US en Irak, un voyou pour toutes occasions. ACTE 5
ACTE 6 Hilbert a écrit : " « The New American Century » : Unnouveau siècle de barbarie »Gary Schroen, un des agents avec plus de 32 ans aux services de la CIA qui vient de prendre sa retraite à l’âge de 63 ans a terminé la rédaction de son livre à paraîtra incessamment aux Etats-Unis. Il s’agit du : « First In : An insider’s Account of How the CIA Spearheaded the War on Terror in Afghanistan » (Le premier arrivant : Récit de l’intérieur sur la façon dont la CIA dirige la guerre contre le terrorisme en Afghanistan). En guise de prémices, il a raconté au cours d’une conférence de presse, certains détails de ce qu’il considère la mission qu’il n’a jamais reçue d’une manière aussi explicite et directe de la Maison Blanche : Trouver le premier inspirateur du 11-S lui couper la tête, la mettre dans de la glace liquéfiée et l’apporter au Chef dans son Bureau Ovale. Pour ce qui est du sort de ses collaborateurs directs, il suffit de leur couper la tête et les accrocher n’importe où sur un piquet. (Voir El Pais du 6 mai 2005)." ACTE 7 L’administration Bush organise le chaos en IrakLa situation actuelle est grave. Régulièrement des nouvelles nous parviennent du tribut terrible que les Irakiens paient à l’anarchie la plus totale et au déchaînement de violence dans leur pays. Souvent, des femmes sont enlevées sous la menace d’une arme, l’une en plein jour au centre de Bagdad où elle se trouvait en voiture avec son mari, une autre dans son village, une autre sur une place très animée de la capitale, deux à leur domicile. J’ai demandé à plusieurs reprises si ces événements avaient été couverts par des journalistes et on m’a répondu qu’ils étaient si nombreux qu’il était impossible de tous les relater. Les gens ont peur d’envoyer leurs enfants à l’école et, s’il les y accompagnent en voiture, ils ont peur de ne pas pouvoir les protéger. Ils ont peur que les écoles ne soient pas assez sûres. Un ami m’a raconté que dans l’école de sa fille, les parents ont organisé eux-mêmes la protection de l’établissement pendant les heures de cours. Ils n’étaient pas sûrs que l’armée américaine passerait dans leur zone. Naturellement, la plupart des téléphones ne fonctionnent pas. Même dans les quartiers où les communications locales sont possibles, il n’existe pas de numéro pour les urgences. Même quand des soldats, en cas d’incident grave, viennent sur les lieux, ils ne savent pas parler l’arabe et n’ont pas de traducteur. Ils ne suivent pas une personne très agitée qui s’approche d’eux et leur parle en arabe. Plusieurs soldats m’ont dit qu’ils avaient reçu l’ordre de ne pas intervenir: que les Arabes se débrouillent tout seuls! Jusqu’au jour où les Américains sont venus «libérer» les journalistes de l’hôtel Palestine, on trouvait des policiers irakiens à chaque coin de rue. Ils ont disparu subitement et le mois dernier, c’était l’anarchie la plus complète. Il n’est pas étonnant qu’une ville de 5 millions d’habitants sombre dans le chaos et la violence quand elle n’a subitement plus de police. En outre, le gouvernement avait vidé toutes les prisons en octobre. Certains médias nous apprennent qu’il y a de nouveau quelques policiers dans les rues. C’est exact: on peut en voir de temps en temps quelques-uns en groupe: ce sont les seuls individus qui n’ont pas le droit de porter une arme en Irak! La semaine dernière, je me suis arrêté sur une petite place de marché à Mahmoudiya, dans les environs de Bagdad. Tandis que mon ami achetait des cigarettes, un garçon de 12 ans se promenait, un pistolet à la ceinture de son short. Il me dit qu’il cherchait à le vendre et que son nouveau possesseur ne l’arborerait qu’en guise de décoration. Si on se balade le soir dans Bagdad – ce qui, en soi, est dangereux – on trouve facilement des gens dans la rue qui vendent des kalachnikovs. Elles sont meilleur marché que les armes de poing que l’on préfère souvent parce qu’elles sont plus faciles à dissimuler sur soi. Certaines femmes disent ne jamais aller au supermarché sans une arme à feu dans leur sac. Les négociants n’ouvrent leurs boutiques que s’ils ont une kalachnikov à portée de main. Un ami, à son retour du travail, en plein jour, a vu un homme arraché de sa voiture et tué dans une des rues principales de Bagdad. D’autres connaissances ont vu tuer leur voisin mais ignorent totalement la raison de ce meurtre. Il y a gros à parier que la police irakienne désarmée et sans commandement coordonné n’intervient pas dans ce genre de situation. […] Il est indéniable que ce désordre a été planifié et que le gouvernement américain s’en réjouit. Si ce n’était pas le cas, on aurait observé des velléités d’intervention. On reconnaît là exactement la politique irakienne que beaucoup de membres de l’administration Bush formulent depuis des années. […] Combien de nouvelles concernant des meurtres, des enlèvements, une population terrorisée et traumatisée et la catastrophe humanitaire qu’il a déclenchée avec sa guerre le gouvernement américain va-t-il encore supporter? Le problème pour les 5 milliards d’hommes que nous sommes est de savoir combien de temps nous allons encore rester les bras croisés. Si nous ne faisons pas tout notre possible pour empêcher le gouvernement américain de massacrer les Irakiens et de fouler au pied leurs droits, nous aurons une part de responsabilité. Quelle excuse pathétique que de dire maintenant: espérons que les choses vont changer! Prenons des risques, puisque le gouvernement américain se désintéresse du sort du peuple irakien. Ce n’est pas en étant naïf et passif qu’on défend les droits de l’homme et la justice. Si nous refusons un monde dominé par le droit égoïste du plus fort, il est urgent de nous battre. • Source: Michael Birmingham de l’Iraq Peace Team, (Horizons et débats, numéro 20, juin 2003) ACTE 7 L’homme le plus dangereux de la planète par Jean-Marie BRESSAND, ancien résistant
Incontestablement, c’est George W. BUSH. Voici l’homme le plus puissant du monde qui entend imposer sa loi à toute la planète pour faire non pas la guerre, mais « sa » guerre, celle qu’en tant que gendarme international il a décidé de faire. Il mélange religion et politique, au point de vouloir apparaître comme le bras séculier de Dieu sur la terre : «Gott mit uns»,disait Guillaume II. Ce faisant, il ne se soucie absolument pas du droit international, lui, le représentant de la plus grande démocratie du monde, comme nous disions jusqu’à aujourd’hui, qui n’hésite pas à utiliser les pressions de toute nature, la corruption jusqu’au niveau des Etats, pour forcer la main à leurs dirigeants. Si sa cause était tellement juste, il ne serait pas nécessaire d’utiliser de tels procédés pour entraîner les peuples et les gouvernements dans cette nouvelle croisade. N’est-il pas allé jusqu’à déclarer que, au besoin, il se passerait de la permission des Nations Unies ? C’est extrêmement grave, car s’il n’y a plus de loi internationale, que chacun puisse régler les conflits à sa guise, c’est le désordre et l’anarchie qui entraîneront le chaos sur la terre entière. On en vient à penser que cette aventure guerrière n’est pas exempte d’arrière-pensées concernant les intérêts politiques et économiques des Etats-Unis, c’est le moins qu’on puisse dire. Chacun commence à s’y résigner, sauf quelques rares Etats et la majorité des populations qui manifestent, mais qui ne pèsent pas lourd aux yeux du Président Bush, comme naguère aux yeux d’un Hitler et, en tant qu’ancien résistant, il est de mon devoir de le rappeler. Déjà, on commence à ressentir les conséquences fâcheuses de cette situation sur les économies d’un grand nombre de pays. Si George W. BUSH ne pense pas à tout cela, au fait que la guerre est la pire des solutions, qui est-ce qui pense autour de lui ? Question de plus en plus angoissante, s’agissant des maîtres du monde. De l’autre côté, un dictateur attitré ne semble pas avoir plus de cervelle, car s’il était aussi malin qu’on le prétend, il prendrait BUSH à son propre piège, en retournant la situation sinon à son profit, au moins au profit de son peuple : il partirait ! Ayant un ami, personnalité politique importante d’Afrique du Nord, qui est un des conseillers écoutés de Saddam Hussein, j’ai fait passer une lettre à ce dernier lui disant en substance : « Vous êtes le seul homme au monde à pouvoir éviter la guerre et rétablir la paix du jour au lendemain et cela, à la grande déconfiture de vos ennemis ! Dieu l’a voulu ainsi et si vous prenez conscience du formidable pouvoir que vous détenez, vous pourriez également sauver votre pays du désastre. Il suffit, pour cela, que vous fassiez le don de votre personne, comme le Maréchal Pétain en 1940, mais cette fois en abandonnant le pouvoir. Retirez-vous pour sauver le monde, telle est votre mission, votre devoir aussi, qui vous vaudra la reconnaissance des peuples du monde entier ». Le sommet arabe de Charm-El Cheikh se prononcera dans le même sens quatorze jours plus tard. Peut-on attendre d’un esprit totalitaire ce qu’on serait fondé d’attendre de la part d’un esprit républicain ? J’ai quelques doutes …
Jean-Marie BRESSAND Journaliste honoraire
ACTE 8 jeudi 4 novembre 2004, 14h23
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